21/09/2009 à 16h:18 Par Joséphine Dedet
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Hakimullah Mehsud, nouveau chef du Tehrik-e-Taliban Pakistan (au centre) Hakimullah Mehsud, nouveau chef du Tehrik-e-Taliban Pakistan (au centre) © AFP

Depuis le mois d’août, l’armée traque sans relâche les principaux chefs talibans dans les zones tribales du Nord-Ouest. Après Baitullah Mehsud, à qui le tour ?

La mort de Baitullah Mehsud aurait-elle donné des ailes aux forces armées ­pakistanaises ? En août, elles avaient été vexées que le charismatique chef taliban ait été abattu dans son fief du Sud-Waziristan par un missile américain (voir ici). Alors, depuis, elles redoublent d’ardeur pour traquer les principaux dirigeants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Sous la ­houlette de Baitullah et, aujourd’hui, de son successeur, Hakimullah Mehsud, ce mouvement serait à l’origine de la plupart des attentats qui endeuillent le pays : 2 000 morts en deux ans, dont l’ancienne Première ­ministre Benazir Bhutto.

Lancée le 26 avril, sous la pression des États-Unis, alors que les talibans ne se trouvaient plus qu’à 150 km ­d’Islamabad, la capitale, ­l’offensive de l’armée pakistanaise dans le nord-ouest du pays, de la vallée de Swat au ­Waziristan, a déjà fait 2 000 victimes dans les rangs ­djihadistes. Et jeté sur les routes 1,9 million de civils. Pour justifier ce désastre humanitaire et donner des gages à une opinion ­hostile à toute intervention américaine, les autorités doivent absolument marquer des points. Et viser les « stars » du TTP.

D’abord, ses trois figures de proue, Hakimullah Mehsud, Wali ur-Rehman et Faqir Mohammad, qui se sont disputé la succession de Baitullah. Si le premier l’a emporté – il a été élu, à la mi-août, par une choura (« conseil ») réunissant 42 chefs talibans –, le deuxième conserve une grande influence, et le troisième serait désormais le numéro deux du mouvement.

Âgé d’une trentaine d’années, ­Hakimullah, qui est un cousin de ­Baitullah, passe pour plus cruel ­encore. Impulsif, intraitable, il ne ­recule devant aucun moyen ­(braquages de banques, enlèvements contre rançon, etc.) pour financer ses attentats. Dans ses fiefs de l’Orakzai, du ­Khyber et du Kurram (zones tribales du Nord-Ouest), où il était chargé du recrutement et de l’entraînement des kamikazes, il s’est distingué par ses attaques contre les chiites, qu’il hait, et contre les convois civils de l’Otan qui approvisionnent les troupes de la coalition en Afghanistan. Ce barbu au nez et au regard d’aigle, qui communique par téléphone satellite avec les journalistes occidentaux, s’est amusé à poser pour des photographes devant un camion Humvee pris à l’ennemi. Aujourd’hui, pour s’imposer face à ses anciens concurrents, il a tout intérêt à multiplier les exploits macabres…

« Mollah radio »

Pourtant, le chef taliban le plus exposé semble être, dans l’immédiat, Mollah Fazlullah, qui règne sur la vallée de Swat. Depuis l’annonce – le 11 septembre ! – de l’arrestation de Muslim Khan, son porte-parole, les autorités affirment que ce dernier l’a trahi et les forces pakistanaises ciblent la zone avec acharnement.

Fazlullah, 34 ans, a dirigé le Tehrik-e-Nafaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM, le Mouvement pour la mise en œuvre de la charia) avant de rejoindre le TTP. Peu ont vu ses traits, mais beaucoup connaissent sa voix. ­Diffusées sur sa station de radio, ses diatribes galvanisent ses affidés, qui, sur son ordre, ont détruit une statue de bouddha de la période gandhara (Ier-VIIe ­siècle après J.-C.), ­sculptée dans une paroi rocheuse. ­Surtout, elles effraient les habitants de la vallée, qui, en 2006, ont versé plus de 50 000 euros en vingt-quatre heures pour ­reconstruire une madrasa détruite par un raid aérien. Surnommé « Mollah Radio », Fazlullah déteste tout autre moyen d’expression et fait brûler les postes de télévision en place publique. Mais depuis que l’étau se resserre autour de lui, on ne l’entend plus guère.

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