15/09/2009 à 11h:54 Par Nicolas Marmié
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Uri Davis sortant d'un bureau de vote lors de la convention du Fatah le 10 août Uri Davis sortant d'un bureau de vote lors de la convention du Fatah le 10 août © Abed Al Hashlamoun/Epa/Corbis

À l’instar de l’ex-chef du PC sud-africain, ce « Palestinien hébreu », comme il se définit, rêve de voir deux peuples que tout oppose cohabiter au sein d’un seul et même État.

Quand les loups hurlent avec la meute, quand les faucons volent en escadrille, quand les internautes déversent leur bile sur la Toile, Uri Davis, lui, se déplace dans les rues de Ramallah, seul, au volant de sa Volkswagen Coccinelle jaune vif. Le regard bleu acier est adouci par une surprenante barbi­chette blanche et pointue que nombre de barbus aimeraient certainement tirer.

Car Uri Davis, élu cet été au Conseil révolutionnaire du Fatah, est un empêcheur de tuer en rond, un grain de sable dans l’engrenage de la violence. Il est le premier Juif israélien à accéder à l’instance suprême de l’organisation palestinienne fondée dans la clandestinité par Yasser Arafat en 1959. Son parcours s’inscrit aussi dans le sillage de celui du journaliste juif et antisioniste Ilan Halevi, aujourd’hui membre du Conseil des relations extérieures du Fatah, après avoir été vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne.

Casser les codes de la haine et de la vengeance, c’est une feuille de route complexe et surtout périlleuse. Qualifié au mieux de « débile mental », au pire d’« ordure » ou de « traître » par les courageux chroniqueurs sionistes de la blogosphère, Uri Davis sait que sa mort, brutale ou naturelle, ne sera pas partout accueillie avec tristesse au pays d’Itzhak Rabin ou dans la diaspora. Mais il n’en a cure et affiche un optimisme qui pourrait confiner à l’idéalisme.

Né de père britan­nique et de mère tchèque à Jérusalem il y a soixante-sept ans, celui qui fut l’un des tout premiers objecteurs de conscience à refuser de servir dans Tsahal est aujourd’hui professeur de sociologie à l’université palestinienne d’Al-Qods, à un jet de pierre seulement du mur de séparation de 8 m de haut construit par les Israéliens. Ses parents juifs lui ont appris à ne « jamais généraliser » en lui rappelant que « ce n’étaient pas tous les Allemands, mais les nazis » qui avaient tué une partie de sa famille à Auschwitz. « Un des principaux problèmes quand on s’adresse à des interlocuteurs sionistes, c’est l’abolition de la différence entre justice et vengeance », déplore-t-il. Et le professeur Davis, marié en 2008 à une Palestinienne en quatrièmes noces, se comporte comme un théoricien de la paix. Il espère voir Palestiniens et Israéliens cohabiter un jour pacifiquement au sein d’un seul et même État fédéral. Il se dit partisan d’une « solution démocratique », un État binational juif et arabe. Interrogé sur le caractère utopiste de cette proposition, qu’aujourd’hui il prêche dans le désert, il répond avec une pointe d’humour British : « Je suis fier d’être un cas désespéré. »

Apartheid, le mot qui fâche

Car le nouveau cadre dirigeant du Fatah, qui se décrit aujourd’hui comme « un Palestinien hébreu », n’est pas du genre à emprunter les sentiers battus, comme « la solution de deux États » et « la terre contre la paix ». Non, son rêve pourrait s’inspirer du modèle sud-africain. C’est d’ailleurs toujours vers la nation Arc-en-ciel que s’envolent les pensées d’Uri Davis, qui n’aime rien tant que de citer Nelson Mandela, « diabolisé » pendant des décennies et qui, « en quatre ans seulement », a réussi à démanteler l’apartheid.

Apartheid, le mot qui fâche les sionistes. Car Uri Davis, le « Joe Slovo israélien », n’est pas seulement un cœur pur. C’est aussi une redoutable machine à saper la politique coloniale israélienne au niveau international. Il estime que seule une politique de sanctions vigoureuse et de boycottage contre l’État hébreu contraindra celui-ci à respecter, enfin, la légalité internationale. « Il n’y a pas que la carotte, il y a aussi le bâton », explique-t-il. Son livre Israël : un État d’apartheid, publié en 1987, avait posé les enjeux d’un débat jusque-là tabou. Les faucons et les colons n’ont oublié ni cette « provocation » ni son auteur : le professeur Davis et sa petite voiture jaune.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Moyen-Orient

Le cru 2011 des fatwas

Et si on oubliait la liste des catastrophes naturelles, des révoltes arabes et des crises financières pour ne retenir que les meilleures fatwas de l'année écoulée ? Car il y a bien longtemps que [...]

Syrie : pourquoi Bachar Al-Assad résiste encore

Malgré l'intensification de l'insurrection armée et des pressions internationales, le président syrien, Bachar Al-Assad, plie, mais ne rompt pas. Son recours habile à plusieurs atouts maîtres n'y[...]

Syrie : les États-Unis ferment leur ambassade, les morts s'accumulent

Le département d’État américain a annoncé lundi avoir fermé son ambassade en Syrie et évacué tous ses fonctionnaires présents sur place. L’ambassade était[...]

Syrie : le veto donne au régime un "permis de tuer dans l'impunité"

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des courants de l'opposition, a affirmé dimanche que le double veto de Moscou et de Pékin à une résolution sur la Syrie à[...]

Pétrole : le jeu dangereux de l'Arabie Saoudite

Pour continuer à acheter la paix sociale, Riyad a choisi de faire monter les cours de l'or noir. Un choix qui n'est viable ni politiquement ni économiquement.[...]

ONU - Syrie : pourquoi la Russie penche du côté de Bachar al-Assad

Alors que les affrontements s’intensifient en Syrie, la Russie a une nouvelle fois rejeté, dans la soirée du 31 janvier, lors d’une réunion du Conseil de sécurité[...]

Syrie : 66 morts dimanche, l'opposition veut presser l'ONU d'intervenir

L'opposition syrienne entend faire monter la pression sur la communauté internationale, et en particulier sur la Russie, en vue d'une intervention de l'ONU dans le pays, où les violences ont encore fait au moins[...]

Fondation Shafallah : le Qatar mobilise le monde pour les handicapés de crise

Lors d’un forum organisé à Doha par la fondation Shafallah, sous le patronage de Son Altesse Cheikha Mozah, épouse de l’émir du Qatar, des dizaines d’acteurs politiques et associatifs[...]

Syrie : la mission des observateurs suspendue en raison des violences

La mission d'observation de la Ligue arabe en Syrie a été suspendue samedi en raison de la recrudescence des violences contre les civils, le chef de l'organisation panarabe accusant le président Bachar[...]

Iran : Barbie et les barbus , acte II

Les poupées Barbie en Iran, c'est fini. Si elles étaient tolérées jusque là, elles doivent désormais circuler... sous le manteau.[...]

Voir tous les dossiers