14/09/2009 à 12h:42 Par Béchir Ben Yahmed
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Il y a problème, et il faut en parler pour chercher une solution, car il semble s’être aggravé en 2009 ; traversant les frontières à l’instar de la grippe, il passe d’un pays à l’autre : avant-hier, c’était l’Iran, la Mauritanie et le Niger ; hier, l’Afghanistan et le Gabon.

Je veux parler des élections générales, plus particulièrement des présidentielles, devenues fréquentes : on en annonce une en Tunisie pour la fin octobre, en Côte d’Ivoire pour la fin de l’année, en Guinée pour le début de 2010…

Peu à peu, elles sont devenues pluralistes, contradictoires. Et mieux encore, contrôlées.

Nous avions pensé avoir trouvé le moyen idéal d’installer dans nos pays des pouvoirs légitimes et incontestés.

Il nous faut aujourd’hui déchanter.

 

Dans plus de cent pays de la planète (qui en compte près de deux cents) où la démocratie n’est pas encore solidement installée, les élections pluralistes, même lorsqu’elles sont contrôlées par une commission indépendante, scrutées par des observateurs internationaux et par la presse, validées par un Conseil constitutionnel, ne donnent plus, sauf (trop) rares exceptions*, un pouvoir reconnu comme légitime et, par conséquent, accepté par l’ensemble des forces politiques du pays.

Tout au long des derniers mois, nous n’avons entendu que des vaincus contestant le résultat, criant à la fraude et à la manipulation, appelant la rue à manifester et sollicitant l’arbitrage de l’étranger.

Et nous avons vu trop souvent des vainqueurs se mettre à sévir et à réprimer.

C’est désolant, car cela tend à devenir un rituel. Pis : dans la plupart des cas, nous ne sommes même pas en mesure de déterminer qui, du vainqueur ou des vaincus, a raison ; lorsque les torts sont partagés, comme c’est souvent le cas, nous ne savons que faire pour aider le pays à retrouver la concorde et à se remettre au travail dans la sérénité.

Il s’agit là, bien évidemment, d’une grave maladie infantile de la démocratie.

Nous avons tendance à l’oublier, mais les pays qui nous paraissent aujourd’hui bien installés dans le système démocratique, y évoluer comme des poissons dans l’eau, le respirer comme l’air, ont mis de nombreuses décennies à parvenir à ce stade avancé. Et souvenons-nous que la France, qui en fait partie, n’a accordé le droit de vote aux femmes (1944) que trois quarts de siècle après avoir instauré (ou réinstauré) le régime républicain (1870)…

« Il faut soixante ans pour faire un homme », avait observé André Malraux. Je dirais pour ma part qu’il en faut au moins autant pour passer progressivement de l’autocratie à la démocratie.

Les premiers pas sont les plus difficiles, comme pour l’enfant qui apprend à marcher : il trébuche, tombe, se relève, s’accroche à ce qui peut l’aider à faire ses premiers pas… jusqu’au jour où il se met à trottiner…

Les pays qui en sont encore à apprendre les ­règles du jeu démocratique sont nombreux et à des stades d’évolution différents. Que peut-on préconiser pour faciliter et accélérer leur marche vers la vraie démocratie ?

 

Vous et moi l’avons observé : sur les cinq continents, des progrès réels, mais encore insuffisants, ont été accomplis pour que les élections soient plus transparentes et que leurs résultats soient mieux contrôlés. La fraude et les manipulations n’ont hélas pas disparu, mais elles sont en recul parce que de plus en plus difficiles à organiser.

Il faut, bien sûr, persévérer dans cette voie jusqu’à les rendre (quasi) impossibles et faire en sorte que leur effet soit marginal.

Il faut stigmatiser et sanctionner ceux qui s’en rendent coupables ; il faut éduquer la société pour qu’elle les traite comme les tricheurs et les voleurs qu’ils sont.

Mais si l’on veut progresser plus vite et de façon plus visible – plus spectaculaire même – dans la voie de la démocratie, il faut oser mettre le fer dans deux plaies de nos systèmes politiques.

On répugne à en parler parce qu’elles affectent les vaincus des joutes électorales : ces vaincus font figure de victimes d’une compétition biaisée par plus riche et plus puissant qu’eux et qui se trouve être généralement le tenant du titre.

Et personne n’a envie de dire du mal d’une victime, d’un candidat battu : on ne tire pas sur une ambulance.

Voici en tout cas les deux plaies dont je pense utile de vous parler.

 

1) Les vaincus d’un scrutin ont souvent des ­raisons de se plaindre des modalités de la compétition, de l’inégalité des chances qui l’a caractérisée.

Mais ils n’ont pas raison de toujours invoquer la fraude et les manipulations pour expliquer leur défaite.

C’est là une facilité à laquelle presque tous se laissent aller, même lorsque c’est contre toute vraisemblance.

C’en est devenu un système de défense : on n’est pas battu parce qu’on n’a pas su convaincre assez d’électeurs ; on est défait parce que victime du truquage.

Ce recours systématique à l’argument facile de la fraude fait qu’il n’y a plus d’élection propre…

 

2) Mais c’est la plaie de la division des opposants – la multiplicité des candidatures et l’éparpillement des voix qui en découle – qui joue en faveur d’un candidat riche et puissant, ou bien déjà en place.

Même dans les pays où la démocratie est implantée, un candidat en place ne peut être battu que lorsque l’opposition trouve un fédérateur et se regroupe autour d’un candidat : c’est ainsi qu’en 1981 François Mitterrand a battu et « sorti » Valéry Giscard d’Estaing.

Et c’est ainsi qu’en l’an 2000 Abdoulaye Wade a fait entrer l’alternance dans le système politique du Sénégal.

Dans les pays où la démocratie en est encore à ses premiers pas, l’aspiration au changement est en général forte : la candidature unique au sein de l’opposition est encore plus nécessaire ; elle est souvent suffisante pour que le changement prévale sur la continuité.

Sinon, les opposants courent à l’échec : c’était vrai en Iran il y a trois mois, comme plus ­récemment encore en Afghanistan, au Niger et au Gabon.

Ce sera vrai demain ailleurs.

 

Conclusion : même en Afrique et dans le reste du Tiers Monde, les élections sont plus transpa­rentes et moins truquées qu’il y a dix ans. Mais pas d’alternance sans candidature unique de l’opposition ! Et alternance (quasi) garantie dès lors que les opposants s’unissent derrière un (bon) candidat fédérateur.

À bon entendeur, salut.

 

* En 2009, on a pu remarquer le cas exceptionnel de l'Indonésie et celui, plus étonnant car contraire à sa tradition, de la Guinée-Bissau.

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