10/09/2009 à 12h:41 Par Fouad Laroui, à Amsterdam
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Tarik Ramadan, à Casablanca, en avril 2006 Tarik Ramadan, à Casablanca, en avril 2006 © AFP

Le très controversé activiste musulman brutalement licencié par la municipalité de Rotterdam et l’université Erasmus.

L’affaire Tarik Ramadan continue de provoquer des remous aux Pays-Bas. Le 18 août, la mairie de Rotterdam et l’université Erasmus avaient conjointement décidé de licencier le très controversé activiste musulman. L’affaire avait été bouclée en vingt-quatre heures. Depuis l’épuration nazie, jamais aux Pays-Bas un professeur n’avait été renvoyé de façon aussi abrupte. Il est vrai que Ramadan tient une rubrique hebdomadaire dans le magazine Press TV, subventionné par Téhéran. Et qu’au moment où, dans les rues des villes iraniennes, les manifestants tombaient sous les balles du régime des ayatollahs, il pérorait sur d’autres sujets… Les Néerlandais, qui ne portent pas dans leur cœur le régime de Mahmoud Ahmadinejad, en furent profondément choqués.

Ramadan était depuis quelques années conseiller spécial de la municipalité et professeur invité à l’université. À l’époque, sa double nomination avait soulevé des interrogations. Comment ce Suisse d’origine égyptienne pouvait-il conseiller la ville sur les problèmes d’intégration alors qu’il ne parle pas un mot de néerlandais ? Selon ses supporteurs, il était malgré tout la personne idoine puisque les problèmes de Rotterdam sont, pour l’essentiel, causés par des adolescents marocains, donc « arabes ». Mais il y a un hic : ces adolescents sont à 80 % d’origine rifaine et ne parlent souvent pas l’arabe. Comment Ramadan aurait-il pu engager le débat avec eux ? 

Justice des hommes

Il y a quelques années, lorsque les Néerlandais avaient pour la première fois invité Ramadan à donner une conférence à La Haye, l’ambassadrice de France avait, contre tous les usages diplomatiques, personnellement alerté la presse néerlandaise sur les prises de positions ambiguës de « frère Tarik ». Mal lui en avait pris : la presse ayant dénoncé cette intrusion dans les affaires internes des Pays-Bas, l’activiste était vite apparu comme une sorte de héros persécuté par les « laïcards » français. Sa nomination ultérieure comme professeur et conseiller de la ville fut, en partie, la conséquence de ce pataquès.

Depuis l’arrivée, cette année, du Maroco-Néerlandais Ahmed Aboutaleb à la tête de la mairie de Rotterdam, les initiés savaient que les jours de Ramadan étaient comptés. Aboutaleb est certes musulman pratiquant, mais il se méfie des islamistes. De plus, son mot d’ordre est d’éviter à sa ville tous les sujets qui fâchent. Or Ramadan était devenu un sujet de discorde à mesure que ses adversaires traduisaient et publiaient en néerlandais ses déclarations les plus douteuses, comme celle du « moratoire » sur la lapidation…

Même s’ils ne partagent pas les idées de Ramadan, beaucoup d’intellectuels et d’universitaires se sont, au nom de la « liberté académique », voire de la liberté d’expression, émus de cette éviction expéditive. Quant au premier intéressé, il dénonce un « licenciement abusif » et envisage de traîner la ville et l’université devant la justice. Celle des hommes, bien sûr, pas celle de Dieu…

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