09/09/2009 à 16h:52 Par Marianne Meunier
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Moussa Ould Beina Ould Zeidane, le premier kamikaze de Mauritanie Moussa Ould Beina Ould Zeidane, le premier kamikaze de Mauritanie © DR

Haratine d’extraction modeste, l’auteur de l’attentat-suicide du 8 août contre l’ambassade de France était un jeune homme rangé et sans histoires. Comme bien souvent...

Un jeune homme sans histoires. Travailleur, responsable, respectueux de ses parents. Il est d’ailleurs revenu dans la maison familiale après une absence de neuf mois pour y passer les deux dernières nuits de sa vie. Ultime refuge dans l’innocence de la jeunesse avant le fatidique 8 août 2009 ? Ce samedi-là (dernier jour de week-end en Mauritanie), le crépuscule n’a pas encore enveloppé Nouakchott quand Moussa Ould Beina Ould Zeidane, 24 ans, actionne la ceinture d’explosifs qu’il porte sur lui. En plein centre de la capitale, à deux pas de l’ambassade de France, un « repaire de croisés », comme le dira, dix jours plus tard, un communiqué revendiquant l’attaque, signé Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Chômage et pauvreté

Auteur du premier attentat-suicide en Mauritanie, Moussa voulait mourir en « martyr », comme un serviteur zélé d’Allah. Au passage, il a blessé deux gendarmes français – dont un sérieusement, au tympan – et une passante mauritanienne. « Cette opération est venue en réaction à l’hostilité des croisés – emmenés par la France – et de leurs agents apostats », explique le même communiqué.

Un mois après l’attaque, la télévision publique s’emploie à démystifier le destin du jeune terroriste, convoquant sur ses plateaux des oulémas, des gradés et des intellectuels venus expliquer comment prémunir la jeunesse de l’islamisme radical. Quant au film de sa vie, que le journaliste mauritanien Mohamed Ould Khattat a reconstitué dans le quotidien Nouakchott Info, il fait apparaître un itinéraire banal, où le djihadisme est moins une vocation qu’un hasard croisé sur le chemin du vide et de l’ennui.

Moussa Ould Beina Ould Zeidane est né le 12 décembre 1984, dans la soirée. Sa tante l’aurait bien baptisé Maaouiya, en l’honneur de ce colonel moustachu dénommé Maaouiya Ould Taya qui a renversé le président Ould Haidallah le matin même et qui sera lui-même déposé vingt et un ans plus tard. Deuxième d’une famille de huit enfants, entre un père ex-boulanger reconverti en gardien de parking et une mère couturière occasionnelle, le petit Moussa grandit dans la pauvreté, à l’instar de la grande majorité des Haratines – descendants d’esclaves et arabophones. Alors Moussa, qui rate son bac à deux reprises, travaille beaucoup : tous les matins, il quitte au petit jour la maison familiale dans le quartier populaire de Basra, à Nouakchott, pour se poster au carrefour de la Polyclinique, une place de Nouakchott où les artisans – peintres, menuisiers – se réunissent pour proposer leurs services. En 2008, il tente en vain de rentrer dans le corps de la gendarmerie. 

Questions sans réponse

Son parcours est semé d’échecs scolaires, mais il ne comporte ni larcins ni mauvais coups. Moussa n’est pas connu des services de police. Quant à sa pratique de l’islam, elle est normale, pas plus zélée que celle de sa famille. Il n’est pas réputé fréquenter une madrasa, lieu potentiel de recrutement de futurs djihadistes. Alors, comme toujours, la même question revient : comment un jeune homme tranquille de 24 ans bascule-t-il dans la violence terroriste sans que personne, même son plus proche entourage, s’en aperçoive ? En novembre 2008, Moussa quitte la maison de Basra. Il ne donnera plus aucune nouvelle à sa famille. A-t-il rejoint un « camp d’entraînement terroriste » – une appellation pompeuse pour désigner des campements mobiles et rudimentaires –, dans ce no man’s land à cheval entre le Sud algérien et le Nord malien ? Une photo diffusée par AQMI le laisse supposer. Reste à savoir comment et où s’est opéré le recrutement. À Nouakchott ? Dans la rue ? Dans une mosquée ? Moussa se rendait-il vraiment au carrefour de la Polyclinique, comme il le prétendait ? Mais si le jeune homme a pu être endoctriné à coups de vidéos, cela n’a pas pour autant dissipé sa peur. Selon un témoin de l’attentat, il tremblait avant de se faire exploser…

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Mauritanie

Libye : l'ex-chef du renseignement Abdallah Senoussi inculpé en Mauritanie

Libye : l'ex-chef du renseignement Abdallah Senoussi inculpé en Mauritanie

Le chef des renseignements libyens du régime Kaddafi, Abdallah Senoussi, a été inculpé et incarcéré dans la capitale mauritanienne, dans la nuit du 20 au 21 mai, selon une source judicia[...]

Tournoi de football en Palestine : quatre joueurs mauritaniens coincés en Jordanie

Conviés au tournoi international de football de la Nakba en Palestine, organisé à l’occasion de la commémoration de l’exode forcé des Palestiniens en 1948, les Mauritaniens ont [...]

Aqmi : les héritiers de Ben Laden

Installé au Mali depuis une quinzaine d'années, le journaliste béninois Serge Daniel s'est penché sur l'évolution de la nébuleuse djihadiste.[...]

Développement : l'ONG Save the children dénonce les conditions de vie des enfants sur le continent

Les pires pays au monde pour devenir mère sont africains. C’est la conclusion, accablante, du rapport de l’ONG américaine Save the children : dans les dix dernières places du classement, huit[...]

Force d'intervention au Mali : la Cedeao patiente, pour combien de temps ?

Réunie à Dakar le 3 mai, la Cedeao a fait profil bas. Si elle se dit toujours favorable à l'envoi d'une force d'intervention, elle a précisé que l'opération ne se ferait pas sans le[...]

L'avenir est dans la minoterie : Éric-Bastien Ballouhey

Le Français dirige les Grands Moulins de Mauritanie, le premier moulin industriel du pays, qu'il a créé en 2001.[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Mauritanie : Aziz fait de la résistance

Face aux attaques de l'opposition, qui surfe sur la grogne sociale et le mécontentement de la jeunesse, le chef de l'État Mohamed Abdelaziz, fort du soutien d'une partie de la population, a choisi de rendre coup pour[...]

Cedeao : déploiement militaire en Guinée-Bissau et au Mali, coût estimé à 577 millions de dollars

Le 26 avril, 11 chefs d'État de la Cedeao se sont réunis à Abidjan afin d'apporter une solution aux crises que traversent le Mali et la Guinée-Bissau. Non sans divergences, les membres de la Cedeao se[...]

Les Négro-Mauritaniens se sentent enfin chez eux... ou presque

Amorcé en janvier 2008, le "rapatriement volontaire organisé" des Négro-Mauritaniens expulsés il y a près de vingt ans a pris fin le 25 mars.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers