08/09/2009 à 15h:25 Par Tshitenge Lubabu M. K.
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'Les Aubes écarlates' content les malheurs d'un enfant-soldat "Les Aubes écarlates" content les malheurs d'un enfant-soldat © DR

Avec son quatrième roman, Les Aubes écarlates, Léonora Miano clôt sa quête sur l’origine du mal et le cycle de violence qui frappe l’Afrique depuis des siècles. Dans une écriture vigoureuse et poétique.

Léonora Miano avait donné le ton dans son premier roman, L’Intérieur de la nuit (2005). Avant de poursuivre la même quête du comment et du pourquoi des convulsions de son continent natal dans Contours du jour qui vient (2006) et Tels des astres éteints (2008). Trois livres pour trouver une explication aux plaies de l’Afrique et dont Les Aubes écarlates signent l’épilogue. Dans ce roman, il est question des malheurs d’Epa, un jeune garçon enlevé avec d’autres dans son village d’Afrique centrale, Eku, et enrôlé de force dans l’armée d’Isilo, un chef de guerre. Malheureusement, les massacres et les viols prennent le pas sur l’idéal. Au cours d’un règlement de comptes entre rebelles, Epa réussit à s’enfuir.

L’on retrouve, dans ce quatrième roman, presque tous les personnages des précédents. La Camerounaise continue, à 36 ans, de psychanalyser l’Afrique. Une Afrique subsaharienne malade de son passé, prisonnière d’un présent chaotique et voguant vers un futur aux contours imprécis. S’agit-il d’un « mal spirituel » comme l’affirme la narratrice ou, tout simplement, d’une normalité dans l’histoire des peuples et des nations, façonnée dans le sang et l’horreur ? Miano suggère une piste : se souvenir du passé. C’est-à-dire de la traite négrière et de toutes les victimes dont les ossements reposent sans sépulture dans le ventre sans fond de l’Atlantique (et de l’océan Indien). C’est, en filigrane, l’un des thèmes de ce livre que l’auteure aborde avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. 

Profonde introspection

Les « morts qui ne sont pas morts » parlent : « Comprends ce que nous disons : le linceul qui ne nous fut pas tissé voile la face du continent. Son ombre est sur les jours de cette terre. Nous sommes las de sévir. Épuisés de châtier. Qu’on nous donne la route. […] Nous ne savons plus la joie. Nos danses n’ont de rythme que le tremblement de squelettes ballottés par le ressac. Nous voudrions la paix, enfin. Accéder, nous aussi, à cet autre monde où les trépassés deviennent des figures tutélaires. Que notre arrachement n’ait pas été vain. Que nos déchirures soient lues de par le monde, pour être, dans la conscience du monde, au-delà de l’effroi, l’expérience de chacun. » Ces morts refusent de devenir « un capital victimaire » au nom duquel l’on réclame des « réparations sonnantes et trébuchantes ». Ou encore « qu’on montre du doigt les fautifs, quand on est soi-même l’auteur d’un crime moral ».

Que faire alors pour que l’Afrique trouve la paix avec sa propre cons­cience ? Elle doit demander pardon à ses morts sans sépulture. Réconcilier les morts et les vivants. Mais également les vivants entre eux. Dans une langue à la fois vigoureuse et poétique portée par une foi en la terre de ses origines, Léonora Miano aborde avec beaucoup d’engagement le sort du continent qu’elle invite à une profonde introspection afin de prendre conscience des défis à relever. À la manière d’une initiée, elle remet en valeur ce que l’Afrique a de plus secret, de plus profond, comme une voie à suivre pour trouver des solutions à ses tourments et, surtout, arriver à une indispensable réconciliation avec toutes ses diasporas à travers le monde. Des diasporas qu’elle doit réintégrer. 

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