01/09/2009 à 06h:02 Par Abdelaziz Barrouhi, à Tunis
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Neji Bghouri (au centre) et ses partisans au siège du SNJT, à Tunis Neji Bghouri (au centre) et ses partisans au siège du SNJT, à Tunis © Hichem

Malgré la proximité des élections présidentielle et législatives du 25 octobre, la scène politique tunisienne est on ne peut plus calme cet été. Alors, que font les journalistes pour s’occuper ? Ils se battent entre eux, au sein du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

D’un côté, les partisans du pouvoir, qui, s’étant présentés en ordre dispersé lors du dernier congrès, en janvier 2008, avaient perdu le contrôle de l’organisation après plus de quinze ans de domination. De l’autre côté, une coalition d’« indépendants-radicaux » qui avait remporté cinq des neuf sièges du bureau exécutif à la faveur d’un ras-le-bol des jeunes journalistes désireux de se débarrasser de la vieille garde.

Le désaccord a éclaté à l’occasion de la rédaction du rapport annuel sur la liberté de la presse dans le pays. Faute de consensus, la Commission des libertés, contrôlée par les premiers (qui, entre-temps, ont resserré leurs rangs), et le bureau exécutif, dominé par les seconds, publient chacun sa version du rapport. L’un est favorable aux thèses du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’autre lui est plutôt hostile.

Un rapport « politisé »

Les ténors des deux camps échangent des accusations et en viennent aux mains lors de la diffusion publique des deux versions, le 2 mai. Trois membres du bureau exécutif, puis un quatrième, démissionnent. Selon les statuts, un congrès extraordinaire doit être organisé pour élire une nouvelle direction. Le « bureau exécutif », conduit par Neji Bghouri, le président du SNJT, pour les indépendants-radicaux, convoque un congrès pour le 12 septembre.

Le « bureau exécutif élargi » aux présidents des commissions de travail (instance ­consultative), où les partisans du pouvoir sont majoritaires, en convoque un autre pour le 15 août. Le premier soutient que le second n’a aucune légitimité, qualifie ses membres de « putschistes » et engage une procédure en annulation.

Quelle que soit son issue, la rupture paraît consommée. L’enjeu est politique. Les partisans du pouvoir reprochent en effet au bureau exécutif de Neji Bghouri d’avoir « politisé » le rapport annuel, qui, de leur point de vue, aurait dû se limiter aux questions professionnelles. Or – et c’est ce qui les a le plus irrités – les prochaines élections nationales y sont abordées en des termes critiques à l’égard du pouvoir.

Goût de revanche

C’était l’« erreur » qu’attendaient les partisans du RCD pour prendre leur revanche sur l’élection de 2008 et tenter de récupérer la majorité au sein du bureau exécutif. Compte tenu de leur capacité de mobilisation, ils ont de bonnes chances d’y parvenir : 80 % des huit cents journalistes tunisiens travaillent dans les médias publics, et la plupart d’entre eux sont affiliés au parti.

Pour le pouvoir, une reprise en main du syndicat signifierait que la profession n’est plus une exception au sein de la société civile, qui soutient quasi unanimement la réélection de Zine el-Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat. Le président a d’ailleurs obtenu le soutien de la centrale syndicale UGTT, à laquelle le SNJT est affilié.

Mais déjà des voix s’élèvent pour mettre en garde contre toute atteinte à l’autonomie du syndicat. Elles émanent des trois partis démocratiques légaux (mouvement Attaj­did, Forum démocratique pour les libertés et le travail, et Parti démocratique progressiste), mais aussi de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et de l’Union des journalistes arabes.

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