11/08/2009 à 16h:24 Par Tirthankar Chanda, envoyé spécial
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«À bas les dirigeants dirigés ! À bas les présidents présidés ! À bas les députés amputés ! À bas les voleurs de l’État ! » C’est sur ces imprécations lancées sur un rythme de rap caustique et endiablé que se clôt Fada rive droite, sans doute l’un des spectacles les plus mémorables de l’édition 2009 du Festival d’Avignon.

Ce « divertissement africain » (sous-titre du spectacle), qui n’en est pas un, est tiré d’une pièce signée Arezki Mellal, auteur dramatique algérien obsédé par les malheurs du continent. Le spectacle raconte les heurs et malheurs de trois jeunes Africains qui tentent d’exorciser leurs haines et leurs frustrations en se moquant des puissants et des nantis – tout en attendant de trouver des combines pour passer à leur tour « de l’autre côté ». Rires, grincements de dents et sarcasmes : des formules vieilles comme le monde pour dire son désordre et son dysfonctionnement…

Fada rive droite, mis en scène par Nabil El Azan et joué une vingtaine de fois à Avignon entre le 8 et le 30 juillet, a été l’un des spectacles phare du programme off d’Avignon 2009. Parmi les autres spectacles du off qui ont drainé la foule cette année, il faut placer en haut de la liste Carte d’identité, de et avec Diogène Ntarindwa. Le one man show de ce jeune Rwandais talentueux, à mi-chemin entre la tragédie de l’histoire contemporaine du Rwanda et le stand-up comedy, a fait un véritable triomphe. Un succès qui a sans doute relancé cette pièce déjà produite en Belgique en 2008.

Le off a aussi ses hauts lieux. Tous les festivaliers connaissent par exemple la Chapelle du Verbe incarné, que dirigent Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet. Avec six spectacles par jour et des rencontres prestigieuses (notamment avec Édouard Glissant, cette année), la foule s’y presse en nombre. Parmi les autres lieux très courus, il faut citer le Chien qui fume, le théâtre du Chêne noir et le théâtre du Balcon, où ont officié quelques-unes des plus grandes figures de la scène française.

 

A lui seul, le off d’Avignon est devenu un véritable phénomène. Dans les années 1960, il a commencé comme un contre-festival, pour faire contrepoids au in. Or, en raison de son développement prolifique et chaotique, le off est devenu un énorme machin, un festival en soi que ses organisateurs présentent fièrement sur leur site Internet comme « le plus grand théâtre du monde ».

Les chiffres, en effet, sont vertigineux : il y eut cette année 980 spectacles (contre une quarantaine seulement dans le in), présentés par 825 compagnies (dont 2 sénégalaises) dans 105 lieux. Avec des événements en marge (en somme, le off du off !) comme des représentations de pièces dans la rue et des expositions, le cap des mille spectacles et du million d’entrées a été franchi en quatre semaines, estiment les organisateurs. À Avignon, la population triple, voire quadruple, pendant le Festival.

C’est même la grande parade du off qui, le 7 juillet, a marqué le lancement officiel du Festival. Les artistes, en tenues pittoresques et chamarrées, parfois couchés sur des lits à baldaquin motorisés, menés par une éléphante, ont remonté la rue de la République, la plus fameuse artère de la vieille ville d’Avignon. Puis ils ont monté les marches du Palais des Papes. C’était un peu comme si Cannes s’était transféré à Avignon, mais revu et corrigé par les saltimbanques !

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