10/08/2009 à 16h:55 Par Propos recueillis par Leïla Slimani
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Sondage sur le roi : le pouvoir s'explique sur les journaux saisis Sondage sur le roi : le pouvoir s'explique sur les journaux saisis © DR

Le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri s'explique sur la saisie de TelQuel, Nichane et Le Monde, suite à la publication d'un sondage sur le roi Mohammed VI.

Le 1er août, le ministère marocain de l’Intérieur a ordonné la saisie de 100 000 exemplaires des journaux TelQuel et Nichane. Selon les autorités, la publication d’un sondage d’opinion sur les dix ans de règne de Mohammed VI est contraire à la loi, et la « monarchie ne peut être sujette à débat ».

Le quotidien français Le Monde du 4 août, qui s’était associé à TelQuel pour publier ce sondage, a également été saisi. En 2007, Ahmed Reda Benchemsi, directeur du groupe TelQuel, avait déjà été poursuivi par la justice pour « manquement au respect dû au roi ».

La décision a suscité l’émoi des médias français. Pour Le Monde, elle est « arbitraire, incompréhensible et absurde ». Au Maroc, l’association des droits de l’homme et le Syndicat national de la presse ont condamné cette mesure. Khalid Naciri, le ministre de la Communication, revient sur les raisons qui ont motivé cette décision controversée. 

Jeune Afrique : Sur quelle base légale l’interdiction des journaux TelQuel, Nichane et Le Monde a-t-elle été décidée ?

Khalid Naciri : La Constitution du royaume stipule que la personne du roi est inviolable et sacrée. Il est donc considéré comme attentatoire à son égard de livrer l’action de la monarchie à l’appréciation publique et de divulguer ensuite ce type de sondage par voie de presse. L’article 1er du Code de la presse précise d’autre part que les journalistes doivent exercer leur profession dans le respect de la Constitution. C’est sur la base de ces deux textes qu’il a été décidé de saisir les exemplaires de ces journaux. 

Ne pouvait-on interpréter ces deux textes autrement ?

Le respect dû au roi n’est pas passible d’interprétation. Des apprentis juristes essaient actuellement de le contester, mais leurs arguments sont irrecevables. La pratique du sondage n’est pas interdite en soi au Maroc. Certes, il n’existe pas de législation spécifique sur la question. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un vide juridique que notre décision n’a pas de base légale légitime.

La doctrine juridique a avant tout pour but de préserver la sacralité du roi, qui est une donnée fondamentale. Évidemment, pour une partie de l’intelligentsia française, qui s’enorgueillit du fait que ses ancêtres ont guillotiné Louis XVI, ces notions peuvent être un peu difficiles à comprendre… 

Selon Ahmed Reda Benchemsi, il était illégal de détruire ces journaux sans décision de justice préalable…

Les journaux français ont parlé de pilonnage des exemplaires. C’est faux, et je n’ai moi-même jamais entendu parler de leur destruction. Le ministère de l’Intérieur a pris une décision de saisie administrative, en toute légalité. M. Benchemsi a décidé de porter plainte devant le tribunal administratif de Casablanca. C’est son droit. Sa demande a été rejetée, ce qui était prévisible, car notre argumentaire juridique est très solide. Ce journaliste a décidé de faire de la provocation et du scandale son gagne-pain. Il doit en assumer les conséquences. 

À l’heure où les médias occidentaux dressent un bilan plutôt positif des dix ans de règne de Mohammed VI, cette mesure ne risque-t-elle pas d’entacher l’image du Maroc ?

L’opinion européenne, et surtout française, gagnerait à être mieux informée et moins donneuse de leçons. On traite le Maroc uniquement sous l’angle anthropologique sans essayer de comprendre la spécificité de ses institutions. On nous traite successivement de « bon sauvage », puis de « sauvage ingérable ». Cela suffit. Le Maroc n’a pas à supporter ce dédain. Jamais des journaux français ne se seraient permis de tels jugements sur les monarques anglais ou espagnols.

Quant à moi, j’essaie de rester le plus stoïque possible face à ceux qui ont décidé de présenter le Maroc comme le pays le plus catastrophique du monde arabe et africain alors qu’il est l’un des plus démocratiques.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Mohammed VI gracie Astorc

Article précédent :
Tandja, la voie royale

Maroc

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Maroc : dans la roue de Renault

Le Maroc souhaite profiter de l'élan donné par le démarrage de l'usine du constructeur français Renault. Mais, si l'emploi est au rendez-vous, les fournisseurs locaux restent encore peu[...]

Maroc - Automobile : Budget Locasom se lance dans la location longue durée

Au Maroc, c'était jusque-là un service réservé aux entreprises. Budget Locasom se lance dans la location longue durée à destination des particuliers. Pour ses concurrents, l'heure est[...]

Maroc : réforme de l'audiovisuel, saison 1

Décidé à soumettre les télés publiques à un nouveau cahier des charges, le ministre de la Communication marocain Mustapha El Khalfi a déclenché sans le vouloir une[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Festival de Cannes : "Les Chevaux de Dieu", plongée dans le quotidien de jeunes kamikazes

Avec "Les Chevaux de Dieu", présenté au Festival de Cannes dans la catégorie "Un certain regard", Nabil Ayouch se penche sur l’enrôlement par les mouvements islamistes radicaux[...]

Sahara occidental : l'émissaire de l'ONU ne se rendra pas dans la région pour l'instant

L'émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, à qui Rabat a retiré sa confiance, ne se rendra pas dans la région pour l'instant, a indiqué vendredi le porte-parole des[...]

Maroc : Tanger Med repart à l'abordage

Après une année 2011 difficile, le port marocain de Tanger Med montre de nouveau les dents. Il entend rivaliser avec Algésiras, de l'autre côté du détroit de Gibraltar, pour devenir un haut[...]

Maroc : le rappeur Mouad Lhaqed, héros malgré lui

Condamné à un an de prison pour outrage à la police, le rappeur contestataire Mouad Lhaqed est en train de devenir une icône de la liberté d'expression. À son corps défendant.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers