10/08/2009 à 13h:17 Par Marwane Ben Yahmed
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Un jeu de hasard comme mode de « financement innovant » de l’aide au développement de l’Afrique… Le sémillant secrétaire d’État français à la Coopération, Alain Joyandet, ne recule devant rien pour s’illustrer et échapper à la torpeur de l’été. Son « Bingo-Loto pour l’Afrique » rapporterait 10 millions d’euros par an, permettrait de « sensibiliser la population française » et de « mobiliser les diasporas ». Bigre ! Que n’y avons-nous pas pensé plus tôt !

 

Passons sur le fait qu’un jeu de hasard, Loto, Bingo, poker, grattage, tirage, machine à sous ou autre, pour aider les plus démunis puisse interpeller les plus moralistes d’entre nous. L’association d’idées, en tout cas, est malheureuse. Quitte à explorer de nouvelles pistes, une simple taxe sur la manne perçue par la Française des Jeux (9,2 milliards de chiffre d’affaires), si l’on veut à tout prix rester dans cet univers ludique, conviendrait mieux et serait plus simple à mettre en place. Mais Joyandet s’accroche : « Notre jeu, où dès le départ tout parieur sait qu’une partie de sa mise va vers l’Afrique, veut faire œuvre de pédagogie. » Nous ne devons pas partager la même conception de la pédagogie… Mobiliser les diasporas présentées comme l’une des cibles de ce Loto pour l’Afrique ? Joyandet serait mieux inspiré de militer pour une réduction des coûts bancaires des transferts d’argent des migrants vers leurs pays d’origine, ce qui pourrait permettre de dégager plusieurs dizaines de millions d’euros. Tant qu’à innover…

 

Dix millions d’euros, c’est moins de 0,01 % des besoins de financement des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), fixés par l’ONU (150 milliards de dollars). Une microscopique goutte d’eau, donc, en guise d’idée du siècle. L’Aide publique au développement en provenance de la France représente environ 9,5 milliards d’euros, soit 0,47 % du PIB. Ce n’est pas rien, mais l’État y fourre tout ce qu’il peut pour donner l’illusion qu’elle augmente : réduction de dettes accordées à certains pays africains, frais dits « d’écolage » (prise en charge des étudiants originaires de pays en développement), budgets consacrés aux territoires d’outre-mer (TOM), etc. Last, but not least, ce système dit des « financements innovants » mis en place pour lutter contre la pauvreté en sus de l’aide publique n’est rien d’autre, pour l’instant, qu’un vulgaire tour de passe-passe comptable. Ainsi, les sommes récoltées au titre de la fameuse taxe de solidarité sur les billets d’avion, lancée par Jacques Chirac, sont-elles comptabilisées dans l’APD… De qui se moque-t-on ?

La politique africaine de la France devait évoluer, tenir compte des nouvelles générations, se moraliser, favoriser les notions de bonne gouvernance. On nous vantait les mérites d’une véritable rupture. La gestion des dossiers Gabon, Mauritanie ou Niger, entre autres, démontre que la real(business)politik a plus que de beaux restes. Pour les bonnes idées, il faudra aussi attendre.

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