Un, deux, trois, quatre, cinq… et ainsi de suite jusqu’à trois cent soixante-sept. La tâche des hommes de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est décidément bien fastidieuse. À l’instigation des députés français, inquiets d’une recrudescence supposée du port du voile islamique (burqa ou niqab), une mission parlementaire a été mise en place, le 1er juillet. Prenant les devants, les policiers ont aussitôt communiqué au ministère de l’Intérieur le résultat d’un décompte réalisé par leurs soins : il y aurait sur l’ensemble du territoire 367 musulmanes intégralement voilées. Soit moins que de députés (577) !
Certes, il ne s’agit que d’une « première approche rapide », qui sera suivie d’une « étude plus approfondie ». Le nombre réel des « fantômes » vêtus de noir est sans doute plus important, mais quand même, pas de quoi décréter la mobilisation générale au nom de la défense de la laïcité. Ni de faire adopter une loi interdisant les colifichets islamistes : l’effet serait à coup sûr inverse de celui recherché.
Car on apprend incidemment que la grande majorité de ces femmes sont jeunes (moins de 30 ans). Et qu’un quart d’entre elles sont des Françaises de souche converties. En dehors d’une poignée d’intégristes, leur attitude, notent les policiers, relève le plus souvent de la provocation juvénile. Il s’agirait en somme d’une manière… voilée de se faire remarquer.
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Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]
Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]