Lutte au couteau entre le chef de la « révolution bolivarienne » et les militaires honduriens qui ont renversé le président Manuel Zelaya, son allié.
Dans la partie d’échecs engagée à l’échelle de l’Amérique latine entre la gauche radicale conduite par le tonitruant Vénézuélien Hugo Chávez et la droite plus ou moins extrême, cette dernière, en difficulté depuis plusieurs années, a marqué un point, le 28 juin, avec le renversement par l’armée du président hondurien Manuel Zelaya. Reste à savoir si ce coup hasardeux ne risque pas de se retourner contre elle.
C’est la volonté, très « chavézienne », de Zelaya de soumettre à référendum un projet de modification de la Constitution destiné à lui permettre de briguer un nouveau mandat qui a déclenché la fureur de l’armée, des milieux d’affaires, de la hiérarchie de l’Église catholique et des évangéliques.
Aujourd’hui en exil, le président déchu a promis à plusieurs reprises de rentrer dans son pays à la tête d’« une foule » qu’il promet de rassembler dans plusieurs pays de la région. Roberto Micheletti, son successeur de facto, a fait savoir qu’il serait immédiatement arrêté s’il tentait de franchir la frontière. Chargé d’une médiation, le président costaricain Oscar Arias, Prix Nobel de la paix 1987, a suggéré de mettre en place jusqu’à la fin du mandat présidentiel en cours, en 2010, un gouvernement « de réconciliation » présidé par Zelaya. Refus catégorique des militaires honduriens. Aussitôt après le golpe (« putsch »), les ambassadeurs « bolivariens » (Venezuela, Bolivie, Équateur, Nicaragua) ont quitté Tegucigalpa, tandis que Chávez menaçait de recourir à la force pour restaurer le président légitime dans ses fonctions.
Le 21 juillet, poursuite de l’escalade. Les putschistes ont donné soixante-douze heures au personnel diplomatique vénézuélien pour quitter le pays. Mais le chargé d’affaires Uriel Vargas a annoncé son intention de ne point obéir à cet ordre d’expulsion émanant d’un gouvernement « illégal ». À Caracas, la décision hondurienne est jugée « absurde ». Une mesure de réciprocité est inévitable.
CONDAMNATION AMÉRICAINE
Mais la grande nouveauté, c’est l’attitude de la « communauté internationale » et, singulièrement, des États-Unis, longtemps soutien indéfectible des centurions latino-américains. L’administration Obama a dénoncé le putsch sans ambiguïté. Elle plaide pour une « solution négociée », menace de geler son aide et d’imposer au Honduras des sanctions diplomatiques. L’aide militaire a d’ores et déjà été suspendue.
L’Union européenne est sur la même longueur d’onde. Elle a réduit au minimum ses contacts politiques avec la junte et, le 25 juillet, suspendu son aide budgétaire (65,5 millions d’euros), tout en maintenant son aide humanitaire.
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Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]
Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]