29/07/2009 à 11h:22 Par Jean-Dominique Geslin
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Pierre Mamboundou Pierre Mamboundou © DR

Longtemps relégués aux seconds rôles par l’omnipotence du Parti démocratique gabonais (PDG), les leaders de l’opposition estiment que la disparition d’Omar Bongo Ondimba doit sonner l’heure de l’alternance. Et ils comptent bien sur l’impréparation et les divisions de l’ex-majorité présidentielle pour jouer leur va-tout.

Premier dirigeant à avoir repris sa liberté vis-à-vis du PDG, Paul Mba Abessole a été investi par le Rassemblement pour le Gabon (RPG) dès le 12 juillet. Figure historique de la scène politique gabonaise, il peut se targuer d’avoir été l’un des adversaires les plus coriaces du président Bongo Ondimba. En 1993, lors de la première élection présidentielle pluraliste, celui qui incarnait alors l’opposition radicale était crédité de 26,5 % des voix, un score qu’aucun autre politicien gabonais n’est parvenu à égaler depuis lors. Trois ans plus tard, cet ancien prêtre spiritain formé en France et aujourd’hui âgé de 69 ans se fait élire à la mairie de Libreville et profite de son exposition médiatique pour critiquer vertement le régime. Mais aux années d’affrontement ont succédé celles de l’apaisement, et le consensus a fini par triompher. 

Les allers-retours de Mba Abessole

Crédité de 13,4 % des suffrages en 1998, ce Fang originaire de la province de l’Estuaire – où il reste populaire – a choisi de se rallier au panache présidentiel. Tout d’abord nommé ministre d’État en charge des Droits de l’homme en janvier 2002, il a fait de son parti l’un des principaux alliés du PDG aux élections locales et législatives. Vice-Premier ministre en charge de la Culture et des Droits de l’homme jusqu’au dernier remaniement du 22 juillet, Abessole ne bénéficie plus du charisme qui fut le sien au début des années 1990. En acceptant le compromis avec le régime, il a largement écorné son image auprès d’une partie de l’électorat, qui considère son ralliement comme une trahison. D’ailleurs, le RPG conserve une attitude ambiguë vis-à-vis du PDG. Selon ses dirigeants, « la candidature d’Abessole ne veut pas dire que le parti remet en cause son appartenance à la majorité. Toutefois, il exclut tout désistement. » En clair, si le RPG ne fera rien pour aider le champion du PDG à s’imposer, il compte bien bénéficier de sa victoire en continuant à travailler avec lui le cas échéant.

Autre opposant « convivial » qui a lui aussi changé de casaque dans les années 1990, Pierre Claver Maganga Moussavou affiche, à 57 ans, un parcours assez comparable à celui de Paul Mba Abessole, sans être aussi populaire que lui. Après avoir multiplié les allers-retours entre le camp de la majorité et celui de l’opposition, le président du Parti social démocrate (PSD) a lui aussi rejoint le gouvernement en janvier 2002 comme ministre de l’Agriculture, puis de l’Aménagement du territoire à partir de 2007. Originaire de la province méridionale de la Ngounié (sud-est du pays), son électorat se concentre essentiellement dans cette région, majoritairement peuplée de Punus. 

Myboto : du pouvoir à l’opposition

Si certains ont préféré à l’ombre de l’opposition la lumière du pouvoir, d’autres (moins nombreux) ont parcouru le chemin inverse. C’est le cas de Zacharie Myboto, qui a été ministre du président Bongo pendant près de vingt-trois ans avant d’en devenir l’un des adversaires les plus acharnés. Titulaire du portefeuille des Travaux publics pendant plus de dix ans, cet ancien cacique du PDG est à la tête d’une fortune considérable, ce qui devrait l’aider à faire campagne. Originaire du sud-est du pays, cet ancien instituteur aujourd’hui âgé de 71 ans appartient à l’ethnie nzébie (assez fortement représentée au Gabon), mais son influence a connu une certaine érosion depuis qu’il a quitté le pouvoir. Quant à son capital de sympathie, il reste encore limité, certains lui reprochant de « cracher dans la soupe ». Pour beaucoup d’électeurs, la « migration » d’opposants vers la majorité est souvent cause de déception. Mais ils ne comprennent pas plus qu’un dirigeant puisse condamner sans réserve un système qu’il a servi pendant plus de vingt ans.

Conséquence, en avril 2005, Myboto a créé une structure pour relayer ses idées et soutenir sa candidature à la magistrature suprême. Mais au mois de novembre suivant, le président de l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD) n’a recueilli que 6,6 % des voix face à Omar Bongo Ondimba, réélu avec 79 % des voix. L’ancien ministre a engrangé moitié moins de suffrages que l’opposant numéro un qu’est devenu Pierre Mamboundou. 

La « virginité » de Mamboundou

Le président de l’Union du peuple gabonais (UPG) est considéré comme le challengeur naturel du président élu. Sur les dix dernières années, il est à la fois le responsable qui s’est opposé le plus violemment au système Bongo, et celui qui a résisté à toutes les offres de fonctions ministérielles. Crédité de 13,6 % des voix à la présidentielle de novembre 2005, ce Punu originaire de Mouila et âgé de 63 ans est physicien de formation. Ingénieur en télécommunications, il a travaillé pendant une dizaine d’années comme fonctionnaire international à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT, devenue l’Agence intergouvernementale de la francophonie). En 1989, il se lance dans l’arène politique en fondant son propre mouvement. Accusé de complot contre le régime, il connaît l’exil. Expulsé de France, il est accueilli au Sénégal, où il restera trois ans. Condamné par la justice gabonaise à dix ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, il n’est autorisé à rentrer au pays qu’en octobre 1993.

En 1996, il est élu député-maire de Ndendé, dans la Ngounié. Mais, en 2001, il perd son siège au Parlement après avoir prôné le boycott du scrutin législatif. Après la présidentielle de 2005, les relations avec Bongo se tendent à nouveau. En mars 2006, le siège de son parti est mis à sac par des militaires et Mamboundou se réfugie dans les locaux de l’ambassade d’Afrique du Sud. Il en ressort un mois après et accepte de négocier avec le régime, notamment sur la réforme du fichier électoral.

Mamboundou, qui a alors hésité à entrer au gouvernement pour enrichir son CV d’une expérience ministérielle, a finalement préféré garder son indépendance, ce qui constitue aujourd’hui un atout non négligeable face aux héritiers du régime. Alors que tous les autres opposants ont un jour ou l’autre travaillé avec Bongo, le leader de l’UPG présente une certaine « virginité », ce qui lui a valu d’être investi par l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR). Ce bloc de l’opposition radicale regroupe – outre les mamboundistes – plusieurs autres mouvements, comme l’Alliance nationale de Bâtisseurs (ANB) de Séraphin Ndaot Rembogo, le Rassemblement national des Bûcherons (RNB) de Pierre André Kombila, le Parti socialiste gabonais (PSG) d’Adrien Mboumb King, mais aussi l’Union pour la nouvelle république (UPNR) de Louis Gaston Mayila. Mamboundou, qui prédit depuis vingt ans le grand soir du bongoïsme, est persuadé que son heure est venue. 

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