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21/07/2009 à 16:08
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Valery Ndongo Valery Ndongo © DR

Parodiant aussi bien les films français et chinois que les grosses productions américaines ou le septième art africain, le Camerounais signe un spectacle énergique et désopilant.

« Mon nom est Black, James Black ! » Valéry N’Dongo, 29 ans, a une passion : le cinéma. Avec ingéniosité, l’humoriste camerounais fait « l’acteur, pas le comédien ». Sur scène, il pastiche le septième art. En tout premier lieu, la création hexagonale. « Ce qui est bien dans le cinéma français, clame-t-il, c’est l’action. Ça va à 100 à l’heure. » Et d’en singer un exemple : le vent qui souffle sur un champ de blé. Avant de poursuivre avec le héros américain qui ne meurt jamais, le guerrier chinois qui « se fâche mal mauvais » sans que l’on sache pourquoi, les soaps « hindous, traduits en indien, sous-titrés en pakistanais » dans lesquels les amants se mettent à chanter au lieu de s’embrasser… Quant aux films africains, ce qu’il aime, c’est ce qu’ils représentent : un « cinéma en avenir » !

« L’expression n’est pas de moi, mais des critiques occidentaux, explique-t-il. Je l’ai reprise dans mon spectacle, car elle résume l’état du cinéma africain et la condescendance avec laquelle il est perçu en Occident. Lorsque les réalisateurs africains sont invités dans des festivals internationaux, comme Cannes, ce n’est jamais en sélection officielle mais dans des manifestations annexes. Interrogez n’importe qui dans la rue, il sera incapable de vous citer un réalisateur africain. Mais, même sur le continent, ce cinéma est peu regardé. Parce qu’il est mal diffusé et que les salles ferment les unes après les autres. Mais aussi parce que, souvent, les acteurs ne sont pas bons. Et que ces films offrent de l’Afrique une vision caricaturale avec des problèmes d’excision, des histoires villageoises au milieu des huttes… Ce qui manque au cinéma africain, c’est le rêve. » 

Magie des frères Lumière

Et pourtant, Dieu sait que le cinéma a fait rêver Valéry ! Ce Béti natif d’Obala, près de Yaoundé, découvre à l’âge de 7 ans la magie des frères Lumière dans un petit ciné-club de la capitale. Aujourd’hui, assis sur un banc de la salle du Tarmac, à Paris, où il se produit du 21 au 25 juillet et du 18 au 22 août, il se souvient : « Mon premier film ? Opération Tonnerre, un James Bond avec Sean Connery. Le deuxième ? Big Boss avec Bruce Lee. Le troisième, Rambo. Le quatrième… » Emporté par ses souvenirs et sa passion, Valéry est prêt à nous égrener un à un tous les longs-métrages qu’il a vus. « Avec Étienne, mon “frère”, on se racontait les films qu’on avait vus. Du générique du début à celui de la fin. On mimait tout, même le lion de la Metro-Goldwyn-Mayer ! Si le film dure une heure trente, on décrivait pendant une heure trente l’histoire, les décors, les tenues des acteurs, leur jeu, le mouvement de la caméra… »

Mais les deux compères, pas toujours très sages, décident à 16 ans que la vie est plus belle loin des bancs de l’école. Et font les quatre cents coups. Le kwatt (« quartier », en argot camerounais) devient pendant deux ans leur « centre de formation à domicile » et les adolescents passent quelques nuits au poste de police au grand désespoir de leurs familles. Finalement, pas si voyous que ça, Valéry et Étienne acceptent de reprendre le chemin de l’école. À une seule condition : faire du théâtre, « parce que De Niro et Al Pacino en ont fait pour devenir de grands acteurs de cinéma ». De nouveau, désespoir des familles : « Acteur, mais ce n’est pas un métier, ça ! » Finalement, de guerre lasse, elles acceptent, mais l’expérience tourne court. « On avait trouvé une école de théâtre, mais j’ai claqué la porte au bout de trois mois, les enseignements étaient aux antipodes de l’art dramatique. » Valéry se forme alors sur le tas, décortique les longs-métrages, analyse le jeu des acteurs.

En 2000, il participe à « La Ronde des poètes au Cameroun », au Centre culturel français (CCF) de Yaoundé. Il déclame sous forme de sketch le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Le public est conquis et en redemande. Il adapte alors à sa sauce un poème de Francis Bebey, Music Africa, et se met à écrire ses propres sketches, qu’il réunit en 2004 dans un spectacle, L’Histoire d’Obegue Obeg’son alias Shérif. Un one-man show qu’il présente aux CCF de Yaoundé et de Douala. Une première expérience concluante. Il signe son deuxième spectacle, Je suis acteur, pas comédien, en 2006, et commence à gagner en popularité.

Le jeune humoriste fait rire. Il jongle habilement avec le « camfranglais » (l’argot puisant dans les langues locales, le français et l’anglais) et déborde d’énergie. Il n’a pas son pareil pour s’amuser de ses contemporains. En 2008, alors qu’il participe au festival des Récréatrales de Ouagadougou, Valérie Baran, directrice du Tarmac, le repère. Et le programme à Paris pour un galop d’essai, en avril 2009. S’inspirant des modèles camerounais comme Essindi Mindja (décédé en 2005) ou Jean Miche Kankan, mais aussi de la nouvelle génération d’humoristes français du Jamel Comedy Club, Valéry N’Dongo a lancé en mai dernier, avec Major Assé et Wakeu Fogaing, Africa Stand Up. Un label destiné à former de jeunes talents et à organiser régulièrement des rencontres humoristiques. Les prochaines Stand Up Nights auront lieu les 27 et 28 novembre au CCF de Yaoundé et les 4 et 5 décembre à celui de Douala. D’ici là, Valéry N’Dongo s’apprête à conquérir le public français et, pourquoi pas… intégrer le Jamel Comedy Club. 

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