Extension Factory Builder
20/07/2009 à 16:58
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Conférence de presse à Cape Coast, au Ghana, le 11 juillet 2009 Conférence de presse à Cape Coast, au Ghana, le 11 juillet 2009 © Reuters

11 juillet 2009

Il y a eu le discours du Caire pour le monde musulman. Il y a désormais celui d’Accra pour l’Afrique subsaharienne. Certes, les enjeux, l’intensité dramatique et la rupture signifiés par ces deux adresses majeures de Barack Hussein Obama ne sont pas de même nature, le passif américain et l’image des États-Unis aux yeux des populations n’ayant aucune commune mesure dans ces deux régions du monde. Il n’empêche : l’allocution du 11 juillet devant le Parlement ghanéen était aussi attendue qu’un show posthume de Michael Jackson et, une fois de plus, la star Obama a été à la hauteur des espérances de ses fans. Un parler simple et direct, un message sain et clair immédiatement compréhensible de l’auditeur moyen : la recette Obama fonctionne d’autant mieux qu’il ne viendrait à personne l’idée de mettre en doute la sincérité de celui qui est, aussi, un fils du continent.

Dès la première minute, après avoir comparé le son des trompettes saluant son entrée en scène avec celui, inimitable, de Louis Armstrong, le président américain tord le cou à la fable répétée ad nauseam, de Friedrich Hegel à Henri Guaino, d’une Afrique marginalisée, enclavée, isolée, déconnectée de la mondialisation et non encore entrée dans l’Histoire. Oui, cette Afrique qui n’a jamais cessé tout au long des siècles d’échanger, souvent de façon violente, de la traite à l’émigration, avec l’Europe, l’Asie et l’Amérique est partie prenante d’un système international au sein duquel son insertion s’intensifie chaque jour. Sur ce point précis et même si l’effet n’en est pas forcément volontaire, le discours d’Accra peut se lire en creux comme un contre-discours de Dakar.

Au fil des mots, Obama livre une vision du continent résolument tournée vers l’avenir. Il n’hésite pas pour cela à bousculer l’importance de cette rente de situation que sont les indépendances africaines. L’Histoire, dit-il, ne s’est pas arrêtée il y a un demi-siècle, à l’époque de Nkrumah et de Kenyatta. Forger sa propre nation est une tâche autrement plus redoutable – et fondamentale – qu’un changement d’hymne et de drapeau : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. » Il n’hésite pas non plus à relativiser le label de bonne gouvernance hâtivement décerné aux faiseurs d’élections. Les élections, rappelle-t-il, ne sont pas toute la démocratie, « il faut voir ce qui se passe entre les scrutins ». Tout comme il convient de rejeter du mauvais côté de l’Histoire « ceux qui se servent des coups d’État ou qui modifient les Constitutions pour rester au pouvoir ». Le président américain ne cite aucun nom, mais de Niamey à Conakry, les intéressés auront compris. 

Cape Coast, « point de départ de l’expérience afro-américaine »

Comme Nicolas Sarkozy à Dakar, mais avec une légitimité tout autre, son pays étant vierge de tout passé colonial, Barack Obama exhorte les dirigeants à assumer leurs responsabilités, l’Occident ne pouvant être comptable d’une culture du conflit, lequel, ose-t-il dire sans craindre d’être accusé de condescendance, « est aussi constant que le soleil » dans la vie de beaucoup d’Africains. La première partie – que nous reproduisons ici dans son intégralité – de ce discours d’Accra est également marquée par une vive condamnation des pratiques de corruption. À l’appui de sa démonstration, Obama se veut précis, citant les pourcentages de pots-de-vin exigibles et prenant pour exemple les ports africains, hauts lieux de tous les trafics. Le reste – protection de l’environnement, lutte contre le VIH-sida… – est de facture plus classique, dans la lignée de la politique Bush sur le continent. Barack Obama y réaffirme notamment le lien entre développement et bonne gouvernance, sans s’interroger sur le contenu et la validité de ce dernier concept fourre-tout et néolibéral qui prétend dompter la complexité des sociétés africaines en faisant fi de leur historicité.

Certes, les auditeurs du discours d’Accra ne sont pas des naïfs. Ils n’ignorent rien de l’intérêt américain pour leur pétrole et leurs matières premières et ils savent tout du soutien accordé autrefois par les États-Unis à quelques-unes des pires dictatures du continent. Mais s’ils n’ont pas reçu cette allocution comme une leçon de plus, c’est qu’ils savent que Barack Obama est différent de tous ceux qui sont venus un jour leur dispenser une parole biaisée avec un zèle de missionnaire. Sur le continent, cet homme qui n’est pas un descendant d’esclaves porte un double regard, absolument unique. Un regard sévère : la vie de son propre père, qu’il n’a pratiquement pas connu, s’est brisée, au Kenya, sur le mur du tribalisme, de l’intolérance, de la haine, et il en a été profondément marqué. Mais un regard empli d’espoir aussi, comme en témoigne sa visite au fort des esclaves de Cape Coast. Barack Obama a voulu voir dans ce lieu hanté « le point de départ de l’expérience africaine-américaine », « le symbole des progrès extraordinaires accomplis depuis » et la preuve par le mal qu’aussi cruelle que puisse être l’Histoire, « il est toujours possible de la surmonter ».

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

International

Espagne : Pedro Sánchez, ou comment faire oublier Zapatero...

Espagne : Pedro Sánchez, ou comment faire oublier Zapatero...

Le nouveau patron de l'opposition est jeune, beau et intelligent. Mais avant "d'y penser en se rasant", Pedro Sánchez va devoir rafraîchir l'image du Parti socialiste. Bon courage ![...]

Irak : Fouad Massoum remplace Jalal Talabani à la présidence

Le Parlement irakien a élu jeudi le politicien kurde Fouad Massoum à la tête de l'État fédéral. Un premier pas qui laisse augurer la formation d'un nouveau gouvernement dans le pays[...]

Gaza : Israël accusé de possibles crimes de guerre par l'ONU

Alors que débute la troisième semaine de l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, la haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a demandé une enquête sur les possibles[...]

France : un nouveau projet de loi sur l'immigration

Attirer plus de diplômés et d'entrepreneurs étrangers. Tel est le but du projet de loi que le gouvernement s'apprête à dévoiler. Parmi les nouveautés, un titre de[...]

Indonésie : l'avenir, c'est Jokowi

Il y a le réformateur populaire, Joko Widodo, et le militaire conservateur, Prabowo Subianto. Tous deux clament leur victoire à l'élection présidentielle du 9 juillet. Deux visages, deux[...]

Littérature turque : "L'Homme désoeuvré" enfin traduit en français !

C'est l'un des classiques du roman turc contemporain. "L'Homme désoeuvré", de Yusuf Atilgan, est enfin traduit en français.[...]

Sida : les lois homophobes accusées de favoriser la propagation du virus

Les lois qui interdisent et stigmatisent l’homosexualité ont été pointées du doigt lors de la conférence internationale sur le sida à Melbourne en Australie. Elles favoriseraient[...]

Italie : près de 800 migrants sauvés par la marine en une nuit

La marine italienne à annoncé avoir secouru près de 800 migrants dans la nuit de dimanche à lundi. En cette saison estivale les candidats à la traversée de la Méditerranée,[...]

Le FBI a-t-il poussé des musulmans américains à commettre des attentats ?

Dans un rapport publié lundi, Human Rights Watch dénonce les pratiques abusives du FBI qui aurait incité des Américains musulmans à commettre des attentats, après le 11-Septembre. Les[...]

Commission européenne : Jean-Claude Juncker, l'ère du dinosaure

Élu sans surprise, le président de la Commission européenne donne des gages à la droite, à la gauche, aux Verts. Un risque de cacophonie ?[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers