06/07/2009 à 12h:52 Par Marwane Ben Yahmed
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Tel l’arapède, ce coquillage méditerranéen réputé indélogeable du rocher sur lequel il a élu domicile, le président nigérien Mamadou Tandja s’accroche comme un forcené à son poste. Pour s’éterniser au pouvoir, tous les moyens sont bons. Les petits arrangements entre amis, les pressions diverses, mais aussi les entorses les plus graves aux règles démocratiques et institutionnelles. Il avait pourtant juré la main sur le cœur, et devant Nicolas Sarkozy, qu’il ne toucherait jamais à la Constitution et qu’il s’en irait, comme prévu, en décembre 2009…

 

Faire sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats, cela devient une habitude. Tandja emprunte le même chemin que Blaise Compaoré, feu Omar Bongo Ondimba, Lansana Conté, Yoweri Museveni, Idriss Déby Itno, Zine el-Abidine Ben Ali, Paul Biya ou Abdelaziz Bouteflika. Avec le même argument en guise de justification : finir l’« immense » travail entamé et ne pas laisser le pays, si « fragile », entre des mains pas suffisamment expertes…

 

Mais, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs sur cette voie décidément très en vogue de la « prolongation », Tandja n’a pas su créer un consensus autour de sa volonté de conserver son fauteuil de président, ni convaincre les Nigériens. Comme le Nigérian Olusegun Obasanjo ou le Béninois Mathieu Kérékou en leur temps. Mais eux, au moins, avaient su accepter l’échec de leur tentative et ne pas mettre en péril la stabilité de leur pays pour accomplir leur dessein. Face à la levée de boucliers des politiques et de la société civile, Tandja a fait le choix – ô combien risqué pour son pays – de l’épreuve de force. Il s’est mué en dictateur. Dissolution de la Cour constitutionnelle et de l’Assemblée nationale coupables, purge au sein du gouvernement (huit ministres débarqués), médias « hostiles » suspendus, pleins pouvoirs auto-octroyés, arrestations arbitraires… L’État de droit n’est plus qu’une chimère au Niger.

 

Face à l’entêtement de Tandja, l’opposition semble pour l’instant démunie. Il est peu probable qu’elle parvienne à masser des milliers de manifestants dans les rues. Comme en Mauritanie, après le putsch mené par le général Ould Abdelaziz, seule la pression de la communauté internationale pourrait influer sur le cours des événements et éviter une crise dont le Niger n’a pas franchement besoin. Uranium ou pas, la France, qui éprouve les pires difficultés à masquer son embarras, serait bien inspirée de montrer l’exemple…

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Bolloré-Dupuydauby : la guerre du web

Article précédent :
Humour, saillies et sagesse

Niger

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se méfie[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Aqmi : les héritiers de Ben Laden

Installé au Mali depuis une quinzaine d'années, le journaliste béninois Serge Daniel s'est penché sur l'évolution de la nébuleuse djihadiste.[...]

Areva condamné en France pour la mort d'un employé, quid des salariés africains ?

Le groupe nucléaire Areva a été condamné en France pour "faute inexcusable". Il est jugé responsable du décès de l’un des anciens employés d’une de[...]

Développement : l'ONG Save the children dénonce les conditions de vie des enfants sur le continent

Les pires pays au monde pour devenir mère sont africains. C’est la conclusion, accablante, du rapport de l’ONG américaine Save the children : dans les dix dernières places du classement, huit[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Médias : au Niger, une liberté vite apprivoisée

Journaux, radios et télévisions se multiplient au Niger, un pays où la presse n'est plus considérée comme une ennemie.[...]

Victoire de Hollande : quand le continent rêve d'enterrer la Françafrique

Comme Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande a promis de mettre fin à la "Françafrique" et d'instaurer des rapports sains entre l'Hexagone et les pays du continent. Ses actes seront-ils[...]

Niger : des échanges à forte teneur en uranium

Encore largement tributaire de ses gisements uranifères, le Niger développe les autres filières extractives. Les investisseurs étrangers sont à l'affût.[...]

Niger : la démocratie, un rempart contre les fanatismes

Président de la Haute Autorité à la consolidation de la paix[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers