30/06/2009 à 14h:46 Par Serge N'Da, à Bethléem
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« Moi aussi je suis africaine ! » C’est par ces mots que la jeune Algérienne s’est présentée à nous dans le bus n° 21. La scène se déroule en Palestine, précisément à la gare routière de Bethléem, sur le chemin de Jérusalem. Nous avions hâte d’arriver pour le début de la procession des rameaux qui commémore chaque année l’entrée triomphale de Jésus à Bethléem, juste avant son arrestation, son procès et sa crucifixion.

Nous sommes un groupe de sept jeunes Africains en formation à Bethléem depuis plus de six mois. Quatre Ivoiriens, deux Centrafricains et un Béninois : c’est la famille que nous formons, loin de nos pays d’origine et partageant un même but – servir Dieu.

Nous faisons beaucoup d’efforts pour nous intégrer à la société de notre terre d’accueil même si, souvent, des subtilités du monde arabe nous échappent. Malgré tout, nous sommes heureux d’être en Terre sainte et nous tirons un grand profit spirituel de cette opportunité qui nous est offerte. En plus, l’affluence des pèlerins et des touristes atteste bien l’intérêt du monde entier pour cette terre et renforce notre fierté de vivre en Palestine.

Ce dimanche matin, dans le bus, nous attendons quelques passagers supplémentaires avant de prendre la route pour Jérusalem, en Israël. Jérusalem et Bethléem sont finalement si rapprochées que l’on dirait une seule ville tristement divisée par un mur en béton armé. Incroyable mur, si haut et si épais qu’il déchire littéralement ce morceau de Terre sainte comme une entaille défigure un visage.

Ici, à la gare, nous commençons à être connus : depuis notre arrivée, nous ne passons pas inaperçus. La couleur de notre peau nous trahit en nous désignant fatalement comme étrangers. Dans le bus, nous nous exprimons en français et affichons notre enthousiasme par quelques grands éclats de rire. À notre grande surprise, une jeune fille arabe se lève de son siège et se dirige vers nous. Elle n’est pas voilée et porte un pantalon en jean bleu. Son style et son allure se démarquent nettement de ceux de la plupart des autres filles que nous croisons à Bethléem, toutes voilées et ayant une attitude un peu rigide. Toute décontractée, la jeune fille se présente et nous demande d’un air enchanté : « Vous êtes africains ? » À peine avons-nous le temps de répondre par l’affirmative et d’exprimer notre surprise mêlée de joie qu’elle s’exclame en souriant : « Moi aussi je suis africaine ! » Nous échangeons avec elle quelques mots au sujet de notre cher continent et nous découvrons une femme africaine très fière de ses origines. Peu importe la religion et nos origines différentes, nous nous sentons tous originaires de la même terre africaine et heureux de nous rencontrer en terre palestinienne. Les autres passagers du bus – qui ont l’air d’admirer cette scène peu banale – doivent murmurer : « Quelle curieuse fille arabe… »

Quelques heures plus tard, en voyant la foule rassemblée pour la procession – des chrétiens de plusieurs origines –, vers le mont des Oliviers, je comprends davantage la portée du message d’unité du Christ. Du coup, un autre sujet me vient en tête : celui de l’unité des Africains. Car en dépit du pessimisme de certains observateurs dans ce domaine, l’attitude de la jeunesse algérienne et de celle d’autres pays me fait comprendre que beaucoup d’Africains, aux quatre coins du continent, se sentent unis par un même destin. Si la vision du digne Ghanéen Kwame Nkrumah tarde à devenir une réalité, la jeunesse, à la base, où qu’elle se trouve, rêve de surmonter les clivages linguistiques, politiques et sociologiques pour fraterniser en toute liberté.

L’exemple de la jeune Algérienne doit servir de cas d’école. Car l’avenir repose sur la jeunesse. Une jeunesse consciente, libre et audacieuse. Une jeunesse éprise de justice, de paix et d’amour.

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