29/06/2009 à 16h:11 Par Georges Dougueli, envoyé spécial à Libreville
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Premières escarmouches Premières escarmouches © SIPA

À la suite du remaniement du 19 juin, André Mba Obame perd le ministère de l’Intérieur. Pour sa part, le Premier ministre n’exclut pas de se porter candidat à la présidence. Les hostilités sont ouvertes.

Pressée de remanier le gouvernement par la Cour constitutionnelle, la présidente de la République par intérim, Rose Francine Rogombé, a accepté le 19 juin la démission de l’équipe dirigée par le Premier ministre Jean Eyeghe Ndong. Quelques heures plus tard, elle reconduisait la même équipe en concédant cependant un petit nombre de mutations. Un fait majeur a émaillé ce remaniement, et pourrait constituer la première grande manœuvre dans la guerre feutrée qui se livre aux portes de la présidence : le départ d’André Mba Obame du ministère de l’Intérieur. L’ami d’Ali Bongo Ondimba, coanimateur du courant des Rénovateurs au sein du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, membre de la galaxie gouvernementale depuis 1984, a été muté au ministère de la Coordination et du Suivi de l’action gouvernementale, permutant avec Jean-François Ndongou, désormais en charge de l’Intérieur, ministère stratégique car chargé d’organiser les élections.

« Mis au placard », Mba Obame, le Fang le plus proche du président décédé, fait figure de premier martyr de cette transition à rebondissements. Diplômé en sciences politiques de l’Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, il a toujours été considéré par les caciques du parti comme le « génie malfaisant » des « Rénos ». Encouragé et protégé par un Omar Bongo Ondimba séduit par l’idée de rajeunir son parti, ce petit groupe de quadras était parvenu, entre autres faits de guerre, à pousser l’ancien poids lourd Zacharie Myboto vers la sortie du PDG. En première ligne face aux partis d’opposition et face aux ONG anti-Bongo, l’ex-ministre de l’Intérieur focalisait les rancœurs et multipliait les ennemis. Beaucoup s’étaient juré d’avoir la tête de Mba Obame. Finalement, il est plutôt la victime d’un « tir ami », qui visait en fait Ali Bongo Ondimba, son complice de la Défense. Bien que déjà fragilisée par des divergences qualifiées de « superficielles » par un collègue rénovateur, l’association entre les deux hommes fait toujours peur dans les états-majors rivaux. Obligé de faire cavalier seul, Mba Obame n’est pas totalement isolé. D’ailleurs, son salon ne désemplit pas de soutiens qui le pressent de démissionner du gouvernement pour « reprendre sa liberté ». Va-t-il se jeter lui aussi dans la bataille présidentielle ? Pour l’instant, l’intéressé garde le silence. 

Entrée en lice

En revanche, son remplacement à l’Intérieur par un fidèle de Jean Eyeghe Ndong « est un acte qui confirme l’entrée en lice du Premier ministre comme candidat », constate un sénateur. Chapeauté à la tête de l’exécutif par une présidente par intérim qui cherche encore ses marques, le chef du gouvernement affirme son autorité et se constitue un réseau. En s’alliant à Ndongou, membre de la communauté eshira originaire de Mandji (province de la Ngounié), Eyeghe Ndong, issu lui-même de l’ethnie fang, cherche à élargir sa base vers les minorités du Sud. Même si, aucun membre du sérail n’en doute, son ambition d’accéder au fauteuil présidentiel se fonde essentiellement sur l’espoir de voir les Fangs (40 % de la population) voter pour lui.

Pendant ce temps, Rose Francine Rogombé rencontre les partis d’opposition et essaie de ne pas céder à toutes les pressions. Mais il est probable qu’elle accepte de prolonger son bail au Palais du bord de mer, car le report de la présidentielle apparaît de plus en plus inévitable. « Il faut compter un délai d’au moins deux mois pour que le matériel électoral nous soit livré », argumente un membre du gouvernement. Certains attendent des garanties contre les fraudes, tandis que d’autres craignent que la longue attente ne joue contre leur champion. La présidente intérimaire va devoir trancher très vite. « Nous souhaiterions finir l’année 2009 avec un président élu », confie Laure Olga Gondjout, ministre de la Communication.

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