24/06/2009 à 14h:40 Par Fawzia Zouari, envoyée spéciale à Tunis
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La Tunisienne Syhem Belkhodja La Tunisienne Syhem Belkhodja © Ons Abid pour Jeune Afrique

La chorégraphe Syhem Belkhodja a lancé le 10 juin dernier le premier festival de design de Tunisie.

Elle arrive comme une tornade, un projet en tête, à réaliser coûte que coûte. On peut lui claquer la porte au nez, elle s’en fiche. D’aucuns le savent, en effet : quand Syhem Belkhodja veut, elle obtient. On la croit privilégiée, on insinue qu’elle a carte blanche au palais de Carthage ; elle corrige qu’elle y va au culot, tout simplement. Que son travail est reconnu à l’international. À preuve, chacune de ses manifestations est parrainée par des personnalités : Frédéric Mitterrand, Olivier Poivre d’Arvor, ou encore François Fillon. Et elle est la seule Tunisienne membre du Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée.

Son association Ness El Fen compte de nombreux bienfaiteurs, dont Culturesfrance, ou Caroline de Monaco, qui vient de lui offrir le parquet de sa salle de danse pour une somme de 50 000 euros. Nul doute, donc, que Syhem est devenue un acteur incontournable de la scène culturelle tunisienne. Avec, à son actif, trois rendez-vous emblématiques : Doc à Tunis, les Rencontres chorégraphiques de Carthage, et Design et mode, qu’elle a lancé le 10 juin (voir encadré). En attendant la « fashion week » et un festival des saveurs qu’elle est en train de concocter.

Qu’est-ce qui la fait tant courir ? La soif du pouvoir et de la notoriété, jurent ses détracteurs. Une revanche à prendre contre ceux qui n’ont pas cru en elle, imaginent les plus amènes à son égard. Syhem, elle, se dit d’une énergie débordante. Et de raconter comment, enfant, elle se frappait les joues le soir pour s’empêcher de dormir. À 6 ans, elle prend simultanément des cours de danse, de violon, de natation et de gymnastique. Après des études au Centre d’art vivant du Belvédère (Tunis), elle part aux États-Unis pour s’initier à la chorégraphie avant de continuer en Europe. Puis rentre au pays, fonde sa compagnie, Sybel, en 1985, anime une émission de bien-être corporel à la télévision nationale. En 2002, elle crée l’association Ness El Fen, qui devient le siège de l’École des arts et du cinéma, et enchaîne avec la création du Centre méditerranéen de la danse contemporaine.

Mais, plus que tout, Syhem veut livrer bataille contre l’intégrisme. « Il y a quelques années, raconte-t-elle, sur une plage de Bizerte, j’ai découvert le spectacle le plus affligeant de ma vie : des femmes se baignaient en voile noir dans ces tenues islamistes surnommées Ninja. J’en ai pleuré. Je me disais : “Demain, il se peut que ma fille s’habille comme ça, ils auront alors gagné.” Seul l’art peut nous sauver. »

Certes son caractère déconcerte, ses méthodes de travail frôlent la tyrannie, et son langage l’encanaillement. Mais, à 45 ans, ce « voyou de la culture », comme elle aime se désigner, aura au moins eu le mérite de faire sauter les frontières entre les arts et de transgresser les tabous qui pèsent sur les mentalités. À sa manière, elle fait émerger l’individu dans des sociétés encore portées sur le formatage des corps et des esprits.

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