23/06/2009 à 17h:07 Par Marianne Meunier
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Leur cause commune disparue – l’accord de Dakar ayant écarté le risque d’une élection illégitime du général Ould Abdelaziz à la présidence –, les leaders du front antiputsch nourrissent désormais des ambitions personnelles.

« Pro- » versus « anti- » putsch (du 6 août 2008) : le jeu politique mauritanien ne se résume plus à l’affrontement entre ces deux blocs. Depuis la signature de l’accord de Dakar, le 4 juin, les opposants au général « Aziz », le tombeur du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ont desserré les rangs.

Arraché sous la pression de la communauté internationale deux jours avant une élection présidentielle programmée pour faire gagner le putschiste, l’arrangement entre les adversaires d’hier a bouleversé la donne : le scrutin a été reporté au 18 juillet, le dépôt des candidatures rouvert et un ensemble de garde-fous contre la manipulation des urnes mis en place. Bref, contre toute attente, une bataille relativement transparente et à l’issue incertaine se profile. Du même coup disparaît la cause commune qui cimentait le bloc de partis opposés au coup d’État, rassemblés au sein du Front national de défense de la démocratie (FNDD) : empêcher l’élection illégitime du général Ould Abdelaziz. 

Que cherche Ould Mansour ?

Cédant aux sirènes du Palais ocre – le palais présidentiel, à Nouakchott –, Jemil Ould Mansour, chef de Tawassoul, premier parti islamiste à avoir été autorisé en Mauritanie, a annoncé, le 13 juin, qu’il se présentait, foulant au pied le projet d’une candidature unique du FNDD. Depuis le 6 août, ce proche des Frères musulmans et disciple de l’opposant islamiste soudanais Hassan Tourabi occupait toujours le premier rang des cortèges de manifestants antiputsch, à côté de celui qu’il a trahi en se lançant dans la course : Messaoud Ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale, qui devait être le candidat unique du FNDD. Charismatique, clairement et fermement engagé contre le coup d’État, fort de ses 9,8 % de suffrages au premier tour de la présidentielle de mars 2007, il est considéré par ses compagnons de lutte comme le mieux à même d’affronter les poids lourds que sont le général Ould Abdelaziz et le colonel Ely Ould Mohamed Vall. Alors, pourquoi Ould Mansour a-t-il brisé l’union sacrée ? D’autant qu’il n’a pas les faveurs des pronostics. « Il ne drainera pas beaucoup de voix, il ne dépassera pas 7 %, et peut-être pas même 5 % », assure un fin connaisseur de la politique mauritanienne, à Nouakchott. À 45 ans, l’ancien étudiant de la faculté de Fès, au Maroc – où il a obtenu un diplôme d’études approfondies (DEA) avec un mémoire sur « la femme et son rôle en Islam » –, est encore un petit nouveau sur la scène politique. Jamais il n’a été candidat à une présidentielle. Bête noire de Maaouiya Ould Taya (le chef de l’État renversé le 3 août 2005), il a longtemps été invisible, derrière les barreaux ou en exil, en Belgique. Son entrée officielle dans la vie politique remonte à août 2007, quand Sidi Ould Cheikh Abdallahi a autorisé son parti. Populaire dans les milieux étudiants et urbains, il ne peut espérer faire le plein des voix à l’intérieur du pays, pas plus qu’il ne peut compter sur les chefs de tribu pour donner des consignes de vote en sa faveur. « Il devra se passer des relais traditionnels, prévoit l’anthropologue Mohamed Fall Ould Bah. Ils n’entendent pas ce discours qui appelle à une islamisation de la modernité. »

Mais en prenant le risque d’être sanctionné par les urnes, Ould Mansour se ménage la liberté de choisir son candidat au second tour. Qui, s’il y accédait, pourrait être Ould Abdelaziz. En huit mois à la tête de l’État, le général a pris des positions auxquelles les islamistes sont sensibles : rapprochement avec la Libye et l’Iran et, surtout, fermeture de l’ambassade d’Israël à Nouakchott, LE credo de Tawassoul. « Jemil Ould Mansour se devait d’être au FNDD parce qu’il était redevable à “Sidi”, explique un haut fonctionnaire. Une fois l’honneur de Sidi lavé par l’accord de Dakar, il s’est senti libre. »

Les chances du franc-tireur islamiste ne sont pas comparables à celles de Messaoud Ould Boulkheir. Mais sa candidature risque de favoriser une dispersion des voix et, partant, de contribuer à barrer la route du second tour à « Messaoud ». Si toutefois ce dernier franchit le premier tour, il lui faudra, pour l’emporter, obtenir le soutien de celui qui l’a lâché. « Nous nous attendons à ce que Jemil Ould Mansour revienne dans la famille pour le second tour », espère encore, sur un ton très diplomatique, Mohamed Ould Maouloud, l’une des figures du FNDD. Au moins entre ce dernier et Ould Boulkheir, le courant passe toujours. « Ould Maouloud est l’un des seuls hommes politiques que Messaoud écoute et respecte », explique un avocat mauritanien qui connaît les deux hommes. La réciproque semble vraie : candidat à la présidentielle de 2007, où il avait réuni 4,07 % des voix au premier tour, Ould Maouloud, président de l’Union des forces de progrès (UFP) et représentant du FNDD lors de la signature de l’accord de Dakar, aurait pu retenter sa chance. Mais il s’abstient sagement. « Je laisse Messaoud aller de l’avant, a-t-il promis. Il a la primauté, en raison de son âge et de ses chances. » 

Alliance inédite

Membre du FNDD, Adil, le parti de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, a adopté la même position, scellant une alliance inédite. Composée pour l’essentiel de représentants de la société maure traditionnelle, Adil n’était pas prédisposé à soutenir le Haratine – descendant d’esclaves – qu’est Ould Boulkheir. Reste à savoir si les consignes de vote données par la formation seront suivies.

Mais c’est surtout une autre candidature que le FNDD doit redouter : celle d’Ahmed Ould Daddah, leader du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), arrivé au second tour de la présidentielle en mars 2007 avec 20,68 % des voix. D’abord favorable au coup d’État, Ould Daddah a fini par rejoindre le camp des adversaires d’Aziz sans pour autant entrer dans le FNDD. Incarnation de l’opposition au régime d’Ould Taya, il chasse en partie sur les mêmes terres électorales que Messaoud Ould Boulkheir. En cas de présence de l’un ou l’autre au second tour, les deux hommes devront composer. Il leur faudra dépasser cette vieille rivalité teintée de rancœur qui caractérise leur relation depuis que, en 1992, Ahmed Ould Daddah est entré in extremis dans le jeu électoral pour devenir le candidat censé barrer la route à Maaouiya Ould Taya, rôle que convoitait déjà Messaoud Ould Boulkheir.

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