16/06/2009 à 14h:54 Par Nicolas Marmié
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Les 70 chambres de l'hôtel offrent une vue imprenable sur la capitale Les 70 chambres de l'hôtel offrent une vue imprenable sur la capitale © DR

Dérobé en 1997, le premier Livre d’or du célèbre hôtel de Rabat recèle un trésor de témoignages historiques. Une copie de ses plus belles pages vient d’être mise au jour.

C’est un document photocopié, relié comme un simple mémoire d’étudiant désargenté. Mais quand on l’ouvre, c’est un geyser de souvenirs qui jaillit. Presque quatre-vingts ans d’anecdotes qui ont fait l’histoire de Rabat sont consignés dans le Livre d’or de l’hôtel Balima. Véritable institution, ce bâtiment de sept étages conçu par l’ingénieur Linares impose son architecture « robuste et radieuse » depuis son ouverture, en 1932.

Volé en 1997, le premier Livre d’or du Balima vient donc d’être retrouvé. « Il y a quelques semaines, j’ai reçu un épais courrier anonyme dans ma boîte aux lettres à Rabat, raconte aujourd’hui Suzanne Harroch, directrice du Balima. L’enveloppe était affranchie en France. C’était la reproduction des plus belles pages du Livre d’or. Peut-être que le voleur a été pris de remords… » Pierre Lyautey, Joséphine Baker, Bonnie Scott, Jean Marais, Mohammed Khaïr-Eddine, Viviane Romance, Charles Trenet ont pris le temps de parapher le document migrateur. Ernesto « Che » Guevara, qui fut assigné à résidence pendant deux jours à la chambre 550 sur ordre du prince Moulay Hassan, ne s’est pas donné cette peine. Jenna Bush, la fille de George W. Bush, a pour sa part laissé la photo de son groupe de collégiens américains venu à Rabat en 1994. Car au Balima, la petite histoire côtoie souvent la grande comme en témoigne cette dédicace de Michel Mendès France, fils de l’ancien président du Conseil, Pierre Mendès France. « Fin juin 1940, le Massilia, parti du Verdon, accoste au Maroc plein d’hommes et de femmes bien décidés à continuer le combat contre les nazis », écrit Michel, qui avait séjourné au Balima avec son père, entré en résistance.

« De grandes heures de l’histoire du Maroc colonial et indépendant se sont jouées au Balima », explique Suzanne Harroch. Situées au cœur de Rabat, en face du Parlement, sur l’avenue Mohammed-V, les soixante-dix chambres du Balima offrent au visiteur, quel qu’il soit, journaliste, diplomate, espion, homme d’affaires ou simple touriste, une vue absolument imprenable sur la capitale marocaine. Cette position panoramique explique largement le succès de l’établissement dont le nom est l’acronyme des noms de ses fondateurs, les familles Bardy, Liorel et Mathias.

C’est également sur la terrasse ombragée, aujourd’hui malheureusement amputée d’un bon tiers de sa surface et de son légendaire kiosque à journaux, que se sont noués des centaines de rendez-vous littéraires, politiques ou séditieux, notamment dans les années 1970. « C’était le temps des barbouzes à lunettes noires, se souvient Suzanne Harroch, tellement de choses se disaient ici que certaines rumeurs étaient attribuées à “Radio Balima”. » À l’époque où les ondes marocaines étaient sévèrement verrouillées, « Radio Balima » était, in fine, la première fréquence libre du royaume chérifien. Une station encore influente et toujours écoutée.

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