16/06/2009 à 13h:54 Par Marianne Meunier
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Adolphe Muzito a remplacé Antoine Gizenga le 10 octobre 2008 à la primature Adolphe Muzito a remplacé Antoine Gizenga le 10 octobre 2008 à la primature © DR

La gestion d’Adolphe Muzito, nommé à la tête du gouvernement il y a huit mois, est critiquée par la présidence. Est-ce l’annonce de son prochain limogeage ?

Huit mois après sa nomination, le 10 octobre 2008, Adolphe Muzito n’est plus dans les petits papiers de celui qui l’avait choisi pour donner un souffle nouveau au gouvernement. Le 8 juin, le Premier ministre congolais a été convoqué dans le bureau du président Joseph Kabila. À ses côtés, des membres de sa formation, le Parti lumumbiste unifié (Palu). Face à lui, les plus fidèles membres du clan Kabila, dont Adolphe Lumanu, son directeur de cabinet, et Evariste Boshab, président de l’Assemblée nationale. « Tout ce qui lui est reproché lui a été dit », raconte une source qui souhaite garder l’anonymat. « Dans le calme », tient-elle à préciser.

Depuis la fin du mois de mai, le successeur d’Antoine Gizenga et numéro deux du Palu peut nourrir de sérieuses inquiétudes quant à sa durée de vie à la primature. Signe évident du désaveu : cette correspondance datée du 28 mai qu’Adolphe Lumanu lui a adressée. « Tout ordonnancement de dépenses publiques devra avant paiement requérir l’autorisation préalable de Son Excellence M. le Président de la République, l’informe la lettre. Il en est de même des plans de trésorerie mensuels. » En clair, Adolphe Muzito ne peut engager aucun décaissement sans en référer au chef. Raison de ce brutal retrait de confiance ? L’instruction, précise la missive, « est dictée par le souci majeur d’endiguer à très court terme les dérapages, substantiels et répétés, des finances publiques et de la monnaie nationale observés au cours des derniers mois ».

 

Allié dans l’ouest

Le sous-entendu est clair : le responsable de la dégradation actuelle de la santé financière de l’État, c’est Adolphe Muzito. La situation est pour lui d’autant plus humiliante que le désaveu est public : la lettre du 28 mai a immédiatement circulé au Parlement et a été reproduite dans la presse. Comme ces révélations sur le grand train qu’il mène depuis qu’il est Premier ministre : 88 conseillers dans son cabinet, un personnel pléthorique employé à sa résidence, comprenant cuisiniers, hôtesses, jardiniers, coiffeurs… Pour un ancien ministre du Budget nommé en pleine crise financière internationale, cela fait mauvais genre. Encore plus à l’heure où l’État essaie de convaincre le Fonds monétaire international (FMI) de le faire bénéficier d’une annulation de sa dette extérieure, colossale (elle est estimée à près de 10 milliards de dollars).

« Adolphe Muzito est un homme en sursis », lance une source proche du chef de l’État. Pour autant, son limogeage n’est pas possible dans l’immédiat. L’homme est sauvé par le calendrier. La session ordinaire de l’Assemblée nationale s’achevant le 15 juin et la prochaine ne s’ouvrant que le 15 septembre, il n’est pas envisageable de se débarrasser du Premier ministre et de se contenter, pendant les trois mois de vacances du Parlement, d’un gouvernement qui expédie les affaires courantes. En somme, Adolphe Muzito a trois mois pour faire ses preuves.

Affaibli, il devra déployer beaucoup d’énergie. À deux ans de la présidentielle, le chef de l’État doit présenter des résultats. Et s’ils ne sont pas au rendez-vous, il n’hésitera pas à faire sauter certains fusibles, notamment à la primature. Un moyen pour Joseph Kabila de donner l’impression qu’il tient la barre, mais aussi de déjouer les critiques selon lesquelles son cabinet mènerait, lui aussi, grand train.

Pour autant, rien ne permet de dire qu’en cas de départ de Muzito, l’accord électoral qui lie Joseph Kabila et le Palu sera rompu. On se souvient qu’en échange d’une consigne de vote en sa faveur au second tour de la présidentielle de 2006, l’actuel chef de l’État s’est engagé à réserver la primature à la formation lumumbiste. Avec le Palu, Joseph Kabila, originaire de l’Est, conserve un allié de poids dans l’ouest du pays, indispensable pour une élection. Et c’est de cela qu’il s’agit.

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