10/06/2009 à 11h:42 Par Propos recueillis par Samy Ghorbal
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Pour Karim Ellouze, président de l’ordre des architectes de Tunisie, la profession ne profite pas suffisamment du boom de l’immobilier dans le pays.

Jeune Afrique : La Tunisie compte environ 2 000 architectes, dont 1 300 exercent dans le privé. Un signe de dynamisme ?

Karim Ellouze : Paradoxalement, la profession souffre. Compte tenu de la dimension du marché, nous devrions être entre 6 000 et 8 000. Mais, pour la plupart des projets, on ne fait appel aux services de l’architecte que lors de la première phase, celle de la conception, au moment de l’élaboration du dossier, pour l’obtention du permis de bâtir. Une fois l’autorisation accordée, beaucoup choisissent de se passer de nos services pour l’exécution des travaux. C’est très regrettable. Par ailleurs, les clients ont souvent tendance à aller au moins-disant, au moins cher. Pourtant, nos architectes sont à la page, maîtrisent les techniques les plus modernes, et leurs compétences sont reconnues. Du coup, on voit maintenant certaines agences, celles qui ont les moyens, se tourner vers l’international, vers des projets au Maghreb, en Afrique ou dans le monde arabe. C’est un peu comme si nos architectes avaient plus de succès à l’étranger qu’à l’intérieur du pays. Il nous apparaît urgent de revaloriser le rôle de l’architecte, de mieux réglementer, et de chasser les intrus. Ceux qui s’improvisent architectes causent un préjudice à toute la profession.

 

Avez-vous été associés à la conception des grands projets, notamment ceux des villes nouvelles ?

Là encore, pas suffisamment, ou alors de façon très marginale. La plupart des projets sont arrivés déjà ficelés, nous n’avions pas vraiment notre mot à dire…

 

À regarder l’urbanisme dans certains quartiers, qui regorgent de colonnades, de touches « orientalisantes », avec l’ocre et le mauve pour couleurs dominantes, ne peut-on regretter que la Tunisie tourne le dos au style méditerranéen sobre qui la caractérisait ?

Les amalgames que l’on peut observer ici ou là ne sont pas toujours très heureux, j’en conviens. Mais c’est rarement l’architecte qui décide, il doit se plier à la volonté du client, qui, souvent, va ajouter des éléments de décoration au fur et à mesure des travaux. Mais il ne faut non plus verser dans la nostalgie. On ne construit plus de la même façon qu’il y a trente ou quarante ans. Les styles évoluent. L’architecture est un peu le miroir d’une société, de ses influences. Il y a des mouvements d’allers et retours inévitables. Mais la touche tunisienne reste bien présente dans la plupart de nos constructions.

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