09/06/2009 à 11h:29 Par Par Wangari Maathai, Desmond Tutu et Wole Soyinka*
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Profondément préoccupés par la violence continue, les déplacements des personnes et la répression au Soudan, nous soutenons le rôle de la Cour pénale internationale (CPI), qui est de punir les coupables et de rendre justice à la population du Soudan. Nous espérons que le travail de la Cour aidera à briser le cercle vicieux de la violence et de la culture du silence dans la région du Darfour. Et nous exhortons la communauté internationale – y compris tous les voisins et amis du Soudan – à s’unir pour appuyer le rôle de la CPI au Soudan.

Conséquence de la mise en accusation du président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre, la réunion des États africains à Addis-Abeba les 8 et 9 juin 2009, organisée par quelques pays qui critiquent la Cour pénale internationale au motif qu’elle viserait les dirigeants africains, semble avoir pour véritable objectif de protéger le président soudanais, accusé des pires atrocités.

Nous sommes profondément bouleversés par la réponse du gouvernement du Soudan à la décision rendue, le 4 mars 2009, de lancer un mandat d’arrêt contre le président Omar el-Béchir. En expulsant des ONG et en restreignant l’aide humanitaire dans la région du Darfour, le gouvernement soudanais met encore davantage en péril les quelque 4,7 millions de personnes estimées dans la région, dépendantes de l’aide alimentaire et médicale. Les organisations expulsées assuraient plus de la moitié de cette aide.

 

La communauté internationale doit s’unir pour trouver une façon d’aider la population du Darfour, ainsi que tous les Soudanais, à trouver justice et paix. Nous demandons aux dirigeants d’accroître de façon majeure les efforts pour négocier la fin de la violence au Darfour, en impliquant activement les groupes armés et le gouvernement du Soudan. Les femmes soudanaises, qui travaillent à trouver une issue à la crise et pour parvenir à la paix grâce à leur esprit de dialogue et grâce à leurs efforts de consultation, doivent être représentées à la table des négociations. Nous croyons que les avancées dans les pourparlers de paix doivent se faire en tandem avec le travail de la CPI pour la justice.

Après plus de cinq ans de violence terrible (notamment sexuelle), d’insécurité et de déplacements, la population du Darfour – particulièrement les femmes – mérite plus que des négociations entre des chefs de guerre qui se pardonnent mutuellement pour des violences perpétrées principalement contre les femmes, les enfants et les autres personnes qui n’ont pas pris part aux combats. La paix véritable est impossible sans justice, et la population du Darfour mérite cette justice, dont elle a clairement exprimé le souhait.

 

Nous sommes convaincus que la Cour pénale internationale est un dispositif efficace pour assurer la justice sur le plan mondial. Elle a le potentiel de prévenir et de réduire le nombre de morts et la dévastation causés par les conflits violents et les abus de pouvoir. Les victimes de chaque nation méritent un accès à la justice, et la CPI offre un forum pour ces personnes qui n’ont aucun autre recours. Il serait donc honteux que les réunions de cette semaine à Addis-Abeba viennent saper le potentiel de la Cour.

Les véritables leaders africains n’ont rien à craindre de la Cour pénale internationale. Nous avons besoin d’institutions fortes, d’une bonne gouvernance et de la protection des droits humains afin de relever les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés en Afrique. Et la CPI peut jouer un rôle important, à condition qu’on la laisse faire. Nous espérons que les États africains travailleront en ce sens et laisseront la Cour faire son travail. 

 

* Wangari Maathai (Kenya) a reçu le prix Nobel de la paix en 2004. Elle est cofondatrice du mouvement Green Belt.

L'archevêque Desmond Tutu (Afrique du Sud) a reçu le prix Nobel de la paix en 1984. Il a présidé la Commission Vérité et Réconciliation et il est actuellement président du groupe The Elders.

Wole Soyinka (Nigeria) a reçu le prix Nobel de littérature en 1986. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont des nouvelles, pièces, essais, films et recueils de poèmes.

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