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25/05/2009 à 16:50
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Au sein du cercle étroit et discret des fidèles de Joseph Kabila, le plus influent et le plus proche est un homme quasiment invisible : Augustin Katumba Mwanke, 45 ans, ingénieur de formation et secrétaire exécutif de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP). Ce député du Katanga – qui ne prend jamais la parole à l’Assemblée – n’occupe aucune fonction officielle au cabinet du président. Il lui prodigue pourtant de nombreux conseils, surtout en matière économique, sa spécialité. Les contrats passés avec la Chine, en 2007, c’est lui. Le secteur minier, c’est lui aussi. « Katumba a tissé autour du chef de l’État un réseau d’hommes d’affaires efficace, explique un banquier. Quand une décision doit être prise, il les sollicite directement et évite les lourdeurs de l’administration des ministères. »

Considéré comme l’éminence grise incontournable, Katumba fut d’abord un lieutenant de Laurent-Désiré Kabila. Il l’a rencontré peu de temps après la prise de Lubumbashi, la capitale du Katanga (tombée en avril 1997). À l’époque, l’ingénieur est cadre dans une banque en Afrique du Sud et fait partie d’une délégation d’hommes d’affaires venus rencontrer le tombeur du régime zaïrois. Ce dernier l’adopte tout de suite. Katumba devient gouverneur du Katanga, dont il est originaire. Dans la foulée, il rencontre le fils et prend ce dernier, encore timide, sous sa protection. C’est probablement l’une des raisons à ce lien que certains qualifient de « fraternel » avec Joseph Kabila. Cité en 2002 dans un rapport des Nations unies sur le pillage des ressources du Congo, il n’a jamais connu la disgrâce depuis son entrée dans le clan.

Mais celui que l’opposition appelle « Dieu le père » n’est pas à l’abri de ce qu’un autre tout proche de Joseph Kabila vient de connaître : Vital Kamerhe, 50 ans, président de l’Assemblée nationale jusqu’au 25 mars dernier. Contraint à la démission après avoir décrié haut et fort l’offensive conjointe avec le Rwanda et le secret qui l’entoure, l’ancien secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, au pouvoir) a contribué à la victoire électorale écrasante en 2006 du président sortant dans l’est du Congo, sa région natale. À l’époque, le surnom de Kamerhe – « l’attaquant de base et de pointe » – était tout sauf usurpé. Mais hyperactif et ambitieux, cet économiste de formation n’a pas sa langue dans sa poche. Et, souvent, ses conseils au « patron » se sont opposés à ceux de Katumba. Les « contrats chinois » par exemple, il était contre et l’a fait savoir. « Au bout d’un moment, le président a eu le sentiment qu’il devait faire un choix », raconte un proche de Joseph Kabila. On connaît la suite.

Kamerhe évincé et le conseiller à la présidence chargé de la sécurité, Samba Kaputo, décédé (en août 2007), Katumba est finalement le seul survivant du trio politique qui a tracté la machine de la campagne présidentielle. Mais le dispositif Kabila compte une autre pièce maîtresse, militaire celle-ci : John Numbi (47 ans), inspecteur général de la police depuis juin 2007, katangais et ingénieur lui aussi, un vieux de la vieille qui n’a jamais quitté le sérail depuis qu’il a pour la première fois sympathisé avec Joseph Kabila, en 1992. Nommé chef d’état-major de l’armée de l’air au lendemain de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, ce général trois étoiles est l’homme du maintien de l’ordre. Et il n’hésite pas à frapper fort. Notamment en 2007, quand il s’est agi de réprimer le mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo, dans la province du Bas-Congo. L’homme des missions secrètes également, qui a négocié avec Kigali l’opération conjointe menée dans l’est du pays. La décision lui a valu d’être décrié de toutes parts, mais John Numbi n’en a cure : en militaire discipliné, il sert Joseph Kabila.

Nettement moins controversé, Adolphe Lumanu a remplacé, en janvier dernier, Raymond Tshibanda à la direction du cabinet présidentiel. Ce natif du Kasaï-Oriental est d’abord un intellectuel : docteur en sciences politiques, il a enseigné à Lubumbashi et à Kinshasa. Avant sa récente nomination, il était ministre des Relations avec le Parlement, poste auquel il a acquis la réputation d’être habile et scrupuleux. Discret, il est un collaborateur fiable qui sait absorber les dossiers et les dérouler au chef de l’État. Quand ce dernier est en tournée, il veille depuis Kinshasa. On lui reconnaît aussi d’être davantage meneur d’hommes que son prédécesseur – qui n’avait pas pour habitude d’organiser des réunions de cabinet.

Bref… loyal, qui ne fait pas de vagues, un peu comme Evariste Boshab, 53 ans, désormais président de l’Assemblée nationale. Contraint de quitter la direction du cabinet présidentiel en 2004 après une affaire de recouvrement des créances de la Société nationale d’électricité (Snel), il n’a jamais failli dans son soutien à Joseph Kabila, notamment comme secrétaire général du PPRD lorsqu’il a succédé à Kamerhe. Au perchoir, où il a été élu le 18 avril avec tout l’appui du chef de l’État, ce juriste de formation réputé réservé, voire effacé, devrait se montrer moins remuant que son prédécesseur.

 

L’influence n’est pas liée à la fonction

Perdre sa fonction ne signifie donc pas nécessairement perdre l’oreille du patron. Marcellin Cishambo, conseiller politique et diplomatique jusqu’en janvier dernier, en sait lui aussi quelque chose. Toujours attifé d’un nœud papillon, ce Kivutien – du Sud – jovial et blagueur de 53 ans continue de s’occuper, en liaison directe avec le chef de l’État, du dossier de l’Est. De tous les voyages de Joseph Kabila quand il était au cabinet, il est souvent pressenti pour les ambassades stratégiques. En attendant, il est là et il s’affaire, toujours bardé de ses téléphones portables.

Si ses parents n’occupent pas d’emplois publics ni de fonctions officielles, Joseph Kabila ne néglige pas sa famille. Sa sœur jumelle, Jaynet, est créditée d’une influence : c’est elle que certains viennent voir pour se rapprocher du chef. Avec succès ? Difficile de le savoir. Reste que cette femme d’affaires aguerrie, active dans les secteurs minier aussi bien qu’agricole, cultive avec son frère une étroite proximité. Ne serait-ce que géographique, puisque encore récemment ils habitaient sous le même toit. À côté, Olive Lembe di Sita, l’épouse, gère le volet social en première dame. Occupée par la naissance récente d’un second enfant – le petit Laurent-Désiré, qui n’a pas 1 an –, cette bonne oratrice sait s’enflammer quand il s’agit de défendre la cause des femmes. Elle aussi est sollicitée pour obtenir une audience avec son mari. Efficace ? Là encore, c’est la même question : Joseph Kabila gouverne-t-il sous l’influence de son premier cercle ? Il lui reste moins de deux ans pour répondre.

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