20/05/2009 à 11h:13 Par Tshitenge Lubabu M. K.
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Edem Kodjo se retire de la vie politique Edem Kodjo se retire de la vie politique © Jeune Afrique/Camille Millerand

Après une longue carrière commencée à la fin des années 1960, l’ancien secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) fait ses adieux à la politique.

La nouvelle n’était sans doute plus un secret pour ses proches. Mais Edem Kodjo tenait à tout prix à l’annoncer lui-même aux militants de son parti, la Convergence patriotique panafricaine (CPP). Occasion rêvée : le congrès du CPP, qui s’était ouvert à Lomé le 25 avril. C’est ce jour-là qu’Edem Kodjo a évoqué publiquement sa décision de passer le témoin aux nouvelles générations. Autrement dit, il se retire de la vie politique active alors qu’il vient de fêter ses 71 ans. Il avait déjà, auparavant, fait savoir qu’il ne briguerait pas la magistrature suprême en 2010.

Pourquoi ce départ maintenant ? Et que va devenir l’ancien Premier ministre ? La raison principale reste, selon Edem Kodjo, le peu d’intérêt que présente à ses yeux « la politique politicienne intérieure ». « Je veux orienter autrement mes activités, explique-t-il. J’ai fait le tour de la question à propos de la politique intérieure. J’ai occupé toutes les fonctions, à l’exception d’une seule [la présidence de la République, NDLR]. J’estime avoir apporté ma contribution à la construction de mon pays. Maintenant, je vais reprendre l’initiative dans le domaine du panafricanisme en mettant en place un système qui permettra aux Africains de se retrouver afin de chercher des solutions à nos problèmes. Et continuer à écrire. »

Natif de Sokodé (centre du Togo), Kodjo est un pur produit de l’École nationale d’administration (ENA) française, d’où il est sorti en 1964. Revenu au Togo en 1967, l’année où Gnassingbé Eyadéma s’empare du pouvoir, il est nommé secrétaire général au ministère des Finances, tout en étant gouverneur au Fonds monétaire international (FMI) jusqu’en 1973. Membre fondateur du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), il en est le secrétaire général de 1969 à 1971. Lorsqu’il entre au gouvernement en 1973, il dirige le ministère de l’Économie. L’énarque prend une autre stature quand il devient ministre des Affaires étrangères (1976-1978).

Militant panafricaniste convaincu, son heure sonne en 1978 : il est élu secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’ancêtre de l’Union africaine (UA). Son mandat sera marqué par l’une des plus grandes crises de l’histoire de l’organisation continentale : l’admission comme membre à part entière de la République arabe sahraouie démocratique, un État à l’existence controversée. Le Maroc, se sentant humilié, se retire de l’OUA. Bien entendu, le président Gnassingbé Eyadéma est exaspéré par la politique menée par son ancien ministre des Affaires étrangères. Quand il quitte l’OUA en 1983, Edem Kodjo, qui n’est plus en odeur de sainteté auprès d’Eyadéma, préfère s’exiler à Paris, où il enseignera l’économie du développement à l’université. Entre 1985 et 1989, il publie trois livres : Et demain l’Afrique (Stock, Paris, 1985) ; L’Occident, du déclin au défi (Stock, Paris, 1988) ; Africa Today (Ghana University Press, Accra, 1989).

Deux fois à la primature

Edem Kodjo revient sur la scène politique togolaise en 1990 à la faveur de l’ouverture démocratique décidée par le pouvoir. En rupture avec le RPT, il fonde l’Union togolaise pour la démocratie (UTD). Il est même, en 1993, candidat à l’élection présidentielle, avant que le scrutin ne soit boycotté par l’opposition. Après la victoire de cette dernière aux législatives de 1994, Kodjo est nommé Premier ministre (il le restera jusqu’en 1996). Après une nouvelle éclipse, durant laquelle il publie un roman (Au commencement était le glaive, La Table ronde, Paris, 2004), il retrouve la primature de 2005 à 2006 à l’appel du nouveau président, Faure Gnassingbé. Son parcours lui inspire un constat : « Ma carrière a peut-être été déterminée par cette espèce d’amour à la limite de la rationalité que j’ai pour le continent africain. J’ai toujours été guidé par le souci de servir mon pays. Mais cette carrière c’est surtout beaucoup de souffrances et de sacrifices parfois personnels, parfois familiaux. Au fond, mon parcours n’a pas été une affaire facile. J’en garde la satisfaction de n’avoir pas perdu mon temps. »

Vieux routier qui a reçu des coups et en a également donné, Edem Kodjo n’est pas insensible au regard des citoyens sur leurs dirigeants. Il est souvent agacé, avoue-t-il, lorsque les gens lui disent « vous, les politiciens », voyant en l’homme politique africain un vulgaire prédateur. « Il existe des hommes politiques qui ont conscience que leur mission n’est pas d’accéder au pouvoir pour se remplir les poches, mais de faire quelque chose pour leur pays, explique-t-il. Je ne crois pas que tous soient des prédateurs. Cette idée est néfaste parce qu’elle imbibe, structure la pensée des jeunes à tel point qu’ils sont convaincus que pouvoir et enrichissement vont de pair. »

Kodjo a une autre passion : la théologie. Féru de patristique (tout ce qui concerne les Pères de l’Église) et de patrologie (étude de la littérature chrétienne ancienne), il enseigne cette dernière discipline à l’Institut Saint-Paul de Lomé. À la fin de 2008, il a publié un ouvrage intitulé Les Pères de l’Église, l’élaboration de la doctrine chrétienne de la fin du Ier siècle au Ve siècle. Médiateur de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dans la crise malgache, il estime que la résurgence des coups d’État peut être évitée si « le pouvoir est exercé par ses détenteurs d’une manière convenable, juste, équilibrée, qui permette à toutes les composantes de la nation de se retrouver autour d’une gestion non patrimoniale ».

Les derniers événements du Togo, qui ont conduit à l’arrestation de membres de la famille Gnassingbé soupçonnés d’avoir fomenté un coup d’État, ne laissent pas Edem Kodjo indifférent. Convaincu que son pays tente de sortir d’une longue crise, il craint que ce qui vient de se produire ne remette tout en question : « Il est anormal et injuste que nous soyons toujours dans la logique de la crise et de la transition. Je ne supporte plus le mot transition. Nous transitons vers où, vers quoi ? C’est lamentable pour ce pays qui, même s’il n’est pas grand, possède une force humaine considérable. »

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Togo

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se méfie[...]

France - Afrique : le PS ne manque pas d'amis !

Il y a ceux qui avaient fait le déplacement à Paris et ceux qui ont envoyé leurs félicitations depuis le continent. Par les canaux officiels, ou pas, la classe politique africaine n'a pas manqué[...]

Gouvernement Ayrault : diversité et parité au rendez-vous, Fabius numéro deux du gouvernement

Le nouveau Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a composé mercredi 16 mai le premier gouvernement du quinquennat de François Hollande. Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Jean-Yves Le[...]

Armée française en Afrique : renégociation des accords de défense, rompre avec la "Françafrique"

Le 18 avril, Paris a finalisé la remise à plat des accords militaires passés avec ses anciennes colonies. Au final, des bases moins nombreuses et des effectifs réduits. L'essentiel, c'est de se[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Victoire de Hollande : quand le continent rêve d'enterrer la Françafrique

Comme Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande a promis de mettre fin à la "Françafrique" et d'instaurer des rapports sains entre l'Hexagone et les pays du continent. Ses actes seront-ils[...]

Télécoms : quand la promo impose ses coûts

Les dépenses de marketing et de distribution sont appelées à augmenter. Pour les opérateurs, il s'agit de fidéliser les abonnés et de les convertir aux nouveaux services liés[...]

Franc-maçonnerie : l'Afrique bien logée

Rares sont ceux qui avouent leur appartenance. Pourtant, avec ses rites et son goût du secret, la franc-maçonnerie fascine et fait chaque jour de nouveaux adeptes. Et sur le continent, dans les cercles du pouvoir,[...]

Le sud-africain PIC s'offre 19,58% d'Ecobank

Le fonds d’investissement public sud-africain PIC injecte 250 millions de dollars au capital du groupe bancaire panafricain, permettant à ce dernier de renforcer ses fonds propres après plusieurs grosses [...]

Edem Awumey : "Il n'est pas surprenant que l'islamisme radical ait séduit des Africains"

À travers le parcours de deux jeunes gens, Sambo Zikpi, un Africain qui part enterrer les restes de sa tante Rose en Louisiane, et Louise Hébert, une Québécoise paumée, l'écrivain[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers