20/05/2009 à 10h:54 Par Yoel Marcus
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Haaretz, Quotidien, Israël

La situation de Benyamin Netanyahou évoque irrésistiblement cette blague : un groupe de scouts, enthousiasmé à l’idée de faire une bonne action, veut aider une vieille dame à traverser la rue, alors qu’elle se débrouille parfaitement toute seule. Netanyahou n’est pas une vieille dame et Barack Obama n’est pas un scout. Pourtant, il semble que le président américain sache précisément de quel côté de la rue doit se trouver le Premier ministre israélien.

Il est trop tôt pour dire si « Bibi » a changé depuis son premier mandat, il y a une décennie. Jusqu’à présent, il s’est surtout répandu en annonces contradictoires. Ainsi, il déclare qu’il veut parvenir à un accord de paix avec la Syrie, mais affirme, un peu plus tard, qu’Israël ne se retirera jamais du Golan. Or le dernier des idiots sait que, sans ce retrait, la paix avec la Syrie est impossible. Pis, Netanyahou ne semble pas avoir pris le temps d’étudier un tant soit peu la politique de l’administration Obama vis-à-vis de Damas.

Les États-Unis ont changé. Et c’est donc le pire moment pour être en désaccord avec eux. La politique du Likoud, résumée en ces termes par Itzhak Shamir : « Les Arabes d’aujourd’hui sont les Arabes d’hier, et la mer est toujours la même », doit être abandonnée.

La question cruciale, désormais, est la suivante : comment Bibi, censé être l’homme politique qui connaît le mieux les États-Unis et dont le gouvernement compte des ultras tels qu’Avigdor Lieberman, Benny Begin et Reuven Rivlin, pourra-t-il s’assurer une marge de manœuvre avec Washington tout en restant fidèle aux assurances qu’il a données à ses partenaires sur les négociations avec les Arabes ? Et dans quelle mesure Obama tiendra-t-il compte de la situation du Premier ministre ?

 

Même si Netanyahou n’a pas changé, il est loin d’être bête. Il est en tout cas suffisamment intelligent pour comprendre qu’Obama sait ce qu’il veut, et qu’au bout de cent jours à la Maison Blanche il bénéficie de 68 % d’opinions favorables – un record. Si Netanyahou promet d’arrêter l’extension des colonies, mais qu’il ne fait rien, il aura affaire à l’administration Obama. Les actes comptent davantage que les paroles.

Les négociations ne peuvent durer indéfiniment. Quand nous insistons tout à coup pour que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif, cela ressemble fort à un prétexte pour retarder les négociations. Après tout, le plan de partage de l’ONU de 1948 prévoyait la coexistence d’un État arabe et d’un État juif. Ce dernier existe depuis soixante et un ans ; il serait plus logique, aujourd’hui, que ce soit la partie palestinienne qui exige que nous reconnaissions son futur État. Or le gouvernement israélien ne reconnaît même pas officiellement la nécessité de la solution des deux États. De quoi va-t-on pouvoir parler s’il n’envisage pas de partager la terre d’Israël ?

L’époque de George W. Bush est révolue. Les supporteurs inconditionnels d’Israël et les lobbies juifs de droite vont devoir eux aussi s’adapter. Obama bénéficie d’un large soutien dans l’opinion et d’une majorité au Congrès. Les circonstances ne pouvaient être pires pour les coups tordus de Netanyahou. Il doit changer. Alors, Monsieur le Premier ministre, peut-être est-il temps que vous traversiez la rue… et en quatrième vitesse !

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