Besoin d’évasion aidant, le cinéma est l’un des rares secteurs à n’avoir guère souffert de la crise. Dans tous les pays, le nombre des entrées et les recettes sont restés à peu près stables. Du moins pour le moment.
Car, à Cannes, plusieurs signes semblent annoncer des jours plus difficiles : panneaux promotionnels moins nombreux sur la Croisette, taux inhabituel d’annulations des réservations hôtelières, moindre affluence dans les allées du Marché du film, cette gigantesque foire commerciale qui se tient en même temps que la compétition.
Les organisateurs du festival ont donc fait un choix habile en sélectionnant, pour l’ouverture de la manifestation, Up, un film des studios Disney-Pixar, dont la sortie marque le véritable lancement mondial du cinéma en relief. Les professionnels comptent désormais sur les films en trois dimensions pour soutenir la croissance de leur activité. La nécessité de chausser des lunettes spéciales pour les visionner et l’attrait des spectateurs pour cette nouveauté technologique justifient en effet une substantielle augmentation du prix des billets. Les exploitants de salles désireux d’augmenter leur chiffre d’affaires seront, eux, incités à s’équiper en matériel de projection numérique, ce qui ne peut que contribuer à moderniser le parc des salles et à favoriser leur fréquentation.
Malgré cet accueil enthousiaste des professionnels et sa qualité technique, Up ne fera pas date sur le plan artistique. Ce dessin animé qui raconte l’étonnant voyage en Amérique latine – avec sa maison suspendue à des milliers de ballons ! – d’un vieillard new-yorkais flanqué d’un jeune passager clandestin ne se distingue pas des films de sa catégorie par son originalité, et sa projection en relief ne rend que quelques scènes réellement spectaculaires.
Pour voir, pendant les premiers jours du festival, des films pleins de (vrai) relief, mieux valait assister à la projection des longs-métrages technologiquement « classiques ». Comme l’excellent Fish Tank, d’Andrea Arnold, un film britannique qui retrace l’existence difficile d’une adolescente dans une famille monoparentale défavorisée. Ou Les Chats persans, de Bahman Ghobadi – évocation du Téhéran underground à travers l’histoire d’un couple qui anime un groupe de rock –, film qui annonce peut-être le retour de l’Iran sur le devant de la scène après une parenthèse de plusieurs années. Ou encore Tetro, récit d’un duel psychologique au sein d’une famille italienne immigrée en Argentine, avec lequel l’inusable Francis Ford Coppola démontre qu’à 70 ans passés il a retrouvé le goût de signer en toute liberté une œuvre très originale.

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