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19/05/2009 à 12:04
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Doyen de l’École internationale de management des Ponts et Chaussées, à Paris, cet universitaire franco-tunisien est aussi un spécialiste des nouvelles technologies.

Deux cent soixante et un ans après sa création, l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC) de Paris reste l’un des fleurons du système éducatif français et, avec Polytechnique, l’une des meilleures formations d’ingénieurs au monde. Depuis 2004, Tawfik Jelassi, 51 ans, dirige avec passion l’École internationale de management de l’ENPC. Créé en 1987, ce cursus complémentaire est axé sur le commerce international. Sa mission : répondre aux défis de la mondialisation. Avec les années, son recrutement s’est diversifié et l’école propose aujourd’hui quatre MBA très prisés des patrons du monde entier. Certains d’entre eux en sont d’ailleurs diplômés, tels Vincent Gillet, directeur général adjoint du géant indien de l’acier Arcelor Mittal, ou Saïd Elhadi, président de Tanger-Med, la plus grande plate-forme portuaire de Méditerranée, située au Maroc.

 

Avant de rejoindre « les Ponts », Tawfik Jelassi s’était vu proposer un poste équivalent par la prestigieuse école de commerce HEC. « La structure plus réduite de l’ENPC a fait pencher la balance. J’ai pensé que ma contribution y serait plus importante que dans une grosse machine bien huilée », explique-t-il. De fait, l’ENPC lui doit, notamment, la signature de partenariats avec la Temple University de Philadelphie et l’université d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis.

Quand il n’est pas en mission dans le Golfe ou aux États-Unis, Jelassi enseigne le management des nouvelles technologies à Shanghai, Casablanca ou New Delhi. Pour ce Franco-Tunisien, parcourir les campus du monde entier est devenu une seconde nature : « Je voyage quinze jours par mois pour donner des cours et rencontrer nos partenaires », explique-t-il. Ses déplacements sont si fréquents que, certains matins, au réveil, il lui arrive de ne plus se rappeler dans quelle ville il se trouve… « Pendant une minute, c’est presque effrayant ! » s’amuse-t-il.

Dans son confortable bureau encombré de cartons – l’école vient de quitter Saint-Germain-des-Prés pour s’installer à deux pas du canal Saint-Martin –, monsieur le doyen, crâne dégarni, lunettes discrètes et barbe poivre et sel, a accroché aux murs les nombreuses récompenses reçues pour ses recherches. La dernière en date lui a été décernée, en novembre 2008, par une association américaine, la Society for Information Management (SIM), pour un article sur le commerce électronique rédigé avec l’un de ses anciens étudiants. En juillet dernier, tous deux avaient déjà signé un recueil d’études de cas au sujet du e-business, publié par le quotidien britannique Financial Times.

S’il était devenu médecin – comme le souhaitait son père, ingénieur en travaux publics –, Tawfik aurait sans doute publié aussi dans de nombreuses revues. Mais à Monastir, où il a grandi, le jeune homme, sixième d’une fratrie de sept, n’obtient son bac qu’au rattrapage, hypothéquant ainsi ses chances de soigner les corps plutôt que de former les esprits.

Orienté d’office vers la filière informatique, il intègre, en 1976, l’Institut supérieur de gestion (ISG) de Tunis. « Pendant deux ans, j’ai appris la programmation sans voir un seul ordinateur ! » ironise-t-il. Élève brillant, il obtient une bourse pour aller étudier en France, à l’université Paris-Dauphine, dont il sort major de promotion deux ans plus tard. En théorie, ce titre lui ouvre le droit à bénéficier d’un échange avec l’université de New York. Mais on lui rétorque que ce programme est exclusivement réservé aux étudiants français… Après un bras de fer d’un an, Tawfik parvient à ses fins. « C’est l’une de ses grandes qualités, il est d’une extraordinaire ténacité », confirme Pierre Delaporte, président d’honneur d’Électricité de France et administrateur de l’ENPC.

Le globe-trotter traverse l’Atlantique en 1981. « À Manhattan, j’ai eu mon premier grand choc culturel, se souvient-il. Des gratte-ciel de 110 étages, des limousines, des milliardaires et des SDF [sans domicile fixe, NDLR] dans la même rue… J’étais à la fois apeuré et excité d’arriver dans le pays où sont nées les nouvelles technologies ! » Tawfik, qui doit surmonter, loin des siens, la mort de sa mère, se consacre pleinement à sa thèse, qui a trait aux systèmes d’information. Et avant même de décrocher son doctorat, en 1985, il est recruté par l’université de l’Indiana, un État dans lequel il mène une existence quasi monacale « au milieu des champs de maïs du Middle West ». Jusqu’à ce qu’en 1988 ses travaux sur les outils informatiques d’aide à la décision attirent l’attention de l’Institut européen d’administration des affaires (Insead), la « crème » des MBA, installé en région parisienne. Sa carrière décolle. Recruté, il devient le premier professeur de management des technologies de la célèbre institution et participe à la création de la première business school d’Oman, ouverte au sein de l’université Sultan Qaboos.

 

Mais alors qu’il se rapproche enfin de sa Tunisie natale, Tawfik demande la nationalité française. Paradoxal ? Pas du tout, répond l’intéressé. Amené à faire de nombreux voyages professionnels à l’étranger, il veut se simplifier la vie. Tunisien vivant en France, il se heurtait en effet à de lourdes démarches administratives à chaque fois qu’il demandait un visa. L’universitaire ne renie cependant rien de ses origines, bien au contraire. À la maison, son épouse et lui s’adressent en arabe à leurs enfants, pour qu’ils n’oublient ni leur culture ni leurs racines. Et, sur le plan professionnel, Tawfik s’implique pour rapprocher les deux rives de la Méditerranée. En 1996, il est contacté par l’Union européenne pour mettre sur pied l’École euro-arabe de management, dont la création a été décidée lors de la signature du traité de Barcelone, en novembre 1995.

 

Pendant quatre ans, l’universitaire s’installe à Grenade, en Espagne, et crée un programme biculturel inédit. En 2001, il sera aussi le principal initiateur du MBA de la Mediterranean School of Business (MSB) de Tunis, une école privée calquée sur le modèle académique américain.

Toujours entre deux avions, Jelassi avoue ne connaître qu’un seul remède pour « déconnecter » : passer quelques jours sous le soleil de Monastir. Avec, dans sa valise, son ouvrage favori : Léon l’Africain, d’Amin Maalouf, la biographie romancée d’un explorateur érudit du XVIe siècle. Une source d’inspiration pour cet homme qui s’attache à multiplier les ponts entre l’Orient et l’Occident.

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