29/04/2009 à 15h:11 Par Séverine Kodjo-Grandvaux
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Ils sont de plus en plus nombreux, francophones comme anglophones, à s’« exiler » aux États-Unis. Raisons politiques pour les uns, économiques pour les autres (voir pp. 140-142). On ne compte plus les écrivains africains qui enseignent dans des universités américaines, à l’instar d’Alain Mabanckou à Los Angeles (Ucla) ou d’Emmanuel Dongala à Boston.

Mais ils ne sont pas seuls à avoir traversé l’Atlantique. Philosophes, historiens, sociologues, anthropologues, politologues…, ils sont aujourd’hui des dizaines à partir pour cette nouvelle Terre promise. La mondialisation universitaire bat son plein. L’Oncle Sam développe les « african studies », où la littérature du continent – anglophone et francophone – est de plus en plus enseignée par des professeurs issus du continent. Et ce d’autant plus facilement que le secteur de la recherche en France – vers laquelle se tournent encore bien souvent les intellectuels originaires des anciennes colonies françaises – manque cruellement de moyens. Résultat : les chercheurs africains, comme leurs collègues français, se rendent aux États-Unis.

Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis vingt ans déjà, fondations et facultés nord-américaines ont mis en place une véritable politique de recrutement des élites africaines. Et encouragent les partenariats avec des centres de recherche du continent, comme le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) de Dakar. Bénéficiant des réseaux de la fondation Ford et de ses dollars, cet organisme, fondé en 1973, regroupe plus de 800 chercheurs ouest-africains et a établi une collaboration étroite avec la North­western University de Chicago.

En 2000, les fondations Carnegie, Ford, MacArthur et Rockefeller ont lancé « The Part­nership to Strengthen African Universities », un programme pour aider au renforcement des moyens de l’enseignement supérieur africain. Et ont investi sur l’ensemble du continent 100 millions de dollars de 2000 à 2005. La contrepartie ?

Selon certains, dont le sociologue français Jean-Philippe Dedieu, l’intervention de ces fondations – mi-philanthropiques mi-think-tank – répond à des attentes politiques : façonner les sociétés africaines selon le modèle américain en s’appuyant sur des élites formées à leurs propres méthodes.

« Les concepteurs de cette diplomatie scientifique, explique-t-il, entendent ainsi s’assurer du contrôle de la connaissance africaniste pour analyser les configurations géopolitiques et formuler des politiques adaptées. » Résultat : aujourd’hui, une partie non négligeable de la littérature ou des études africanistes ne se fait plus en Afrique mais outre-atlantique et en Europe. Une situation qui perdurera tant que les États africains n’investiront pas dans les universités et la recherche de leur pays.

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