15/04/2009 à 15h:16 Par Jean-Michel Meyer et Cécile Sow, à Dakar
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Lune de fiel entre le Maroc et le Sénégal Lune de fiel entre le Maroc et le Sénégal

La rupture est consommée entre les deux actionnaires d’Air Sénégal International, la RAM et l’État sénégalais, qui se déchirent une nouvelle fois devant les tribunaux.

Chronique d’une mort annoncée ? Le dernier épisode du différend qui oppose depuis 2007 Royal Air Maroc (RAM) à l’État du Sénégal sur la maîtrise de la destinée d’Air Sénégal International (ASI) ne laisse guère planer de doute sur l’issue fatale qui guette la compagnie aérienne sénégalaise. L’ordonnance du tribunal régional de Dakar du 6 avril a donné un avis globalement favorable aux demandes de l’État formulées le 30 mars 2009, Dakar reprochant à la RAM sa décision de se retirer totalement d’ASI au plus tard le 30 juin 2009. L’assignation à comparaître adressée à la compagnie marocaine avait pour objectif de contraindre la RAM, qui détient 51 % du capital d’ASI depuis 2001, à rester l’actionnaire de choix de la compagnie. À la grande satisfaction des pouvoirs publics, le juge a ordonné la désignation d’un expert judiciaire chargé d’auditer la compagnie et a interdit à la RAM de plier bagage avant la remise de ses conclusions « sous peine d’une astreinte financière excessivement lourde ».

« Il est clair qu’il serait impossible à quiconque de maintenir le pavillon aérien sénégalais sans le concours minimal des premiers responsables de ce pavillon », a affirmé Driss Benhima, le président de la RAM, en réaction à la sentence. Décidé à ne pas se laisser faire, il a aussitôt précisé que sa compagnie allait faire appel de la décision. À Casablanca, au siège, le ton est moins policé. « L’assignation nous a surpris, on ne s’y attendait pas du tout, concède-t-on en interne. En tout cas, ces prises de position vont à l’encontre des intérêts d’ASI, qui ne peut être que plus fragilisée, alors que plusieurs événements au cours de ces derniers mois lui ont déjà porté un lourd préjudice comme la non-attribution du pèlerinage à La Mecque, remporté par la RAM, le fait que le conseil d’administration ne se soit toujours pas réuni et, enfin, la saisie des comptes. »

L’incompréhension est totale entre les deux anciens partenaires, dont le sort se joue désormais à la barre des tribunaux. « Nous avons beaucoup de mal à comprendre la stratégie de l’État sénégalais. Un jour il veut récupérer la compagnie à son seul profit et, le lendemain, il nous assigne devant un tribunal pour nous condamner à rester dans ASI en nous obligeant à demeurer leur partenaire », poursuit-on à la RAM. Mais quelle que soit l’issue de ce bras de fer, il ne fait aucun doute qu’ASI n’en sortira pas indemne. Surtout que sa situation financière est catastrophique.

 

Différend stratégique

Tout a commencé à se gâter en octobre 2007, lorsque le ministre sénégalais des Transports aériens, Farba Senghor, a dénoncé une perte cumulée pour ASI de 12,9 milliards de F CFA (environ 20 millions d’euros) au 31 décembre 2005 et de 11 milliards de F CFA (17 millions d’euros) pour le seul exercice 2006. Accusant le partenaire marocain de mauvaise gestion, il avait alors annoncé la volonté du Sénégal de renforcer ses parts dans le capital d’ASI, qui devaient passer de 49 % à 75 % par l’apport de 20 à 24 milliards de F CFA. Le Sénégal a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? L’opération, qui devait ramener la part de la RAM à 25 % du capital, n’a jamais eu lieu. Dans le même temps, un différend stratégique est venu envenimer les relations entre les deux actionnaires. Dans l’euphorie du décollage réussi d’ASI, le gouvernement sénégalais a voulu accélérer le développement alors que Driss Benhima restait sur la position de départ : développer étape par étape une compagnie à l’ambition régionale limitée. Depuis, la situation n’a fait que se dégrader. Le sommet a été atteint lorsque la RAM a demandé, le 26 février 2009, la fameuse « feuille de route » définissant les modalités de son retrait. Ce qui paraît sûr, c’est qu’ASI aura mis la clef sous la porte avant que la justice ne détermine les responsabilités des deux partenaires. 

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