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15/04/2009 à 12:30
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Mohamed Cheikh Biadillah : « Nous sommes tous équidistants de Mohammed VI ! » Mohamed Cheikh Biadillah : « Nous sommes tous équidistants de Mohammed VI ! »

Cet ex-militant sahraoui hérite de la direction du PAM au moment où son fondateur, Fouad Ali El Himma, « l’ami du roi », a décidé d’adopter un profil bas.

Message sur le Sahara de Mohammed VI au président du gouvernement espagnol porté par Mohamed Cheikh Biadillah. Ainsi fut présentée l’information au Maroc à la fin de mars. On découvrira par la suite que plusieurs leaders de partis ont été dépêchés également à Londres, Moscou, Pékin… Mais, dans un premier temps, seul le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) a eu l’honneur d’être mentionné. Est-ce à cause de ses origines sahraouies et parce qu’il fut l’un des fondateurs du Polisario ? En tout cas, l’intéressé n’apprécie guère qu’on insiste sur cette qualité. « Je ne suis pas le Sahraoui de service ! » réagit-il avec humeur.

Depuis qu’il a été propulsé à la tête du PAM, Mohamed Cheikh Biadillah occupe pour la première fois le devant de la scène. Sérieux, travailleur, intelligent, il est la discrétion même et apparaît comme un modèle d’intégration. Il se veut un Marocain comme les autres et il y réussit parfaitement. Son itinéraire professionnel et politique l’atteste à souhait. Professeur agrégé de médecine, il exerce à l’hôpital Ibn Rochd avant de le diriger tout en enseignant à la faculté de Casablanca. Élu député de Smara en 1977, il entame, à partir de 1992, une carrière administrative. Gouverneur de Salé jusqu’en 1998 et wali de la région Doukkala-Abda, puis de Safi. En 2002, il est nommé ministre de la Santé dans le gouvernement de Driss Jettou.

Le Dr Biadillah aura besoin de toutes ses vertus de rigueur et de diplomatie. C’est qu’il hérite de la direction du PAM au moment même où Fouad Ali El Himma, l’âme du parti sinon son patron, qui s’était trop exposé ces derniers temps, a décidé d’adopter un profil bas, voire une stratégie d’effacement. Interview. 

Jeune Afrique : Votre désignation à la tête du PAM à l’issue du congrès [Bouznika, 20 au 22 février] a créé la surprise. Pourquoi vous ?

Mohamed Cheikh Biadillah : Il faut poser la question aux congressistes qui m’ont choisi. 

Vos origines sahraouies n’ont-elles pas été déterminantes ?

Comme le Sahara reste une affaire majeure pour tous les Marocains, on a eu tendance à mettre en relief cette donnée. Mais ce n’était pas le principal facteur. Lors des réunions que nous avons tenues récemment à Erfoud et à Rissani, dans le Sud, j’ai même entendu dire que le PAM était le « parti du Sahara » ! Alors que ceux qui l’animent comme ceux qui y viennent sont de toutes les origines, géographiques aussi bien que sociales ou politiques. Les parcours sont parfois on ne peut plus dissemblables. Entre un Salah El Ouadie [poète, ancien gauchiste incarcéré à Kenitra] et moi-même, il est difficile de trouver des affinités au départ, mais rien ne nous empêche de tenir un discours cohérent et de travailler pour le même objectif. 

Quel est au juste le rôle de Fouad Ali El Himma [FAH] ?

Comme vous le savez, il est l’initiateur du Mouvement de tous les démocrates [MTD], qui a donné naissance au PAM. Mais son idée est pour ainsi dire tombée depuis dans le domaine public. Et comme elle n’est pas brevetée, elle appartient à tous ! Cela dit, Fouad siège au Bureau national [BN] et il préside l’une des treize commissions, celle qui est chargée des élections. À ce titre, il a fait un exposé remarquable lors de la réunion du BN qui s’est tenue à Laayoune, en mars. Fouad est donc un dirigeant parmi d’autres, il ne joue aucun rôle particulier. 

Tant de modestie surprend…

Le PAM est le fruit d’une action du MTD. Et le MTD, c’est bien sûr Fouad, mais c’est aussi Salah El Ouadie, Hassan Benaddi, Ahmed Akhchichène, moi-même et bien d’autres. Nous avons tous joué notre rôle. Et c’est la presse qui a déformé les choses en focalisant l’attention sur Fouad Ali El Himma, l’« ami du roi », etc. 

Pourquoi ?

En proposant une autre manière de faire de la politique, nous avons suscité inquiétudes et appréhensions. Comme nous tenions un discours nouveau, original, susceptible de ramener les Marocains à la politique, on a cherché à nous confondre avec les anciens partis. 

À vous entendre, la proximité de FAH avec le Palais n’entre pas en ligne de compte.

Nous sommes tous équidistants de Sa Majesté ! 

Au lendemain de votre désignation, le roi vous a reçu, contrairement aux autres leaders de partis…

Lorsque Sa Majesté m’a téléphoné pour me féliciter, j’ai pris l’initiative de solliciter une audience – ce que les autres n’avaient pas fait. Voilà tout. Il ne faut y voir aucun signe particulier. 

Qu’a apporté le congrès du PAM ?

Sans exagérer : un véritable électrochoc. La classe politique se remue, les partis bougent, les débats vont bon train en dépit des invectives… 

Quels sont vos adversaires ?

La pauvreté et l'exclusion ! 

Et le PJD [Parti de la justice et du développement, islamiste] ?

Le PJD n’est pas notre adversaire. Nous lui demandons seulement de ne pas oublier que l’islam est la religion de tous les Marocains (à l’exception de nos concitoyens juifs) et que nul ne devrait l’instrumentaliser. Hormis ce point de désaccord, nous considérons le PJD comme un parti légaliste contre lequel nous n’avons aucun sentiment d’animosité. 

Qu’en est-il des autres partis ?

Le problème, c’est qu’ils n’ont pas vraiment de programme et ils sont loin des réalités. Du coup, la division entre gauche, droite et centre paraît de plus en plus obsolète. 

Où situez-vous le PAM ?

Dans l’avenir ! Le PAM est un parti pour demain. 

Vous faites tout pour gagner les élections locales de juin prochain…

C’est loin d’être acquis. Nous ne partons pas de zéro mais de l’addition de cinq partis qui ont derrière eux une expérience électorale honorable. L’écueil majeur reste néanmoins l’abstention, qui a atteint aux dernières législatives un taux préoccupant (70 %). C’est d’ailleurs très étrange. Depuis que le ministère de l’Intérieur ne concocte plus les élections et que les confrontations entre les partis se déroulent dans la transparence, les gens ne se rendent plus aux urnes…

Comment l’expliquer ?

Par l’absence de proximité avec les Marocains et de programmes articulés sur leurs problèmes. Il y a un fossé entre notre classe politique et le commun des citoyens. 

À votre congrès constitutif, on a noté une forte présence des notables des régions…

Toutes les couches de la société étaient représentées, comme elles le sont au parti. À cet égard, nous ne sommes pas différents des autres formations. Les notables dont vous parlez, on les trouve en particulier dans les instances de direction du plus grand parti de gauche. Je ne veux nommer personne, mais tout le monde sait de qui je parle. 

De Abdelouahed Radi, le premier secrétaire de l’USFP ?

C’est vous qui le nommez ! Ce que je veux dire, c’est que la présence des notables est dans l’ordre des choses au Maroc. Dans les années 1970, le marxisme dominait l’ensemble de la gauche, mais il n’a pas réussi à modifier les structures de pouvoir en son sein : des fils de grands caïds dirigeaient hier et continuent à diriger aujourd’hui. 

Aux élections partielles de septembre 2008, le PAM a enregistré un résultat plutôt médiocre : 1 seul élu sur 7. Et encore, il s’agit d’un notable qui appartenait à un vieux parti.

C’est vrai, mais cet élu d’Agadir a doublé ses voix. Progrès analogue pour notre candidat à Marrakech – El Habib Belkouche –, qui n’a pas été élu mais a obtenu la deuxième place en voix. Ce qui compte, c’est qu’au cours de ces consultations nous avons administré la preuve que nous étions capables de mener une campagne propre, sans recours à l’argent sale et au trafic d’influence. 

Vous étiez parmi les étudiants qui, à Rabat, fin des années 1960-début des années 1970, ont jeté les bases de ce qui allait devenir le Polisario…

Au départ, nous avons formé un groupe qui s’appelait le Mouvement embryonnaire pour la libération du Sahara, et c’est moi, étudiant en médecine, qui avais suggéré d’introduire le qualificatif « embryonnaire » pour marquer que nous n’étions qu’au début et que notre action devait se développer. Il faut rappeler que l’objectif que nous nous assignions, « la libération du Sahara », ne signifiait nullement l’indépendance. L’intégration du « Sahara espagnol » au Maroc allait de soi. Le Sahara devait rejoindre le royaume comme l’avaient déjà rejoint les autres zones du Sud occupées par l’Espagne : Tarfaya en 1958 ou Sidi Ifni en 1969. L’expression « libération du Sahara » n’était pas entachée de la suspicion et de l’ambiguïté, qui ne sont apparues qu’à partir de 1975.

Donc, c’était à Rabat en 1969. Il y avait Omar Hadrami [qui s’appelait encore Mohamed Ali Al Adhmi, l’un des principaux dirigeants du Polisario, qui se ralliera au Maroc à la fin de 1980], Mustapha Sayed El Ouali [le premier chef du Polisario, mort au combat en Mauritanie en 1976], Ma’laïnine Ma’laïnine [qui siège au Corcas, le Conseil royal consultatif des affaires sahariennes] et moi-même. En 1972, El Ouali sort du Maroc et fait un périple qui le conduit en Europe, en Algérie et en Libye. Le royaume vivait entre deux tentatives de coup d’État : Skhirat en juillet 1971 et l’attentat du Boeing royal en août 1972. Une manifestation organisée à notre initiative en juin 1972 à Tan Tan, dans le Sud, précipite les événements. El Ouali nous fait parvenir un message pour nous dire qu’il a des « informations stratégiques » à nous communiquer mais qu’il ne peut le faire qu’à l’extérieur. Parmi ceux qui ont reçu le message, Mohamed Salem Ould Salek [dirigeant du Polisario] et Mohamed Abdelaziz [son actuel chef] qu’on appelait à l’époque Mohamed Reguibi, alias H’Medtou. Je suis sorti clandestinement à travers le Sahara et la Mauritanie, où j’ai été arrêté en mars 1973. J’ai retrouvé en prison, à Bir Moghrein, Omar et Abdelaziz. C’est là que j’ai appris les événements de Dar Bouazza [tentative d’implantation de maquis par le Fqih Mohamed Basri]. Libéré après dix jours, je n’ai pas revu El Ouali. Auprès des autres, j’ai défendu l’idée de revenir au Maroc. Ils ne m’ont pas écouté, convaincus qu’ils seraient liquidés à leur arrivée. El Ouali avait opté pour la révolution armée, qui, disait-il alors, devait embraser toute la région.

Je suis rentré par Laayoune, où j’ai été interpellé par l’armée espagnole, qui m’a livré aux autorités marocaines. Après quelques péripéties pénibles, j’ai été libéré. 

Vous avez un frère au Polisario…

Pas un, trois ! Notre famille a été déchiquetée par le conflit du Sahara. L’aîné, Mohamed, vit en Mauritanie. Un autre, Hassan, a représenté le Polisario à Madagascar avant de s’installer en Espagne. Brahim est le chef de la 2e région militaire et siège au bureau politique du Polisario. J’ai un quatrième frère, Daha, qui a fait des études à Cuba et enseigne aujourd’hui à Tindouf. 

Vous gardez des relations avec vos frères Polisario ?

J’ai eu l’occasion de les voir pendant le « processus d’identification » du corps électoral organisé par l’ONU en vue du référendum qui s’est déroulé entre 1994 et 1998 à Tindouf. Je représentais le Maroc et eux étaient de l’autre côté. 

Vous avez parlé avec Brahim ?

Pas vraiment. Mais j’ai soigné ses filles – mes nièces. L’histoire de notre famille est très douloureuse.

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