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07/04/2009 à 15:04
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Karim Zéribi Karim Zéribi

Ancien footballeur professionnel, cet autodidacte français d’origine algérienne est le nouveau patron de la Régie des transports de Marseille.

Dans le bureau de Karim Zéribi, la décoration est spartiate. Accroché au mur, un plan du métro et des lignes de bus… Plus loin, la photo du nouveau tramway… Aucun doute : ici travaille l’homme qui a pris la tête du réseau de transports en commun de la deuxième ville de France. Depuis le 30 juin 2008, Karim Zéribi préside en effet aux destinées de la Régie des transports de Marseille (RTM), l’une des plus grandes entreprises de la ville. Et l’une des plus complexes : 3 360 agents, 71 lignes de bus, 2 lignes de métro et autant de tramway, 550 000 voyages, en moyenne, chaque jour… Créée dans les années 1950, la RTM est une institution. Mais aussi un fief syndical, un haut lieu de la contestation sociale.

Au mur figurent aussi la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, un portrait de Martin Luther King et un calendrier de l’Olympique de Marseille, comme un rappel insistant de la première passion de Karim Zéribi : le football.

Avant de diriger des conseils d’administration, de négocier avec les syndicats et d’organiser des réunions, c’est sur les terrains de foot que ce Français d’origine algérienne s’est construit. « Je suis né avec un ballon dans les pieds, dit-il. À 15ans, j’ai quitté la maison pour en faire mon métier. » Hélas, sa carrière sera de courte durée. Alors qu’il est en contrat avec le Stade Lavallois, qui, à l’époque, joue en 1re division, Karim Zéribi se rompt les ligaments croisés antérieurs du genou. Il a 21 ans. Aujourd’hui encore, la nostalgie pointe au détour d’une phrase : « Je n’ai pas totalement assouvi mon rêve d’enfant, mais j’ai connu ce milieu. »

 

En 1990, Sans le moindre diplôme, Zéribi entre à la SNCF, comme son père, et devient « agent commercial train ». Son rôle ? Assister et renseigner les voyageurs. Il le restera huit ans. Parallèlement, il s’engage sur le terrain associatif, s’occupe beaucoup de prévention et d’accès à l’emploi dans les quartiers populaires de Marseille. C’est de ce côté qu’il va trouver son salut professionnel. « Karim possède un talent oratoire et un charisme rares. Il a une capacité incroyable à convaincre ceux qui l’entourent que sa cause est juste », raconte Jamil, son frère.

Le premier à être convaincu se nomme Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur. À la fin des années 1990, lors d’une réunion publique, il remarque Zéribi et lui demande de rejoindre son cabinet en tant que conseiller. Il lui confie la mission de l’épauler pour tout ce qui concerne la mise en place d’une police de proximité et la création de comités départementaux d’accès à la citoyenneté. L’objectif étant, bien sûr, de lutter contre les discriminations sociales et raciales.

Le deuxième à tomber sous le charme est Louis Gallois, le président de la SNCF, qui, à la fin de 2005, le nomme conseiller à l’égalité des chances. Zéribi est plus spécialement chargé d’élargir le recrutement de l’entreprise nationale aux habitants des cités défavorisées.

Au cours des trois années suivantes, les présidents de la SNCF se succèdent, mais le conseiller à l’égalité des chances reste en place. N’est-ce pas naturel pour un homme qui se définit comme « un humaniste républicain qui croit au service public, milite pour le “vivre ensemble”, est attaché au respect des autres et se montre très sensible aux problèmes des plus démunis » ?

 

Plus parlants que les mots, il y a les faits. En 2001, Zéribi fonde l’association Agir pour la citoyenneté, qui se donne pour ambition de promouvoir le sens civique dans les quartiers populaires. Dans cet objectif, un espace de rencontres et de réflexion baptisé « Parlement des banlieues » est créé. Quatre ans plus tard, Zéribi monte APC Recrutement, un cabinet associatif spécialisé dans la promotion de la diversité.

Le dernier à se laisser séduire n’est autre que Jean-Noël Guérini, le très influent patron du Parti socialiste marseillais, par ailleurs président du conseil général des Bouches-du-Rhône. En 2008, quand celui-ci décide de se lancer à la conquête de la mairie de Marseille, il choisit Zéribi (42 ans) comme porte-parole.

Le PS perd, mais Zéribi décroche un poste de conseiller municipal. Et la gauche soutient sa candidature à la présidence du conseil d’administration de la Régie des transports. Il est élu – à l’unanimité, prend-il soin de rappeler comme pour prévenir toute accusation de parachutage : « Seize administrateurs, y compris les élus de droite et les représentants des salariés, ont voté pour moi, ce qui n’est pas courant. »

L’enfant des quartiers nord de Marseille a désormais les moyens de favoriser l’accès de tous aux transports. Une mission qui lui tient à cœur. « Même si je me suis élevé socialement, explique-t-il, je n’ai jamais voulu quitter ces quartiers réputés difficiles. Il est important que les gens à l’aise tirent ces populations vers le haut. C’est la fin de la culture de l’échec, et je veux porter cet espoir. »

Animateur sur une grande radio française (RMC), élu politique et aujourd’hui président de la RTM, Zéribi reste un homme engagé. « Malgré un emploi du temps très, très chargé, il ne rate pas une occasion de participer à nos forums, de discuter avec les jeunes des banlieues et de leur raconter son parcours », souligne Driss Ait Ouesses, directeur d’APC Recrutement.

 

Opposé à la politique des quotas et à la discrimination positive, Zéribi refuse la victimisation. « Je n’ai jamais souffert du racisme et, bien qu’autodidacte, j’ai réussi à m’en sortir. En somme, je suis la parfaite incarnation du rêve français », explique-t-il.

Aîné de trois enfants, il est né d’un père algérien immigré et d’une mère marseillaise, elle-même issue d’un mariage mixte franco-algérien. Deux de ses trois grands-parents algériens sont originaires de Petite Kabylie. À l’en croire, il doit l’essentiel de sa réussite aux valeurs que lui ont transmises ses deux grands-mères, Fatima, la maman de son père, qui est musulmane, et Hélène, la mère de sa mère, catholique et française de souche. « Mon éducation, dit-il, a été laïque, empreinte de tolérance et de respect de l’autre. J’ai toujours été entouré d’amour, je n’ai jamais eu de difficultés matérielles dans mon enfance. Mes parents, et même mon grand-père algérien, étaient lettrés. Je n’ai jamais eu aucun problème d’identité. »

Zéribi retourne parfois, dans un cadre professionnel, sur la terre de ses ancêtres. Pour lui, il s’agit avant tout d’être utile en participant au développement des échanges franco-algériens en matière ferroviaire.

« Je suis français, fils et petit-fils d’Algériens. La France est le pays de mes quatre enfants. Pourquoi devrais-je choisir entre mes deux pays ? Est-ce que je choisis entre mon père et ma mère ? »

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