07/04/2009 à 12h:34 Par Fabienne Pompey
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L'union à reculons L'union à reculons

Le gouvernement de Morgan Tsvangirai a réussi à réduire l’inflation, mais le pays reste sinistré. Et le président Mugabe ne semble pas prêt à faciliter la tâche de la nouvelle équipe.

Il y a un an, le 29 mars 2008 précisément, les Zimbabwéens se rendaient aux urnes, espérant dans leur grande majorité le départ du président Robert Mugabe. Il leur faudra attendre cinq semaines pour avoir des résultats, très contestés, six mois pour que les parties signent un accord politique, et quasiment un an pour la formation d’un gouvernement d’union nationale. Et la fin du tunnel n’est toujours pas en vue. Pour sortir de la crise, il manque 8,5 milliards de dollars et une bonne dizaine d’années d’austérité…

Le plus difficile est maintenant de convaincre les bailleurs de fonds de reprendre leur aide. Seules les dépenses d’urgence, comme la lutte contre le choléra ou l’aide alimentaire, reçoivent encore l’argent de la communauté internationale. Pour le reste, il faudra d’abord que le gouvernement d’union fasse ses preuves.

Le 30 mars dernier, les voisins du Zimbabwe se sont réunis au Swaziland. Le ministre des Finances, Tendai Biti, bras droit du Premier ministre Morgan Tsvangirai, a présenté un plan de redressement à court terme. Pour le mettre en œuvre, il a besoin de 2 milliards de dollars… dans les quinze jours.

En gage de bonne volonté et pour prouver qu’il n’a pas l’intention de gaspiller l’argent des bailleurs de fonds, le ministre des Finances a divisé quasiment par deux le budget 2009, limitant les dépenses au strict minimum. Il a aussi promis de respecter, chaque mois et non plus sur l’année, un équilibre dépenses-recettes. 

Pénurie de devises

La plus appréciée des décisions immédiates a été la libre utilisation du dollar américain et du rand sud-africain, ce dernier étant devenu « monnaie de référence ». Cette « dollarisation » de l’économie a eu un impact immédiat sur l’inflation, et pour la première fois depuis près de dix ans, les prix ont reculé entre janvier et février. Les étals sont enfin approvisionnés, même si les clients restent rares, faute de pouvoir d’achat suffisant.

Alors que le camp présidentiel ne joue pas vraiment le jeu, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) essaie de parer au plus pressé, en assurant notamment le paiement en devise des salaires des fonctionnaires. Le mois dernier, ceux-ci devaient officiellement recevoir 100 dollars en devise et le reste en dollars zimbabwéens, mais les banques n’ont pas été capables de faire face à cette soudaine demande en monnaie étrangère.

Ce paiement en dollars américains était une condition pour que les enseignants reprennent leur poste ainsi que le personnel de santé, extrêmement démotivés par leurs conditions de travail épouvantables. Le gouvernement a été contraint d’étendre la mesure aux autres fonctionnaires, notamment aux policiers et aux militaires. Pas question dans une situation aussi fragile de se mettre à dos les porte-flingues du camp Mugabe.

Pour le moment, le MDC n’est pas parvenu à se débarrasser de l’encombrant gouverneur de la Banque centrale, Gideon Gono. Le Fonds monétaire international (FMI) a cependant demandé à ce très proche de Robert Mugabe de se cantonner au rôle traditionnel de son institution et de ne plus intervenir dans les grandes orientations économiques. Le nouveau ministre des Finances a promis dans son plan de redressement qu’il n’y aurait plus d’impression de billets de banque.

Le FMI, qui vient de terminer une mission sur place, a pris note de ces efforts. Mais, pour le moment, pas question de mettre la main à la poche. Idem du côté des États-Unis ou de l’Europe, dont les dirigeants, qui restent prudents, s’aligneront vraisemblablement sur le FMI lorsque celui-ci aura décidé de renouer avec le Zimbabwe. Et même si le Fonds se disait soudainement prêt à reprendre son aide, il ne faudrait pas moins d’un an de procédures avant que les premiers dollars arrivent à Harare.

En attendant, le Zimbabwe compte sur ses voisins. Sur le principe, les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sont d’accord pour donner un coup de pouce au gouvernement d’union : 1 milliard de dollars sous forme de prêt, le reste sous forme d’aide. Le problème est de savoir qui va mettre la main à la poche et pour quel montant. La tendance générale dans la région n’est pas à l’euphorie. La crise mondiale n’épargne pas l’Afrique australe, qui a revu, elle aussi, ses prévisions de croissance à la baisse. Une partie du financement sera donc locale. Pour le reste, la communauté sous-régionale essaiera de lever des fonds à l’international au nom du Zimbabwe, a expliqué la ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini Zuma.

Rien n’est donc gagné. D’autant que, à Harare, le camp présidentiel ne joue pas vraiment le jeu. Robert Mugabe a beau prendre des accents tragiques implorant « au nom du gouvernement inclusif et au nom du peuple du Zimbabwe » de lui venir en aide, il reste pour beaucoup le dirigeant autoritaire et borné qu’il est devenu au fil des ans.

Il a en effet lancé, au moment même où s’achevaient les discussions avec le MDC, des arrestations d’opposants et de militants des droits de l’homme. Il a également cautionné l’occupation par ses sbires des dernières propriétés agricoles productives du pays. Plusieurs fermes, notamment celles qui bénéficiaient des accords bilatéraux de protection des investissements, sont actuellement occupées par des squatteurs à la solde de la Zanu-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique), le parti de Mugabe. Le chef de l’État refuse également la prestation de serment du nouveau vice-ministre de l’Agriculture, Roy Bennett. Emprisonné pendant un mois, puis libéré sous caution, cet ancien député et producteur de tabac dont la ferme a été saisie n’avait toujours pas pu prendre ses fonctions au début d’avril.

Garantir la sécurité des investissements et le respect de la propriété est officiellement l’un des objectifs du gouvernement d’union. Tout comme la garantie de la liberté de la presse, qui reste elle aussi muselée, et les réformes institutionnelles. Mais manifestement, toutes les réformes qui incombent aux ministères détenus par des caciques de la Zanu-PF sont au point mort. Tout se passe comme si Mugabe tolérait la présence de son Premier ministre, Morgan Tsvangirai, le soutenant du bout des lèvres uniquement dans le but d’obtenir un allègement des sanctions internationales contre lui-même et contre son pays. Au fond, Robert Mugabe n’est toujours pas prêt à passer la main. Et continue autant que possible de tenir serrées les rênes du pouvoir.

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