31/03/2009 à 09h:03 Par Fawzia Zouari
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Professeur de philosophie, Mohamed Mahjoub, le directeur du Centre national de la traduction, n’est pas natif de Kairouan, mais il en est un défenseur zélé.

Dans notre imaginaire, explique Mohamed Mahjoub, nous sommes tous des descendants de Kairouan. Chaque intellectuel tunisien devrait réclamer une filiation à cette cité, symbole parmi toutes du savoir. »

Arrivé à l’âge de 21 ans pour y enseigner, Mahjoub tombe amoureux de la ville. En 1985, il y fonde la faculté des lettres et sciences humaines, avec Hédi Sioud : un grand défi, car c’est la première faculté du genre créée hors de la capitale. Il instaure un système de transport gratuit entre l’université et la ville, et fonde le département de philosophie, qui devient le plus important du pays en nombre d’élèves : « Normal, persiste-t-il, c’est une ville où l’on est nécessairement intellectuel. » Adopté par les Kairouanais, il se voit admis dans leurs familles : « Ils sont accueillants en apparence, mais ils ne vous acceptent vraiment que s’ils sont sûrs de vous, précise-t-il. Plus que les autres, les étudiants kairouanais ont une reconnaissance vis-à-vis de ceux qui leur donnent le savoir parce qu’ils sont ancrés dans la tradition de jadis du maître et de l’élève. »

 

La permissivité, un autre volet de la foi

Personne comme Mahjoub ne sait aussi bien parler du caractère paradoxal de cette ville. À la fois laïque et religieuse, dogmatique et rebelle, vertueuse et sensuelle : « D’un côté, Kairouan est le symbole de la tradition, de la famille, du dogme, mais elle reste une ‘‘cité du monde’’ au niveau de l’imaginaire. Ici, la référence canonique coexiste avec la liberté de penser. On respecte les rites plus qu’ailleurs, mais il n’y a pas de fermeture. » En citant le livre d’Abdelwahab Bouhdiba, La Sexualité en islam, il explique : « Il faut être kairouanais pour se permettre de parler de sexe sans offenser la religion. Comme si la permissivité était l’autre volet de la foi. »

De même, il revient sur l’expression répandue en Tunisie selon laquelle Kairouan est « la ville des beaux yeux », allusion faite aux Kairaounaises, dont le voile n’a jamais dissimulé l’espièglerie du regard.

Pour Mahjoub, Kairouan c’est aussi une sorte de relais représentant le devenir d’un islam possible par rapport à l’islam fermé qui menace aujourd’hui. Illustration du génie d’intégration de cette religion, la ville mérite à ses yeux de recueillir davantage l’attention de ses natifs, qu’ils y vivent encore ou non. Il espère en tout cas que les festivités de 2009 attireront leurs investissements, pour qu’elle dynamise ses acquis culturels et pour qu’elle redevienne une destination de pèlerinage. 

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