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30/03/2009 à 09:57
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Ils sont de retour sur la scène politique et ce n’est pas bon signe.

À qui la faute ? Comment leur faire réintégrer leur rôle – et leurs casernes ?

Je veux parler, vous l’avez compris, des militaires africains. Dans plus d’un pays d’Afrique – en particulier sa partie subsaharienne –, nous observons que les militaires se sont remis à intervenir.

Soit pour faire chuter le pouvoir civil, soit seulement pour arbitrer entre les acteurs politiques, soit carrément pour ramasser la mise lorsque les partis ne se montrent pas à même de le faire.

 

En moins de neuf mois, nous avons vu chacun de ces cas de figure prendre corps sous nos yeux : c’est la Mauritanie qui a ouvert le bal le 6 août 2008 ; ce fut ensuite le tour de la Guinée-Conakry le 23 décembre 2008 ; puis celui, avec un double assassinat cette fois, de la Guinée-Bissau, qui s’est embrasée le 2 mars 2009.

Et, pour finir, le scénario malgache, plus chahuté que les coups intervenus sur le continent, lourd en pertes humaines et dont la dernière scène n’est pas encore écrite.

Cela pour le passé récent.

Je n’exclus pas, pour ma part, d’entendre à la radio, un jour prochain, que les militaires zimbab­wéens sont sortis de leurs casernes pour extraire le pouvoir des antagonismes qui paralysent son fonctionnement.

Et je pense que la crise économique, dont nous n’avons pas encore ressenti le plus fort de la bourrasque, mettra les militaires dans d’autres pays africains (ou sur d’autres continents) en situation de peser sur la vie politique…

 

Réelles ou hypothétiques, ces « sorties militaires » ne sont pas une réédition de ce que nous avons connu au XXe siècle, car les temps ont beaucoup changé et les mentalités ont fortement évolué.

1- L’intervention de militaires subsahariens dans la vie publique de leur pays n’est plus l’œuvre d’un officier ambitieux qui veut devenir président à la place du président civil et profite des moyens qu’on lui a confiés pour « aller au coup d’État ».

Ce simple « ôte-toi de là que je m’y mette », inventé en Amérique latine il y a plus d’un demi-siècle et qui a longtemps sévi en Afrique comme dans le monde arabe, n’est plus admis par la communauté internationale.

Et il n’y a plus guère que le colonel Kaddafi, lui-même produit d’un coup d’État réussi, pour le qualifier de « fait accompli qu’il faut accepter ».

De nos jours, des militaires ne peuvent plus s’installer au pouvoir après l’avoir conquis par la force ; ils ne peuvent que le détenir très provisoirement pour le transmettre à des dirigeants issus d’élections transparentes, sous contrôle international.

En règle générale – mais il y a encore des exceptions1 –, l’auteur principal ne peut même plus participer au scrutin organisé pour désigner celui qui lui succédera.

 

2- Il résulte de cette évolution que les militaires n’interviennent plus, en principe, que pour combler un vide créé par l’incapacité des politiques à s’entendre pour le remplir – cela a été le cas en Guinée-Conakry – ou bien pour arbitrer entre des prétendants politiques qui s’affrontent sans que l’un d’eux parvienne à écarter son ou ses rivaux.

Ou bien encore en réaction aux dérives d’un président qui, se disant « démocratiquement élu », se croit tout permis (le cas malgache).

Ils sont alors, d’une certaine manière, priés d’intervenir. Et lorsqu’ils entrent en scène en redresseurs de torts, symboles du changement souhaité ou comme le suprême recours, on les applaudit.

Avant de déchanter parce qu’ils ne tardent pas à se révéler inaptes à l’exercice d’une fonction pour laquelle ils ne sont ni faits ni préparés.

 

Le cas de la Mauritanie a montré que son peuple, à l’instar de tous les autres, voulait ardemment la démocratie. Lorsqu’il l’a reçue, il s’est senti comblé et l’a manifesté.

Mais « les fruits n’ont pas tenu les promesses des fleurs » et le processus s’est brutalement interrompu avant même que « l’ère démocratique » n’atteigne dix-huit mois.

Cela arrive : la démocratie est une construction délicate, jalonnée de tentatives avortées, qu’il faut reprendre, sans se décourager.

Laissons aux historiens le soin de désigner, au sein de « la classe discutante » mauritanienne, les responsables de cet échec.

 

Celui de la Guinée a montré, lui, que le pays compte trop de partis fondés sur des allégeances tribales. ils ont été tout au long des dix dernières années incapables de s’entendre pour mettre fin au trop long règne d’un autocrate dénué de tout savoir-faire économique et qui a laissé le pays se déliter ; ils se sont montrés tout aussi incapables, à sa mort pourtant attendue, de mettre en place une succession crédible.

« La transition militaire » ? Ils l’ont appelée de leurs vœux et l’ont acceptée lorsqu’elle est intervenue ; aujourd’hui, ils en attendent le salut…

 

Il faut oser le dire : si des militaires mal préparés à cette tâche sont en situation d’intervenir pour occuper, fût-ce provisoirement, le pouvoir ou pour arbitrer les querelles des civils, c’est bien la faute – exclusive – de ces derniers.

Les pays qui vivent cette mauvaise expérience, et ceux, hélas nombreux, qui n’en sont pas loin, souffrent en réalité d’un mal que nous avons plus d’une fois relevé et dénoncé dans ces colonnes.

Ce mal est double :

 

a) Il faut savoir que la politique d’un pays vaut ce que vaut sa classe dirigeante : cohésion, sérieux, travail, options, orientations vont du haut vers le bas.

Le mauvais exemple aussi : abus de pouvoir, corruption et népotisme.

Les pays dont nous avons traité ci-dessus et ceux qui leur ressemblent doivent la mauvaise situation dans laquelle ils se débattent à leur classe politique : elle n’est pas (encore) ce qu’elle devrait être. Elle a besoin d’une mise à niveau.

 

b) Leurs régimes, eux, doivent se renouveler.

Les présidents africains, et plus généralement des pays du Sud, qui se disent « démocratiquement élus » ou dont on dit qu’ils « ont été démocratiquement élus » ne le sont pas souvent en réalité.

Combien d’alternances démocratiques ont eu lieu depuis vingt ans en Afrique ?

Il en résulte que sont à la barre depuis plus de vingt ou même trente ans trop de gouvernants usés par un pouvoir qu’ils ont accaparé, eux et les leurs, auquel ils se cramponnent après avoir trouvé la formule pour se faire réélire tous les cinq ou sept ans, indéfiniment.

 

Là résident, à mon avis, les deux raisons principales pour lesquelles la démocratie ne parvient à s’installer ni en Afrique ni dans le monde arabe.

Le recours aux militaires est le signe que la classe politique ne remplit pas sa mission.

 

 

1. Hier le général François Bozizé en Centrafrique ; demain le général Mohamed Ould Abdelaziz en Mauritanie.

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