17/03/2009 à 14h:12 Par Alain Faujas, envoyé spécial
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Démunis face à la récession, les États africains réclament des comptes aux Occidentaux.

« Tout ce que le Fonds monétaire international (FMI) nous déconseillait de faire, les pays riches l’ont fait. » Par cette saillie, Akere Muna, président du Groupe consultatif de l’Union africaine sur la société civile, résumait le 10 mars l’amertume des 300 participants à la conférence organisée par le FMI et la République de Tanzanie, à Dar es-Salaam, sur les « nouveaux défis et nouveaux partenariats pour la croissance en Afrique ».

Car, après leur réunion de Tunis, le 12 novembre 2008, les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales de toute l’Afrique ont rappelé que c’est en Amérique et en Europe que l’on a enfreint les règles de prudence financière, que l’on a spéculé outrancièrement sur les matières premières et que l’on a détruit la confiance sans laquelle aucune croissance n’est possible.

L’Afrique n’est pour rien dans ce désastre et pourtant le tsunami planétaire parti des États-Unis est en train de l’affecter durement : de 5,4 % en 2008, sa croissance tombera à 3 % cette année. Un tel coup de frein obligera quelque 6 % d’Africains supplémentaires à vivre avec moins de 1 dollar par jour.

« Si les pays riches souffrent, nous les pauvres plus encore », s’est désolé Jakaya Kikwete, le président tanzanien, dont le pays illustre le choc en cours au sud du Sahara. Voilà un excellent élève du FMI et de la Banque mondiale qui a réformé ses finances, privatisé et investi dans la santé et l’éducation : son rythme de croissance s’est élevé à un taux remarquable de + 7,1 % par an depuis 2001.â

 

Un besoin vital d’argent frais

Kikwete a détaillé les stigmates de la crise. « Le cours du coton est tombé de 82 à 45 cents la livre entre mars et juillet 2008 et le sac de 50 kg de café a reculé de 150 à 104 dollars entre août et décembre », a-t-il rappelé. Sans parler des amoureux du Kilimandjaro qui se raréfient : « Nous nous attendons à un recul des arrivées touristiques de 7 % à 18 %. » Un projet de traitement de l’alumine de 5 milliards de dollars a été reporté. Etc.

« Nous ne pouvons pas nous permettre un deuxième recul de notre économie après celui du deuxième choc pétrolier, au début des années 1980, a-t-il conclu. Mais nous n’avons pas les moyens de financer des plans de sauvetage et de relance. »

Alors que faire ? « Les pays riches ont consacré des centaines de milliers de dollars pour sauver leurs banques, a dénoncé Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU. Il faut qu’ils apportent le soutien immédiat dont l’Afrique a besoin. »

Combien demander ? « Arrêtez de quémander ! s’est exclamé le rocker et militant humanitaire Bob Geldof. Exigez votre dû. Les pays du G7 avaient promis en 2005 de donner 50 milliards de dollars supplémentaires aux pays les plus démunis. Qu’ils respectent leurs promesses ! » « Si nous avions la bombe atomique, a fait écho Trevor Manuel, le ministre sud-africain des Finances, on nous aurait déjà donné cet argent… »

Cet apport d’argent frais est vital, mais il ne suffira pas, car il faut réformer la gouvernance mondiale si l’on veut éviter de nouvelles crises. « Le FMI ne doit pas seulement surveiller les pays en développement, s’est insurgé le président Kikwete, car il ne peut pas y avoir de pays intouchables. »

Dans un étonnant mea-culpa, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a dénoncé le côté donneur de leçons des pays occidentaux et a promis que le temps de cette suffisance était terminé. Il fera entendre la voix des plus pauvres au G20 pour qu’une aide « massive » – 25 milliards de dollars au moins – soit immédiatement apportée aux vingt-deux pays à faibles revenus et en majorité africains en grand danger. Le FMI, qui se posait en gendarme planétaire sourcilleux des monnaies et des budgets, aurait-il pris des cours de secourisme ? À confirmer.

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