16/03/2009 à 15h:24 Par Cécile Sow, correspondante à Dakar
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Le 22 mars, la population choisira ses élus régionaux et municipaux. Un scrutin dont les résultats, à trois ans de la présidentielle, engage l’avenir politique du pays.

Rarement des élections locales au Sénégal ont suscité autant d’intérêt que celles du 22 mars 2009. Depuis plusieurs mois, c’est le branle-bas de combat dans les états-majors politiques. Un engouement inédit pour des consultations très attendues. Initialement prévus en mai 2007, les scrutins ont été reportés à deux reprises en raison de problèmes d’organisation et de moyens. Même la modification impromptue, le 5 janvier, de neuf articles du code électoral relatifs à la composition et au mode d’élection des conseillers régionaux, municipaux et ruraux n’a pas réussi à faire tomber l’impatience. L’opposition a, certes, dénoncé « une manœuvre du pouvoir visant à la déstabiliser », mais, mise devant le fait accompli, elle s’est finalement résignée, estimant qu’une polémique aurait pu conduire à un nouveau report, ce qui aurait été ­inacceptable.

 

En campagne pour 2012

À trois ans de la présidentielle, le pouvoir comme l’opposition comptent sur ces consultations pour consolider leurs bases. Le premier, fragilisé par les bouleversements intervenus en son sein au cours des derniers mois. La seconde, affaiblie par son absence dans l’Hémicycle parce qu’elle a boycotté les législatives de 2007, estimant que le Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) avait usurpé sa victoire à la présidentielle. L’un et l’autre n’ont d’autre choix que de miser sur les locales pour se rapprocher des citoyens. Et espérer gagner leur vote en 2012.

Du côté du pouvoir, le départ de l’ex-Premier ministre Macky Sall, qui fut un pilier du PDS avant de passer dans l’opposition (il a créé son parti, l’Alliance pour la république, en décembre 2008 et se représente dans sa ville de Thiès), et le retour dans le rang d’Idrissa Seck, l’ancien chef du gouvernement banni pendant près de quatre ans, ont créé des divisions. Par ailleurs, le rapprochement entre le PDS et la Génération du concret, un mouvement créé en 2006 par le fils et conseiller du chef de l’État, Karim Wade, a un peu plus brouillé les cartes. « Karim », comme tout le monde l’appelle, a été investi sur la liste proportionnelle de la coalition Sopi 2009 à Dakar . Plusieurs de ses proches, comme Abdoulaye Baldé à Ziguinchor (Sud), sont aussi candidats dans des grandes villes de l’intérieur du pays. Entre les pour et les contre Macky, « Idy » ou Karim, il n’est pas évident que les électeurs, ni même les militants, s’y retrouvent. Quoi qu’il en soit, la coalition Sopi 2009, comptant une cinquantaine de partis, affiche un optimisme débordant.

Pour l’opposition, ces consultations marquent un retour dans la bataille électorale. Le Front Siggil Sénégal (FSS), créé après la présidentielle de 2007 pour constituer une opposition forte, a décidé de ratisser large. Il a formé une coalition dénommée Benno Siggil Senegal (BSS). « Avec une trentaine de formations, c’est la plus grande coalition de l’opposition jamais mise en place pour des élections locales », affirme Serigne Mbaye Thiam, secrétaire national aux élections du Parti socialiste (PS) et membre du Comité électoral national de BSS. « Les situations politiques et économiques difficiles ont créé un sursaut d’unité », explique-t-il, sans oublier de souligner que BSS compte bien envoyer un « signal fort au président Wade en mobilisant les populations ». Selon lui, l’opposition a toutes les chances de remporter les principales villes du pays à l’issue du vote, auquel devraient participer massivement les Sénégalais, « qui ont compris le rôle et l’importance des collectivités locales ».

Au total, plus de 8 000 candidats sont inscrits sur les listes des cinq coalitions, briguant des mandats dans 543 collectivités locales, ces dernières étant appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans la vie politique et sociale.

 

Participation en question

Pionnier de la décentralisation en Afrique, le Sénégal dispose d’un cadre favorable à l’émergence de ces collectivités en tant que véritables entités autonomes. La politique de décentralisation a été lancée en 1972, sous le président Léopold Sédar Senghor. Mais c’est à partir de 1990 qu’elle a pris un tournant décisif, avec une première réforme renforçant les pouvoirs des présidents de conseils ruraux, affranchis de l’autorité des sous-préfets qui, jusqu’alors, contrôlaient les budgets. Puis, en 1996, le vote du Code des collectivités locales a instauré, entre autres, un statut unique pour toutes les régions. Non seulement les collectivités locales sont devenues plus indépendantes, mais, surtout, elles ont permis un rapprochement entre populations et autorités. Ce qui explique l’intérêt croissant de la classe politique pour ce scrutin local.

Sur les cinq millions de Sénégalais inscrits sur les listes électorales, combien se rendront aux urnes le 22 mars ? Certains s’attendent à une participation relativement forte. Selon eux, même les contestations entourant la composition de plusieurs listes du pouvoir comme de l’opposition ne devraient pas dissuader les citoyens de voter. Toutefois, jusqu’à présent, les élections locales n’ont jamais réussi à mobiliser plus de 30 % de l’électorat. Et beaucoup de politiciens pensent ne pas faire mieux cette année. « Le mode de scrutin est compliqué et le fait de ne pas voter pour un individu mais pour une liste, sans aucune garantie de voir son candidat devenir maire ou président de conseil rural, n’incite pas les populations à participer, explique un membre de la Commission électorale nationale autonome. En revanche, il est vrai que les gens ont pris conscience du rôle des élus locaux dans la gestion de leur quotidien, ce qui pourrait peut-être les décider à voter. » Un espoir partagé par le pouvoir et ­l’opposition.

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