10/03/2009 à 16h:15 Par Philippe Chalmin
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Professeur à l’université Paris-Dauphine, président de CyclOpe

À lire les chiffres, soit l’Afrique n’intéresse pas, soit elle fait même peur, par son instabilité, aux investisseurs potentiels y compris dans un domaine où ses avantages sont incontestables comme celui des ressources naturelles. La crise ne fait que le confirmer : les investissements directs étrangers (IDE) ont régressé, selon la Cnuced, de 21 % dans le monde en 2008, mais ils ont encore progressé de plus de 10 % en Chine, de 60 % en Inde et de 27 % au Brésil, alors qu’ils n’augmentaient que de 17 % en Afrique, à partir d’un niveau déjà faible, et pour l’essentiel en Afrique du Sud.

 

Même lorsque flambaient les prix des matières premières, alors que chaque jour on annonçait de nouveaux projets miniers en Australie, au Canada, au Chili ou au Brésil, et que les grands groupes miniers mondiaux se battaient à coups de milliards de dollars, force est de constater que l’Afrique restait largement en dessous de son potentiel. Gérer la rente des matières premières sans tomber dans le gaspillage ou dans la corruption est un exercice difficile. On le voit au Nigeria. Rares sont les pays vertueux comme la Norvège ou, dans le domaine minier, le Chili. L’Afrique a une carte à jouer si elle sait attirer d’autres personnes que des aventuriers ou des pirates. Et les retenir.

 

Entre celui qui met l’argent sur la table et celui qui entretient la table, il faut être deux pour investir. Un projet minier de quelque ampleur, c’est un montant minimal de l’ordre du milliard de dollars, avec une durée de vie de vingt à vingt-cinq ans et un temps de réalisation qui est rarement inférieur à dix ans. Le temps de la mine – et celui des ressources naturelles – est un temps long.

Ceci implique de maintenir une certaine stabilité, institutionnelle et juridique. L’investisseur étranger doit pouvoir bénéficier de garanties dans le temps contre toutes les formes de harcèlement bureaucratique. De ce point de vue, la position des autorités de la Guinée vis-à-vis de la mine de fer de Simandou que devait développer Rio Tinto est manifestement l’exemple à ne pas suivre, surtout quand les cours s’effondrent… Pour corrompre, il faut être deux. Pour investir aussi. Il faut choisir entre mauvaises fréquentations et unions de longue durée.

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