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09/03/2009 à 16:54
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Il est à la fois l’ami et le plus proche collaborateur du chef de la junte. Mais s’il joue un rôle central au sein du nouveau régime, il fait preuve d’une discrétion qui confine au mystère. De quoi nourrir bien des rumeurs.

Les karamokos (« marabouts ») de Kankan, cette ville du pays mandingue guinéen dont est originaire sa famille, lui ont toujours prédit un grand destin. Alors qu’il craignait pour sa vie lorsqu’il combattait au Liberia et en Sierra Leone, ils lui ont toujours assuré qu’il retournerait en Guinée pour y occuper une position privilégiée. Les prédictions se sont réalisées. Coauteur, avec le capitaine Moussa Dadis Camara, du coup d’État du 23 décembre, Sékouba Konaté est aujourd’hui au sommet du pouvoir dans son pays. Ministre de la Défense, il est le numéro trois du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), derrière « Dadis » et Toto Camara, ce dernier ayant bénéficié du privilège de son grade de général au moment du putsh. Konaté dirige également le comité d’audit chargé de faire la lumière sur les malversations qui ont mis l’État en faillite et pilote le grand chantier de la réforme d’une armée massive, dispersée et indisciplinée.

Promu du grade de commandant à celui de général de brigade au lendemain de la prise du pouvoir par la junte, celui que le président Moussa Dadis Camara appelle dans tous ses discours « mon ami Sékouba Konaté » goûte pour la première fois au confort des bureaux climatisés. Il a passé l’essentiel de sa carrière sur le terrain à faire la guerre aux frontières de la Guinée et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Surnommé « le Tigre », du fait de sa férocité au combat, cet homme au port élégant et à la démarche droite arbore des séquelles de ses années passées à faire le coup de feu : une cicatrice en forme de « V » renversé entre les paupières, causée par une chute à Potoloko, en Sierra Leone ; une balafre sous l’œil droit subie à la frontière libérienne provoquée par un éclat de mortier ; une égratignure sur la joue droite née d’une blessure au cours des combats pour repousser l’invasion du territoire guinéen par des rebelles…

Son passé militaire et sa personnalité détonnent au sein du CNDD. Au point de susciter bien des fantasmes. Certains voient en lui l’homme fort du régime, celui qui décide par Moussa Dadis Camara interposé. D’autres prédisent même qu’il finira par éliminer « Dadis » pour devenir de jure le président qu’il serait de facto. La réalité est toutefois plus complexe. Si Sékouba Konaté a une influence réelle sur le chef de la junte, fruit de rapports de confiance vieux de quinze ans, il ne décide pas à sa place. Les deux hommes se concertent, argumentant chacun de leur côté, pour aboutir à une décision. « J’entretiens de vrais rapports d’amitié avec Dadis. Chaque fois qu’il me consulte, je lui donne un avis franc. Il en tient compte comme il lui arrive de ne pas le faire. Après tout, c’est à lui, chef de l’État, qu’il revient de trancher en dernier ressort », lâche Konaté, avare de confidences.

Timide, calme, peu doué pour la prise de parole en public, le fils de Doubany Konaté a une tendance à l’inhibition, héritée des nombreuses épreuves que la vie et sa carrière lui ont imposées. Sékouba Konaté naît le 6 juin 1964 à Conakry. Sa mère, Jeannette, est chrétienne, fille d’un Libanais et d’une Guinéenne de Kissidougou. Son père, musulman, est un Malinké de Kankan. Commandant dans l’armée, directeur national des entreprises militaires agricoles, il soumet le jeune Sékouba à une éducation très rigoureuse.

 

FOrmation à meknès

S’il grandit dans une villa au bord de la mer, bénéficie de conditions de vie au-dessus de la moyenne et fait des prouesses au foot comme avant-centre au point d’être surnommé « Parousky » (du nom d’un international polonais des années 1980), il cache une blessure intime. Une série de décès survenus dans sa famille entame sa joie de vivre : il perd son père en 1983, l’année où il obtient son bac, sa sœur Delphine en 1985, alors qu’il vient d’intégrer l’armée, et sa mère en 1988, tandis qu’il est en formation à l’Académie royale de Meknès, au Maroc.

De retour dans son pays en 1990, il passe un an au centre d’instruction de Kindia et devient sous-lieutenant affecté au Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata). Puis, il quitte à nouveau la Guinée. Après un stage à l’école d’application de Montpellier en 1992, et une formation de chef de section parachutiste à Pau, il est envoyé en Sierra Leone dans le contingent de maintien de la paix de la Cedeao – l’Ecomog – entre 1995 et 1996. Commandant adjoint, puis commandant de compagnie à Potoloko, il se distingue par la répression des groupes rebelles coupables de violations du cessez-le-feu.

À peine Sékouba Konaté revient-il en Guinée qu’éclate la mutinerie des 2 et 3 février 1996, au cours de laquelle le Palais des Nations, où se trouvait le président Lansana Conté, est pilonné à l’arme lourde. Contrairement à certains de ses frères d’armes dont Kader Doumbouya, commandant du Bata, qui seront condamnés à de lourdes peines de prison, il est relâché, faute de preuves, après deux mois de prison.

Konaté n’a pas le temps de se remettre de sa détention qu’il est désigné, en novembre 1996, pour conduire une expédition destinée à remettre au pouvoir le président sierra-léonais Ahmad Tejan Kabbah, renversé par une junte militaire.

Kabbah est finalement rétabli à la tête de l’État à l’issue de violents combats. Le Tigre va alors rester en appui à Freetown jusqu’en 1999, avant de mettre le cap sur la Chine, où il suit un cours d’état-major. À son retour, en avril 2000, il est nommé à la tête du détachement des « Rangers » de Macenta, à la frontière libérienne, une zone à risques où éclate cinq mois plus tard une guerre opposant l’armée guinéenne à des groupes rebelles venus du Liberia et de Sierra Leone. Après avoir repoussé les ennemis au prix de nombreuses pertes humaines et d’importants dégâts matériels, il est maintenu huit ans en place pour « surveiller la zone ».

Avec la multiplication des mutineries en 2007 et 2008, Conté le nomme commandant du Bata en juillet 2008, avec pour mission de remettre de l’ordre dans les troupes. Revenu dans la capitale, il se rapproche de Moussa Dadis Camara, qui, bien qu’étant de l’intendance militaire, exerce une indéniable influence sur les troupes qui contrôlent le pays.

Quelques mois plus tard, le duo prend le pouvoir, au lendemain de la mort de Lansana Conté. Si Dadis est à la tête de l’État et du CNDD, Parousky a placé ses hommes à des postes stratégiques. Ses « amis de Meknès », Oumar Sanoh, Ansoumane Kaba et Papa Doumbouya, ont été nommés respectivement chef d’état-major général, chef d’état-major de l’armée de terre et commandant du « train » (chargé des transports militaires). Quant à Laye Keira, son ami d’enfance, il a été promu directeur du très stratégique Fonds minier.

 

« Si cela ne tenait qu’à moi... »

Mais Sékouba Konaté, qui a rangé au garage ses véhicules de fonction – deux 4x4 flambant neufs – pour se déplacer dans un vieux pick-up, affecte d’entretenir une certaine distance vis-à-vis du pouvoir. « Les fastes du pouvoir ne m’impressionnent pas, assure-t-il. Si cela ne tenait qu’à moi, le CNDD aurait organisé des élections et remis le pouvoir aux civils dans un délai de six mois. » Écartant toute idée de s’éterniser aux affaires, il voit son avenir au sein d’une organisation internationale pour apporter son expertise en matière de maintien de la paix et de gestion des transitions démocratiques. Quand on lui fait remarquer que tous les duos qui ont pris le pouvoir ont toujours fini par se le disputer, le ministre de la Défense rétorque : « Mon ami et moi allons constituer l’exception à la règle. » Les deux hommes ne cessent de multiplier les signes de parfaite entente. En dépit d’un palu qui l’a terrassé le 18 février, Dadis s’est débarrassé de sa perfusion trois jours plus tard pour aller rendre visite à Parousky, qui se plaignait depuis la veille de maux de ventre. « Bien que malade, je suis venu te voir, mon frère. Pour honorer le pacte de sang qui nous lie », a lancé le président à son ministre de la Défense. Pourvu que le pacte dure… Le sort de la démocratie, que les Guinéens attendent depuis plus de cinquante ans, en dépend.

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