09/03/2009 à 16h:18 Par Cheikh Yérim Seck
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« Les gesticulations de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ne sont que pure fumisterie. Elle condamne l’assassinat de “Nino” alors qu’elle avait les moyens de l’empêcher, mais ne l’a pas fait. » Ce cri de révolte émane d’un très proche ami et confident de João Bernardo Vieira. Craignant pour sa vie au lendemain de l’attaque de son domicile, le 23 novembre 2008, ce dernier avait en effet contacté la Cedeao pour solliciter la création d’une force restreinte chargée de sa protection rapprochée. À l’appui de sa demande, Nino, issu de l’ethnie papele, avait précisé qu’il avait des doutes sur la loyauté des hommes affectés à sa garde par le chef d’état-major Tagmé Na Waié, tous balantes comme ce dernier.

N’ayant pas eu gain de cause, Nino a récemment confié à son homologue sénégalais, Abdoulaye Wade, qu’il courait le risque d’être tué mais qu’il ne pouvait pas, au nom de l’honneur, quitter son pays. Parmi les premiers à réagir après l’assassinat de celui qui l’appelait « Papa », Wade a été, de l’avis de ses proches, très affecté par le drame. Il s’est proposé, en signe d’amitié pour le défunt, de fournir le cercueil. Ce que la veuve Isabelle, qui ne veut rien recevoir de l’État bissau-guinéen, a accepté. Attendu aux obsèques, prévues le 9 mars, le chef de l’État sénégalais, resté en contact continu avec Isabelle Vieira, s’est de facto imposé comme l’interface entre la famille endeuillée et ses autres homologues.

Ami de longue date du défunt, le numéro un burkinabè, Blaise Compaoré, a multiplié les coups de téléphone à Wade pour s’informer et pour s’enquérir des dispositions à prendre. Le « Guide » libyen, Mouammar Kaddafi, lié à l’ex-compagnon d’Amilcar Cabral, a également appelé. Kaddafi aimait à recevoir Nino sous sa tente à Syrte ou à Benghazi et à lui apporter une assistance pour faire face à des charges de souveraineté que le budget sinistré de la Guinée-Bissau ne pouvait supporter.

Parmi ceux qui l’aidaient, il y a également Omar Bongo Ondimba. Ayant connu Nino lors de son premier passage à la tête de son pays (1980-1999), le chef de l’État gabonais a maintenu des liens avec lui au cours de sa traversée du désert et au lendemain de son retour aux affaires, en 2005.

 

L’ami de Conakry

Mais celui qui restera le meilleur ami de João Bernardo Vieira est sans nul doute l’ex-chef de l’État guinéen, Lansana Conté, décédé le 22 décembre dernier. Premier chef d’État à arriver à ses obsèques, Nino a entretenu une amitié de plus de trente ans avec celui qu’il appelait « grand frère ». Les deux hommes se sont connus au milieu des années 1970 alors qu’ils combattaient dans les rangs du PAIGC au cours de la guerre d’indépendance de la Guinée-Bissau. Et ne se sont jamais quittés. Lansana Conté a construit dans un quartier résidentiel de Conakry une somptueuse maison qu’il a offerte à son « petit frère ». À sa mort, Nino a rétrocédé le bien aux enfants de Conté. Avec ce commentaire : « C’est un cadeau de votre nouveau père. »

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