18/02/2009 à 12h:34 Par Serge Faubert
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Comédie de dupes pour un réquisitoire Comédie de dupes pour un réquisitoire

Sur le papier, les peines requises sont sévères : six années de prison ferme contre Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone, les principaux protagonistes du procès-fleuve de l’Angolagate. Mercredi 12 février, à Paris, au terme de quatre mois d’audience, le procureur Romain Victor a semblé un instant vouloir réparer l’incroyable inertie de l’appareil d’État français, qui, bien qu’averti du trafic d’armes auquel se livraient les deux hommes, a laissé faire pendant quatre ans. Le matin même de ses réquisitions, il avait rappelé que, dès 1996, l’hebdomadaire L’Événement du jeudi avait révélé l’essentiel de l’affaire. Il a pourtant fallu attendre juillet 2000 pour qu’un magistrat, Philippe Courroye, se penche sur ce commerce illicite. Encore était-ce à la faveur d’un dossier connexe de blanchiment d’argent…

Las, ces réquisitions relèvent de la comédie de dupes. Car si, d’aventure, le tribunal suivait le procureur, ni l’un ni l’autre des prévenus ne dormiraient ne serait-ce qu’une nuit en cellule. Gaydamak est en fuite et partage son temps entre Israël et la Russie. Falcone, lui, est couvert par son immunité diplomatique : il est ambassadeur d’Angola auprès de l’Unesco. Auraient-ils été condamnés aux galères à perpétuité que cela n’aurait rien changé.

Une issue que l’Angola appréciera. Cette proposition de condamnation, en définitive symbolique, permet à Paris et à Luanda de ne pas perdre la face. Falcone reste en liberté et les magistrats français pourront se targuer d’avoir sauvegardé leur indépendance.

Quant aux autres peines de prison ferme requises contre certains des quarante-deux prévenus – un an de prison ferme, par exemple, contre Jean-Christophe Mitterrand –, elles seront couvertes par la détention provisoire ou non exécutées par le jeu des remises de peine. Sans compter les procédures d’appel, voire les pourvois en cassation qui ne manqueront pas d’atténuer les éventuelles condamnations.

Mais c’est dans le cas de Jacques Attali, poursuivi pour trafic d’influence, que le trompe-l’œil des réquisitions a été le plus flagrant. En fait d’accusation, c’est à une véritable opération de sauvetage que s’est livré le ministère public – soumis, faut-il le rappeler, aux instructions de la Chancellerie. Sauvetage d’une éminence grise qui a su s’attacher la faveur des puissants d’hier et d’aujourd’hui.

Pour y parvenir, le procureur a déployé une argumentation des plus subtiles. Oui, a-t-il expliqué, Jacques Attali est bien intervenu auprès du ministre des Affaires étrangères de l’époque Hubert Védrine en faveur de Falcone. Mais on ne peut considérer que l’étude sur le microcrédit en Angola commandée, à la même époque, à l’ancien conseiller de François Mitterrand constitue une contrepartie. Quand bien même elle a été réglée par ce même Falcone. Car la prestation a été réalisée dans les règles et au prix du marché !

Dès lors, a soutenu Romain Victor, les faits n’ouvrent droit qu’à « la critique sur le plan éthique » : Attali était « en affaires avec celui pour lequel il est intervenu ». Bref, ce n’est pas bien, mais ce n’est pas répréhensible. La défense du prévenu n’aurait pu rêver meilleure plaidoirie…

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