19/01/2009 à 16h:23 Par Jeune Afrique
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Pour Gideon Levy, du journal Haaretz, Ehoud Olmert, Ehoud Barak et Tzipi Livni doivent rendre des comptes pour le bain de sang qu’ils ont provoqué.

Quand les canons se seront enfin tus, viendra pour nous le temps des questions. Notre ferveur et notre insensibilité seront oubliées et nous pourrons peut-être voir Gaza dans toute son âpreté. Nous mesurerons alors l’étendue des massacres et des destructions, les cimetières bondés, les hôpitaux pleins à craquer, les milliers de blessés et de handicapés.

La question qui nous brûlera les lèvres, et que nous poserons avec autant de prudence que possible, est de savoir qui est coupable et qui est responsable. Cette fois, le monde ne pourra pas tout pardonner à Israël. Les pilotes et les artilleurs, les conducteurs de chars et les fantassins, les généraux et les milliers de ceux qui ont participé à cette guerre avec le même zèle vont mesurer l’étendue du mal et les conséquences des frappes sauvages. Peut-être n’encourront-ils aucune sanction ; ils se sont contentés de faire une guerre décidée par d’autres.

Trois hommes d’État israéliens seront passibles d’un jugement politique, moral et judiciaire pour avoir envoyé l’armée combattre une population sans défense qui n’avait nulle part où se réfugier, en un lieu peut-être unique dans l’histoire : une bande de terre enclavée. Ehoud Olmert, Ehoud Barak et Tzipi Livni occuperont la première place sur le banc des accusés. Deux d’entre eux sont candidats au poste de Premier ministre, le troisième est candidat à une inculpation dans des affaires pénales. Il est inconcevable qu’ils ne rendent pas de comptes pour ce bain de sang.

 

Olmert est le seul Premier ministre à avoir mené deux guerres « choisies », et ce durant l’un des mandats les plus brefs. Celui-là même qui, à plusieurs reprises, s’est courageusement prononcé pour la paix a orchestré pas moins de deux guerres. C’est ce que l’Histoire retiendra de lui. En comparaison, les affaires d’enveloppes de cash ou de billets d’avion apparaîtront comme des broutilles.

Barak, leader du parti de gauche, portera le poids des fautes commises par Tsahal sous sa tutelle. Son bilan sera alourdi par le pilonnage de populations civiles, par les centaines de femmes et d’enfants morts ou blessés, les nombreux dispensaires ciblés, l’utilisation de bombes au phosphore dans des zones habitées, le bombardement d’une école dirigée par l’ONU et qui servait de refuge à des habitants qui se sont vidés de leur sang pendant des jours parce que Tsahal empêchait leur évacuation en tirant sans répit. Même notre blocus de Gaza, qui a duré près d’un an et demi, et dont les répercussions sont éclairées d’un jour nouveau par cette guerre, lui reviendra en plein visage. L’un après l’autre, ces coups révèlent des crimes de guerre.

 

On retiendra de Livni, la ministre des Affaires étrangères et leader du parti centriste, qu’elle a poussé à cette guerre, l’a légitimée, et qu’elle a gardé le silence sur ce qui se passait. La femme qui avait promis « une tout autre politique » était pleinement partie prenante. Il ne faudra pas l’oublier.

Les Israéliens les jugeront-ils sévèrement, à la lumière des images qui nous parviennent de Gaza ? C’est hautement improbable. Barak et Livni sont en train de progresser dans les sondages. Le procès qui les attend ne se déroulera pas à l’échelle locale. Il est vrai que des hommes d’État étrangers ont, avec cynisme, applaudi Israël. Il est vrai que l’Amérique s’est tue, que l’Europe a bégayé et que l’Égypte a cautionné, mais d’autres voix se feront entendre.

Déjà, l’ONU et la Commission des droits de l’homme à Genève réclament une enquête sur les crimes de guerre dont Israël est accusé. Dans un monde où les dirigeants bosniaques et leurs homologues rwandais ont déjà été convoqués devant les tribunaux [Cour pénale internationale de La Haye, NDLR], une procédure similaire pourrait voir le jour à l’encontre de ceux qui ont fomenté la guerre de Gaza. Nos basketteurs ne seront plus les seuls à devoir honteusement se mettre à l’abri lors de leurs déplacements. Nos officiers ne seront plus les seuls à devoir se cacher dans les avions d’El Al pour ne pas être arrêtés. Cette fois, nos hommes d’État les plus hauts placés, les membres du cabinet de sécurité, risquent de payer le prix à titre personnel et au nom de leur pays. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Istiqlal : Abbas, en attendant le dauphin

Article précédent :
Le Maghreb en ébullition

Israël

Emploi : sois belle et cache-toi !

Emploi : sois belle et cache-toi !

Une récente étude menée en Israël montre que les belles femmes ont plus de difficultés à trouver un emploi. En cause ? La sureprésentation féminine dans le domaine des ressourc[...]

Gaza, la cocotte-minute

Ils étaient cinq coiffeurs de Gaza - trois femmes et deux barbiers -, tous réputés pour leur agilité à manier les ciseaux. Cinq figaros qui voulaient se rendre cette semaine à[...]

Israël - Éthiopie : diplomatie positive

En nommant une ambassadrice d'origine éthiopienne à Addis-Abeba, l'Etat hébreu adresse un message fort à sa communauté falasha, victime de discrimination.[...]

Mines : l'israélien BSGR sort de l'ombre

Le groupe investit, avec des résultats contrastés, dans le fer guinéen et les diamants sierra-léonais. Pour doper ses projets, il compte lever 500 millions de dollars à la Bourse de HongKong.[...]

Israël : au Beitar Jérusalem, on n'aime pas les Arabes

Lié au courant ultranationaliste, le club de football Beitar Jérusalem continue de s'illustrer par le comportement ouvertement raciste de son public et de ses dirigeants.[...]

Internet : entre Israël et le monde arabe, la cyberguerre est déclarée

Mise en ligne d'informations confidentielles, piratage de sites... Un nouveau front du conflit israélo-arabe s'est ouvert sur la Toile. Les hackers des deux camps se rendent coup pour coup.[...]

Israël - Iran : coup de bluff ou veillée d'armes ?

Israël s'apprêterait à lancer des frappes aériennes contre les installations nucléaires de la République islamique d'Iran. Laquelle promet des represailles douloureuses.[...]

Livre : Jérusalem, les soupirs de la sainte

Spécialiste de Staline, le biographe britannique Simon Sebag Montefiore publie "Jérusalem, biographie". Il s'y est intéressé à l'histoire de Jérusalem, "cité à[...]

Bande dessinée : les BD reporters, porte-paroles des sans-voix

De plus en plus de dessinateurs se comportent en reporters, privilégiant le temps long à l’immédiateté. Même, et surtout, lorsqu’il s’agit de couvrir des conflits comme ceux qui[...]

Israël et le Printemps arabe

Correspondant à Paris de "Israel Magazine".[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers