12/01/2009 à 16h:23 Par Pierre-François Naudé
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C’est presque avec componction que Jacques Attali, ancien conseiller du président français François Mitterrand et intellectuel de renom, est venu s’expliquer, du 5 au 7 janvier, devant le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire de l’Angolagate. Mis en examen pour trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux, il risque cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

La justice le soupçonne notamment d’avoir, de 1997 à 1999, fait du lobbying auprès d’Hubert Védrine, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, dont les services étaient chargés – avec le ministère des Finances – de procéder à un redressement fiscal de plus de 2 milliards de francs au détriment de la société slovaque ZTS-Osos. Dirigée par Pierre-Joseph Falcone et Arcadi Gaydamak, les principaux protagonistes du scandale, ladite société aurait illégalement vendu des armes à l’Angola pour un montant supérieur à 790 millions de dollars.

À la barre, Attali nie fermement tous les faits qui lui sont reprochés. S’il reconnaît avoir, le 28 septembre 1998 à son domicile, présenté Allain Guilloux, l’avocat fiscaliste de Falcone, à Védrine, il jure qu’il ignorait tout de la teneur de leur bref entretien. « Un ami demande à rencontrer un ami, je n’y vois pas d’inconvénient », a-t-il commenté devant le juge Jean-Baptiste Parlos.

De même pour une note – où son nom figure – rédigée par Guilloux au sujet de ZTS-Osos et saisie au Quai d’Orsay. « Quand j’ai vu de quoi il retournait, explique Attali, j’ai décidé de ne pas y associer mon nom, comme Guilloux me le demandait. Et de faire porter la note au ministère par mon chauffeur, avec pour instruction de la déposer dans une boîte aux lettres. » N’en trouvant pas, celui-ci l’aurait déposée à la loge. Et le concierge y aurait consigné le nom de l’envoyeur…

À la décharge de l’ancien conseiller de Mitterrand, Guilloux confirme avoir voulu lui faire jouer « un rôle qu’il a refusé : faciliter l’arrivée de mes notes dans les mains du ministre ». Je me suis souvent recommandé du nom de Jacques Attali, sans que celui-ci en soit informé », renchérit-il. Cela suffit-il à expliquer pourquoi, au Quai d’Orsay, il était « notoire qu’Attali s’agitait sur ce dossier », selon les termes d’un proche collaborateur de Védrine ? Pudique commentaire de l’intéressé : « Dans ma vie, il est arrivé que les gens se servent de mon nom. Je ne voudrais pas en dire plus… »

Reste que la société Attali conseil et associés (ACA) a bien profité d’un contrat – négocié et payé par Falcone – de 200 000 dollars avec la Banque africaine d’investissement (BAI) pour une étude sur la microfinance en Angola, alors en pleine guerre civile. Et que le redressement fiscal de ZTS-Osos a bien été suspendu, de manière irrégulière, par le ministère des Affaires étrangères, entre mars et avril 1998. Un mystère de plus dans une affaire qui n’en manque pas. 

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