Nouveau numéro un tunisien par le total de bilan, la filiale du groupe Mabrouk cherche de nouveaux relais de croissance pour consolider ses positions.
En cette fin de décembre, les équipes de la Biat, qui inaugurent la 120e agence de la banque, ont d’autres motifs de satisfaction. La première banque privée tunisienne dépasse par le total de bilan les deux leaders historiques et publics, la Société tunisienne de Banque (STB) et la Banque nationale agricole (BNA). « La Biat attire les déposants grâce à sa politique commerciale agressive en matière de crédits à la consommation, de prêts immobiliers, de cartes de crédit », explique Abderrahman Akkari, analyste chez Tunisie Valeurs.
Derrière ce dynamisme se cache une stratégie développée par un nouvel actionnaire, le groupe Mabrouk. Il est parvenu à tisser sa toile au sein d’un établissement à l’actionnariat très fragmenté, se portant acheteur de toutes les parts cédées depuis deux ans. Fort d’un pacte d’actionnaires le liant à l’homme d’affaires Aziz Miled (hôtellerie, transport, banque), le groupe Mabrouk contrôlerait aujourd’hui entre 35 % et 40 % du capital de la banque. Une position qui lui a permis de déployer son savoir-faire au sein de la Biat. Sur les conseils du cabinet McKinsey, sans doute poussé par le dynamisme d’un nouveau concurrent, Attijari Bank, filiale du marocain Attijariwafa Bank repreneur de la Banque du Sud, l’objectif a été mis sur la banque de détail. Le développement sur le segment des grandes entreprises a été pour l’instant écarté.
Dans cette prise de contrôle, le patron de la Biat, Chékib Nouira, a été débarqué et remplacé. Le poste de PDG a disparu à cette occasion. Tahar Sioud, ancien ambassadeur et ex-président de la Fédération tunisienne de football (FTF), préside le conseil d’administration. Slaheddine Ladjimi est directeur général. Commercial dans plusieurs banques privées dans les années 1980, il a participé à la création de Cofib Capital en 1994, l’une des deux plus importantes sociétés d’intermédiation en Bourse du pays. Discrets depuis leur prise de fonctions, les deux hommes s’emploient à réduire les coûts d’exploitation très élevés de la Biat, où les frais généraux représentaient, à la fin de 2007, 53 % du PNB (26 % pour la Banque de Tunisie, la plus rentable du pays). Les personnels sont redéployés vers les agences, dont le nombre doit progressivement atteindre 150.
L’ascension fulgurante de la Biat n’est toutefois pas aussi éclatante que cela. Première par le total des dépôts, elle n’arrive qu’à la quatrième place par le total des crédits. En termes de progression des dépôts ou des crédits, ses performances sont moins bonnes que celles du secteur (voir tableau ci-dessus). La Biat doit désormais trouver des relais de croissance dans un marché étroit qui compte vingt banques commerciales. Première issue, évoquée publiquement par le management : se développer à l’étranger, en Algérie et en Libye. Mais le premier pays semble ne plus délivrer d’agréments aux établissements étrangers, tandis que le développement d’une vraie banque de détail dans le second semble loin d’être faisable. Reste donc une seule autre possibilité : « Racheter un concurrent tunisien », suggère Abderrahman Akkari. Mais, de ce côté-là aussi, rien n’est certain : la consolidation du secteur bancaire dépend du feu vert de la Banque centrale. Et pour l’instant, nul n’évoque cette éventualité.

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