08/12/2008 à 19h:39 Par Antoine Labey
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La hausse du prix du fuel en 2007 a porté un rude coup à la plupart des sociétés d’électricité africaines déjà confrontées à une hausse de la demande qu’elles ont souvent bien du mal à satisfaire, compte tenu de la vétusté de leurs moyens de production. Plombées par les lourdes dettes nécessaires pour financer leurs investissements, souvent incapables de recouvrer les factures de façon satisfaisante et de lutter contre les branchements sauvages, de nombreuses sociétés de production et de distribution d’électricité font face à une situation financière catastrophique qui menace leur survie. Le géant électrique sud-africain Eskom est sous haute tension. Jugé incapable de répondre à la demande électrique du pays en forte croissance, il est accusé de tous les maux, notamment de brider la croissance économique du pays en limitant l’offre énergétique. Il est vrai que les délestages se succèdent dans le pays. À tel point que certains investisseurs, gros consommateurs d’énergie, pourraient remettre en cause certaines opérations faute d’avoir la garantie d’un approvisionnement électrique convenable. C’est le cas du géant minier Rio Tinto, qui envisage de suspendre la construction d’une fonderie d’aluminium de 2,8 milliards d’euros. Les délestages quasi quotidiens et l’arrêt des mines pendant plusieurs jours ont entraîné un ralentissement de la croissance à 2,1 % en taux annuel au premier trimestre 2008, contre 5,3 % au trimestre précédent. Les agriculteurs se plaignent également des conséquences des coupures d’électricité sur l’irrigation du maïs. Eskom a déjà revu plusieurs fois à la hausse, mais tardivement semble-t-il, ses plans d’investissement et cherche à diversifier au maximum ses sources d’approvisionnement en faisant appel aussi bien au nucléaire qu’au solaire et à l’éolien, sans omettre des campagnes publicitaires originales en faveur des économies d’énergie. Le groupe a annoncé vouloir doubler sa capacité de production à 80 000 MW d’ici à 2026. Près d’un tiers de cette augmentation pourrait venir du nucléaire. Dans cette conjoncture très électrique, Eskom enregistre une progression de 14 % de son chiffre d’affaires.

À l’extrémité nord du continent, le deuxième producteur d’électricité africain, l’Office national de l’électricité (ONE) marocain, se débat dans des difficultés financières importantes malgré l’augmentation des tarifs pratiquée en 2006, qui a permis de réduire son déficit en 2007 à 26 millions de dollars. Le Maroc paie cher sa forte dépendance énergétique extérieure : près de 70 % de l’électricité produite par l’ONE provient de charbon et de fuel importés. Avec la flambée des cours des matières premières, le coût de ces importations a bondi. Entre 2002 et 2007, la facture énergétique marocaine (pétrole et charbon) est passée de 19 à 46 milliards de DH (1,7 à 4,1 milliards d’euros). Parmi les grands chantiers, l’ONE finalise le programme d’électrification rurale qui a permis d’atteindre un taux d’électrification de 97 % fin 2007, et développe un vaste programme d’énergies renouvelables (solaire et éolien).

La Lydec, filiale du français Lyonnaise des eaux, a la charge de l’approvisionnement en électricité et en eau, et de l’assainissement dans l’agglomération de Casablanca et Mohammedia dans le cadre d’un contrat de gestion signé en 1997. L’entreprise confirme sa place parmi les grands du secteur. Son chiffre d’affaires progresse de 11,5 % et son bénéfice est multiplié par quatre.

En Algérie, la Sonelgaz parvient presque miraculeusement à demeurer bénéficiaire malgré les énormes charges que représentent les emprunts contractés pour adapter sa capacité de production à la rapide augmentation de la demande. En 2007, la Steg tunisienne a augmenté sa production d’électricité de 10,4 %. Et son chiffre d’affaires a augmenté de 15,6 %. Comme en Algérie et au Maroc, le taux d’électrification nationale approche désormais les 100 %. Pour faire face à la hausse de la demande, la Steg compte sur le gaz, l’hydraulique et les énergies renouvelables, mais aussi sur le nucléaire : une centrale de 900 MW devrait voir le jour à l’horizon 2020.

En Côte d’Ivoire, la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) reste confrontée à des capacités de production insuffisantes. Elle a connu des problèmes au niveau de ses centrales thermiques au premier semestre 2007, avec pour conséquence une baisse des ventes de 2,3 % sur l’année. Compte tenu de la hausse de la demande intérieure, la CIE a réduit de 27 % ses exportations d’électricité vers le Ghana, le Bénin, le Togo, le Burkina et le Mali. Son chiffre d’affaires enregistre une modeste progression de 1,3 %. La société privée Azito fournit la CIE en électricité à partir de sa propre centrale au gaz gérée par le franco-suisse EDF-ABB. D’une puissance de 300 MW, elle est alimentée par les gisements de gaz ivoirien et fournit plus du tiers de l’électricité produite dans le pays. En 2007, son chiffre d’affaires progresse de 17,5 %.

Difficultés également au Sénégal, où la Senelec reste dans le rouge. Fin 2006, son directeur général, Samuel Sarr, a démissionné. Depuis, un plan de restructuration a été mis en place, nécessitant d’importants apports financiers de la part de l’État, de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement (AFD) pour recapitaliser l’entreprise. Difficultés financières encore au Gabon où la SEEG et son principal actionnaire, le français Veolia, ont fêté en 2007 le dixième anniversaire de la mise en concession. La SEEG ne parvient pas à satisfaire la demande et Libreville a connu en 2007 et 2008 des coupures d’électricité à répétition. Au cours de l’année écoulée, la SEEG a aggravé son déficit sous l’effet de la hausse du prix du fuel, qui alimente ses centrales thermiques. 

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