L’année 2008 se présente sous de bons auspices. Hormis l’inflation frappant les denrées alimentaires et l’énergie – essentiellement imputable à la tension sur les cours internationaux –, tous les indicateurs ou presque sont au vert. Croissance soutenue (4,8 % en 2007, 5,8 % attendus pour 2008), poursuite des investissements étrangers, diversification des partenariats, inflexion sociale significative avec la mise en chantier effective de l’Initiative nationale de développement social promise par le président Ismaïl Omar Guelleh, élections législatives sans surprise ni suspense – le 8 février – qui ont permis de clarifier les rapports de force au sein de la majorité présidentielle et de conforter l’équipe au pouvoir… Le tout sur fond d’embellie diplomatique.
Djibouti, qui abrite depuis septembre 2002 une base américaine de 1 500 soldats, reste dans les petits papiers de l’administration Bush. Le pays a reçu la visite de Robert Gates, le secrétaire à la Défense, à la fin de 2007, et a accueilli en janvier 2008 le général William E. Kip Ward, patron d’Africom, le nouveau commandement militaire américain pour l’Afrique.
Mais, alors que les relations avec Washington étaient au beau fixe, celles avec Paris ont connu une profonde détérioration. En cause, encore et toujours, l’affaire Borrel et les rebondissements de l’enquête de la justice française sur la mort de ce juge, survenue en 1996 à Djibouti. La tension, alimentée par des déclarations faites par Nicolas Sarkozy, en juin 2007, au sortir de sa rencontre avec la veuve du magistrat, a connu son paroxysme en octobre, quand de grandes manifestations anti-françaises ont éclaté un peu partout à Djibouti. Mais la visite à Paris du président Guelleh, le 13 décembre, et sa rencontre avec Sarkozy ont permis d’aplanir les différends. Illustration de ce réchauffement, le chef de l’État français pourrait prochainement faire un crochet par Djibouti lors d’un de ses périples africains.
Sur le plan économique, le pays conserve les faveurs des investisseurs du Golfe, qui ont déjà injecté plus de 600 millions de dollars dans des grands projets, qui vont de la rénovation des infrastructures portuaires (Doraleh) à la construction de raffinerie, en passant par l’hôtellerie de luxe.
Longtemps restée à l’état de vœu pieux, la diversification de l’économie, traditionnellement dépendante des rentes militaire et portuaire, est aujourd’hui en marche. Le pays affirme notamment sa vocation de hub commercial international. Et, le 20 janvier 2008, la première pierre du projet de quai minéralier du lac Assal a été posée. D’une envergure de 70 millions de dollars, ce chantier financé par des privés américains et espagnols est destiné à l’extraction et à l’exportation du sel présent en grande quantité dans ce bassin d’effondrement géologique.
Afin de mieux répartir les fruits de la croissance entre les couches de la population, mais aussi entre les territoires dans le cadre de la politique de décentralisation impulsée en 2006, les autorités ont mis en place, le 12 janvier 2008, un nouvel instrument : l’Agence djiboutienne pour le développement social (ADDS). Inspirée de l’expérience tunisienne et dirigée par Kadar Ismaïl Guelleh, cette agence résultant de la fusion du Fonds social de développement et de l’Agence djiboutienne d’exécution des travaux d’intérêt public sera dotée d’un budget de plusieurs milliards de francs djiboutiens (plusieurs millions d’euros).

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