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27/11/2008 à 11:38
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Le soir du 31 décembre, lors de son traditionnel discours de fin d’année, Paul Biya, président de la République du Cameroun, annonce à ses compatriotes qu’il n’est pas « insensible » aux « nombreux appels favorables à une révision de la Constitution qui [lui] parviennent ». Le sujet est d’importance. Et pour cause. Selon l’article 6 de ce texte voté par l’Assemblée nationale le 14 janvier 1996, l’actuel chef de l’État, 74 ans, ne pourra pas se représenter en 2011 au terme de son deuxième mandat. Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya a néanmoins décidé qu’il fallait réexaminer les dispositions constitutionnelles « qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population ».

Interviewé sur la chaîne France 24 en octobre, le président camerounais avait pourtant déclaré qu’il n’y avait aucune urgence à ouvrir ce débat. Paradoxalement, l’annonce ne semble pas avoir provoqué d’électrochoc au sein d’une classe politique largement dominée par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). La prépondérance de ce parti sur la vie politique du pays s’est encore manifestée, le 6 septembre 2007, lors de la formation du nouveau gouvernement, dont la plupart des membres sont issus du parti de Paul Biya. Au fil d’une alliance qui dure depuis 1992, le RDPC a fini par phagocyter l’électorat de l’Union des populations du Cameroun (UPC), du Mouvement pour la défense de la République (MDR) et de la plupart des petites formations politiques de la majorité présidentielle. Avec l’obtention par le RDPC de 140 sièges sur 180 lors des législatives du 22 juillet 2007, la participation des alliés traditionnels tels que l’UPC d’Augustin Frédéric Kodock, ministre d’État chargé de la Planification et de l’Aménagement du territoire, et du MDR de Dakolé Daïssala, en charge des Transports, ne se justifiait plus. Les deux hommes ont donc quitté le gouvernement. Exit également le tout puissant ministre de l’Économie et des Finances, Polycarpe Abah Abah, dont le super-ministère a été divisé en deux départements : le département des Finances est revenu à Lazare Essimi Menye, un fonctionnaire venu du Fonds monétaire international qui a fait son entrée au gouvernement en 2006 comme ministre délégué chargé du Budget, et qui conserve aussi la conduite du processus de privatisation ; l’Économie a été confiée à Louis-Paul Motaze, un autre « quinqua », qui s’est distingué dans le redressement de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Parmi les départs les plus remarqués, on note aussi celui de Jean-Marie Atangana Mebara, ministre d’État chargé des Relations extérieures, remplacé par Henri Eyébé Ayissi, et du ministre de la Santé, Urbain Olanguéna Awono, qui cède sa place à un polytechnicien venu du BTP, André Mama Fouda.

Le coup de balai n’a pas épargné le RDPC. En poste depuis quatorze ans, l’influent secrétaire général du Comité central du parti, Joseph-Charles Doumba, 72 ans, a été remplacé en avril par un diplomate de 59 ans, René Sadi, un haut commis de l’État très proche de Paul Biya par ses fonctions de secrétaire général adjoint de la présidence de la République.

De son côté, la justice poursuit son ménage à travers l’opération anticorruption « Épervier » engagée en 2004 par le Premier ministre Ephraïm Inoni. Et elle a eu la main lourde avec Emmanuel Gérard Ondo Ndong, jugé et condamné le 29 juin 2007 à 50 ans de prison en première instance, pour un détournement estimé à 13 milliards de F CFA au détriment du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (Feicom), dont il était le directeur général. Huit de ses collaborateurs ont été condamnés à des peines de prison ferme. Le 25 octobre, c’est au tour de Gilles-Roger Belinga, poursuivi pour le détournement de plus de 3,7 milliards de F CFA, d’être condamné à 35 ans de prison. La liste ne s’arrête pas là. Le 14 décembre, l’ancien ministre des Mines, Alphonse Siyam Siwé, a été condamné à 30 ans de prison pour des détournements – estimés par l’accusation à 12,6 milliards de F CFA – effectués lors de son passage à la tête du Port autonome de Douala (PAD), avant son entrée au gouvernement. Jugé dans la même affaire, le colonel Édouard Etondé Ekoto, député RDPC, ex-délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala et ancien président du conseil d’administration du PAD, a pour sa part été condamné à 15 ans de prison. D’autres procès sont en cours, dont celui visant le Crédit foncier du Cameroun. Samuel Edou, l’ancien directeur général, mais aussi l’ancien président du conseil d’administration, André Booto A Ngon, sont devant leurs juges. Le quartier dit « des personnalités » de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé ne cesse d’enregistrer de nouveaux locataires, qui doivent leur infortune aux pressions exercées sur les autorités par les bailleurs de fonds.

Mais la justice elle-même reste à assainir, puisque, selon l’indice de perception de la corruption publié le 26 septembre 2007, 80 % des Camerounais estiment que le système judiciaire de leur pays est corrompu, contre une moyenne de 59 % pour l’ensemble du continent africain. La corruption « généralisée », qui a placé le pays dans le peloton de tête des pays les plus corrompus d’Afrique en 2007, explique les appels du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) à l’assainissement de l’environnement des affaires. La défiance des investisseurs n’a pas favorisé la croissance du PIB, qui s’est tout juste maintenue au niveau de l’année précédente, à 3,8 %. Selon le rapport annuel du plus important regroupement patronal du pays, l’atteinte du « point d’achèvement » de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), en avril 2006, suivie d’importantes remises de dette, n’a pas produit les effets escomptés. D’importantes quantités de devises dorment à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) en attente de projets à financer. L’agriculture aussi a manqué de dynamisme : les productions des principales cultures d’exportation (banane, cacao, café, coton) ont baissé en 2007.

De même, le processus de privatisation a donné des résultats mitigés. Le dossier de la Cameroon Airlines (Camair), le plus emblématique, n’a pas connu le dénouement que les partenaires au développement préconisent depuis une dizaine d’années. Cette entreprise lourdement endettée obère toujours les finances publiques en attendant les résultats du nouvel appel d’offres international lancé par le ministère de l’Économie et des Finances. Conseil de l’État dans le dossier, la Société financière internationale s’est retirée après l’invalidation de l’adjudication provisoire accordée au consortium belgo-camerounais First Delta Airlines, constitué par la compagnie Brussels Airlines et la société de capital-risque Cenainvest. Camair reste donc sous administration provisoire et attend toujours de savoir si le repreneur américain annoncé par voie de presse concrétisera ses intentions.

En revanche, la privatisation de la Société nationale des eaux du Cameroun (Snec) a été conduite à son terme. Le 28 septembre 2007, le gouvernement camerounais a finalement retenu l’Office national de l’eau potable (Onep) du Maroc, qui l’a emporté devant le français Veolia Water. Selon les termes de son contrat d’affermage, l’entreprise chérifienne sera chargée de la production, de la distribution et de la commercialisation de l’eau. Quant aux infrastructures de la Snec, évaluées en 2005 à 300 milliards de F CFA, elles sont confiées à une société à capitaux publics, dénommée Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) et créée le 31 décembre 2005.

L’insuffisance de l’offre énergétique pèsera cette année encore sur la croissance. C’est même devenu une menace pour l’ordre public depuis qu’une marche organisée dans la ville d’Abong-Mbang (Est), le 17 septembre 2007, pour le rétablissement de l’électricité a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre et occasionné la mort de deux manifestants. Les délestages sont courants. Un comble pour un pays qui détient le deuxième potentiel hydroélectrique d’Afrique centrale après la République démocratique du Congo. D’ici à la fin de 2008, AES-Sonel envisage la construction d’une nouvelle centrale à gaz de 200 MW à Kribi (Sud), pour un coût évalué à 86 milliards de F CFA. Projet énergétique emblématique, la construction du barrage de Lom Pangar devrait coûter 55 milliards de F CFA. Il permettra de fournir 51 MW d’électricité. Pour son programme d’investissements, la société dispose d’un emprunt de 170 milliards de F CFA garanti par l’État et doit impérativement augmenter l’offre d’énergie.

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