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25/11/2008 à 10:25
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L’Égypte a connu une croissance record cette année. La hausse du PIB est en effet estimée à 7,1 % en 2007, un niveau jamais atteint depuis la période nassérienne. Mais qui pourrait devenir la norme, affirment certains experts. Les traditionnelles recettes extérieures ont atteint un niveau exceptionnel : 8 milliards de dollars ont été tirés du tourisme, 6,3 milliards des transferts des travailleurs émigrés et 4,2 milliards du canal de Suez. S’y ajoutent 5,9 milliards de dollars de solde net des échanges de pétrole et de gaz, grâce à l’essor des ventes de gaz naturel. L’ensemble de ces ressources représente actuellement un peu plus de 20 % du PIB, selon la Mission économique française au Caire.

Le désarmement tarifaire a contribué à ouvrir l’économie égyptienne en réduisant de manière drastique les droits de douanes. Résultat, les importations, mais aussi les exportations, ont littéralement explosé et l’industrie égyptienne (notamment agroalimentaire) s’est peu à peu intégrée dans les flux internationaux. Alors qu’en 2005 la politique de réformes de l’équipe au pouvoir avait été accueillie avec scepticisme, tout le monde (FMI, Banque mondiale, etc.) lui décerne aujourd’hui des lauriers. Mais c’est avant tout l’ensemble de la conjoncture moyen-orientale (golfe Persique, Jordanie) qui a profité à l’Égypte. La région n’avait connu pareille croissance depuis trente ans – supérieure à la moyenne mondiale pour la sixième année consécutive. Les entrepreneurs égyptiens comme dubaïotes sont débordés de travail. D’autant que la région bénéficie d’énormes liquidités avec l’abondance de pétrodollars qui ne demandent qu’à être utilisés. Si l’Europe demeure le premier investisseur en Égypte, la part des pays voisins, surtout celle de l’Arabie saoudite, progresse. Les investissements directs étrangers ont d’ailleurs bondi de 500 à 700 millions de dollars par an au début des années 2000 à quelque 11,1 milliards en 2006-2007. Et grâce au rachat d’Orascom Cement par le groupe français Lafarge, pour 8,8 milliards d’euros, à la fin de 2007, les investissements étrangers devraient franchir la barre des 10 % du PIB cette année.

L’Arabie saoudite contribue à l’activité égyptienne sur plusieurs plans : forte demande en produits agricoles, services, tourisme et transferts de la diaspora égyptienne (dont l’ampleur est largement sous-évaluée, l’essentiel des transferts se faisant en liquide). Si, en 2008, le retournement de conjoncture dans les pays occidentaux devait nuire à la croissance égyptienne, cet effet pourrait être partiellement compensé par la santé insolente des pays du Golfe. Seul problème, la croissance est basée en grande partie sur des secteurs non productifs : construction (+ 15,3 %, tirée par les centres commerciaux, les infrastructures touristiques et le logement), télécoms (+ 14,1 %, avec 30 millions d’abonnés aujourd’hui) et hôtellerie (+ 13,2 %). En 2007, l’Égypte a consommé 34 millions de tonnes de ciment (contre 20 millions pour la France).

Autre défi : l’inflation, qui atteint des niveaux record (11 % en 2007) et grève les budgets des ménages au quotidien. Malgré les spéculations, les autorités, conscientes de l’impopularité des réformes, entendent bien poursuivre leur politique de subvention des produits de base, notamment alimentaires (pain, huile, sucre). Le soutien au pain, dont le prix n’a subi aucune augmentation ces vingt ­dernières années, absorbera près de 1,3 milliard de dollars au cours de l’exercice 2007-2008. Mais l’endettement public – qui représente encore 100 % du PIB – et le déficit persistant – environ 10 % du PIB – réduisent toujours la marge de manœuvre de l’État.

Préserver la paix sociale est une priorité, d’autant que l’année 2007 a été marquée par les nombreux mouvements sociaux (voir encadré). L’écart croissant entre les revenus est de plus en plus difficile à accepter pour la population. En l’absence d’un véritable filet social, seule la solidarité familiale permet d’atténuer l’impact de la conjoncture. Et la plupart des Égyptiens comptent parmi leurs proches parents un travailleur ayant émigré vers le Golfe.

Alors que les débats des années 2006-2007 tournaient autour de l’indispensable croissance, la grande question de 2008 sera donc celle du pouvoir d’achat : mieux répartir les richesses, faire en sorte que les salaires permettent de redistribuer les gains, que l’enrichissement du pays profite à l’ensemble de la société. Le défi est immense. Avec près de 80 millions d’habitants en 2008, l’Égypte devient le plus peuplé des pays arabes. Et une bonne moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, dont 6 millions dans la misère la plus totale, comme l’indique le Bureau international du travail.

Hormis les 15 % des ménages qui profitent de ce nouvel essor, la population se montre de plus en plus mécontente. Les critiques auront pourtant toujours du mal à s’exprimer dans le champ politique. Si les législatives de 2005 ont permis aux Frères musulmans de remporter 88 sièges de députés sans étiquette, le mouvement n’est pas reconnu officiellement comme un parti. Une situation confortée par l’un des récents amendements à la Constitution qui stipule qu’aucun parti ne peut être constitué sur une base religieuse. Obnubilé par les dérives de l’islam politique, par la sécurisation des flux touristiques et surtout par sa propre survie, le régime n’aura d’ailleurs rien épargné aux Frères musulmans cette année : arrestations massives, harcèlement et intimidations. Le 6 février 2007, 39 cadres, dont le numéro trois du mouvement, Khaïrat al-Chater, ont été déférés devant la justice militaire pour « blanchiment d’argent et financement d’une organisation interdite ».

Le reste de l’opposition n’a quasiment aucun poids réel. Fragilisé par la diversité de ses composantes – marxistes, nationalistes, libérales et islamistes –, le Mouvement Kefaya (« ça suffit ! »), qui s’était distingué il y a trois ans en protestant contre l’hérédité du pouvoir, connaît ainsi aujourd’hui un essoufflement indéniable. Les arrestations survenues dans ses rangs ont miné son action. Mais si Kefaya n’a pu organiser que quelques événements de peu d’envergure en 2007, il aura cependant brisé un véritable tabou et encouragé les Égyptiens à sortir désormais dans la rue pour protester. Outre les réalités sociales auxquelles ils sont confrontés, les Égyptiens devront s’accommoder d’une nouvelle loi sur le terrorisme, dont l’adoption est prévue en 2008, qui devrait remplacer la loi d’urgence. Mais la pilule la plus amère à avaler est l’hypothèse – de plus en plus réaliste – de voir Gamal Moubarak succéder à son père. À 43 ans, le fils cadet du chef de l’État et représentant de l’aile réformatrice du régime n’occupe aucune fonction officielle. Mais il est proche du chef du gouvernement comme des ministres en charge des portefeuilles économiques, formés, pour la plupart, dans des universités anglo-saxonnes ou issus des milieux d’affaires.

Chouchou des Américains, avec un parcours professionnel dans la banque et la finance (Bank of America, EFG-Hermès), Gamal Moubarak prend des airs de dauphin. Pour pouvoir être le candidat du Parti national démocratique (PND, au pouvoir) à la prochaine élection présidentielle, il devait officiellement être membre du bureau politique du PND depuis plus d’un an. L’obstacle a été levé en novembre 2007 avec la fusion du bureau politique et du secrétariat (dont il est membre) en un Conseil politique suprême, dont il est désormais un membre à part entière. Et son mariage avec Khadiga al-Gammal, fille d’un riche homme d’affaires et diplômée en management de l’Université américaine du Caire, a contribué à populariser son image. La balle est dans le camp du parti. Le PND se prononcera-t-il officiellement en faveur du fils Moubarak pour succéder à son père (80 ans), au pouvoir depuis 26 ans ? Un choix qui pourrait attiser la grogne sociale.

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