24/11/2008 à 18h:44 Par Jeune Afrique
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L’Algérie confirme d’année en année ce terrible paradoxe. Ses recettes en devises avoisinent 60 milliards de dollars par an, sa dette publique a été assainie et le matelas des réserves de change a dépassé les 100 milliards de dollars. Mais l’économie refuse obstinément de décoller. En 2007, le PIB a progressé de 4,8 %, contre 3 % en 2006. C’est moins que les 5,2 % prévus, moins bien aussi que les voisins, Tunisie, Égypte, voire le Maroc. Ces pays ne disposent pas des mêmes richesses que l’Algérie, ce qui les a poussés à diversifier leur économie.

Où va donc l’argent du pétrole ? Au nom de l’assainissement des finances publiques, une forte austérité a été imposée à la population. On a donc choisi de thésauriser. Le montant des réserves de change atteint des niveaux faramineux. Où sont-elles investies ? Et qu’attend l’Algérie pour créer un fonds souverain, comme la plupart des autres pays pétroliers, et placer ses actifs sur les marchés internationaux et dans des entreprises.

Certes, de vastes projets d’infrastructures ont été lancés : bâtiment et travaux publics – près de 35 000 Chinois y travaillent jour et nuit –, hydraulique, transport… Le mégaprojet émirati destiné à réhabiliter la baie d’Alger est, à ce titre, emblématique. La capitale se transforme et de nouvelles enseignes apparaissent. « Alger Médina », un pôle urbain moderne, devrait offrir un centre commercial incluant un supermarché Carrefour, une chaîne de grands magasins, des espaces de bureaux et un parking de plus de 4 000 places. Mais le projet le plus attendu de l’année 2008 reste le métro d’Alger, qui, avec le futur tramway, permettra enfin de fluidifier un peu le trafic automobile.

Dans le secteur bancaire et financier, en cours de restructuration, 2008 devrait voir la reprise de la privatisation du Crédit populaire d’Algérie, interrompue en raison de la crise financière internationale dite des subprimes. Sur les six banques internationales préqualifiées, l’une s’est retirée définitivement (l’espagnole Santander), une autre a décidé de se retirer « momentanément » pour assumer ses pertes liées à la crise des subprimes aux États-Unis (l’américaine Citibank), et le français Crédit Agricole a demandé le report de la date limite de remise des offres. Résultat, l’opération a été gelée en attendant des jours meilleurs. L’Algérie ne manque pourtant pas d’attractivité si l’on en juge par le nombre de banques étrangères qui s’y sont installées ces deux dernières années.

Alors pourquoi la croissance n’est-elle pas à la hauteur du potentiel de l’Algérie ? Suspendue aux cours du baril du pétrole, l’économie subit douloureusement sa dépendance alimentaire face au renchérissement des cours des matières premières sur les marchés internationaux. À cela s’ajoute une baisse de la production d’hydrocarbures, amorcée en 2007, qui se répercute sur le taux de croissance. Le pays, en outre, n’investit pas suffisamment dans ses ressources humaines. Les entreprises peinent à trouver du personnel qualifié, alors que le taux de chômage parmi les jeunes est très élevé.

Il devient donc urgent de favoriser la constitution d’un vrai tissu industriel et de PME, de stimuler l’initiative individuelle. Même la Libye connaît actuellement un certain dynamisme. En Algérie, en revanche, la législation foncière, l’accès au crédit, les règles de droit, les transports, l’accès à l’eau et à l’électricité posent toujours des problèmes. La situation est d’autant plus complexe que la croissance algérienne est aujourd’hui tirée par les investissements publics dans les infrastructures de base. Qu’adviendra-t-il une fois tous ces projets réalisés ?

L’expression désormais consacrée pour qualifier l’Algérie est : « un pays riche au peuple pauvre ». Ou encore : « un pays en éternelle transition »… Si l’économie algérienne est passée d’un fort taux d’endettement à une situation d’excédent financier, les réformes, elles, peinent toujours à produire leurs effets.

Les plans de construction de logement avancent (près de 500 000 unités construites depuis 2004, pour un objectif de 1 million d’ici à 2009), mais trop lentement au goût des populations concernées. Alors que le chômage perdure, les Algériens voient s’éroder leur pouvoir d’achat face à l’augmentation des prix des pommes de terre, du lait, de la semoule et de l’huile alimentaire. En cause, notamment, la stagnation de l’agriculture : les agriculteurs ne possédant souvent pas leurs terres, ils ne peuvent emprunter pour investir. L’État n’a d’autre choix que de subventionner certains produits, notamment la semoule.

La désillusion est générale à l’égard du politique et des discours officiels, souvent jugés trop creux. Les Algériens n’en sont pas moins très avertis, au fait de l’actualité, observateurs lucides d’un système qui leur paraît sclérosé. Cette défiance se traduit par une forte abstention lors des rendez-vous électoraux. Seuls 35 % des citoyens ont daigné se déplacer pour les législatives du 17 mai 2007. Et un sur six a voté blanc… Quant aux élections locales du 29 novembre, elles ont connu un taux de participation de 44 %. Réunissant le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) d’Ahmed Ouyahia et le Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste) de Bouguerra Soltani, l’alliance présidentielle au pouvoir n’a d’ailleurs obtenu que 249 sièges à l’Assemblée nationale populaire, sur un total de 389 membres. Malgré une soixantaine de sièges en moins, le FLN demeure en première position sur le plan national – suivi par le RND – avec 136 députés, soit près d’un tiers de l’Assemblée. Si les élections municipales de 2007 ont également vu le FLN reculer, la surprise est venue du Front national algérien (FNA), parti créé en 1999 par l’ancien fonctionnaire de la Sûreté, Moussa Touati, et revendiquant 300 000 militants (cadres, fonctionnaires, commerçants), qui s’est hissé à la troisième place, avec 11,3 % des sièges aux assemblées communales. « Clone » du FLN ? « Parti-écran » qui n’a jamais tenu de congrès et dont les voix serviraient d’appoint dans un futur jeu d’alliances électorales ? Touati, qui avait soutenu la candidature d’Ali Benflis en 2004, s’en défend.

Sur le plan politique, 2008 sera déterminante. Dernière année du deuxième – et ultime selon la Constitution – mandat d’Abdelaziz Bouteflika, elle devrait voir l’ouverture d’un débat suscité par une partie de la classe politique et de nombreuses organisations de la société civile : la révision du texte fondamental, notamment son article 74 qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. En première ligne de cette « bataille » : le FLN. L’ancien parti unique, dirigé par le Premier ministre, Abdelaziz Belkhadem, en a fait sa priorité. Convaincre le chef de l’État, par ailleurs président d’honneur du FLN, de faire réviser la Constitution et de se représenter en avril 2009. L’argument avancé par Belkhadem ? « La limitation des mandats est antidémocratique dans la mesure où elle réduit le choix de l’électeur. » Louisa Hanoune, présidente du Parti des travailleurs (PT, trotskiste), n’est pas opposée à une modification de la Constitution. Elle estime en revanche que s’il y a révision, « il faut en discuter ». Moussa Touati exige, lui aussi, un débat pour ne pas confiner la démarche de révision du texte fondamental à la seule question du nombre de mandats présidentiels : Quel projet de société ? Régime présidentiel ou parlementaire ?

Abdelaziz Bouteflika n’a jamais caché son hostilité à l’actuelle Constitution, conçue en 1996, quand l’Algérie traversait une grave crise sécuritaire. Reste à savoir quelle forme prendrait la révision. Trois options possibles : par voie parlementaire, avec une convocation des deux chambres du parlement ; par voie référendaire, en sollicitant le suffrage universel ; ou les deux à la fois. Cette dernière option reste la plus plausible.

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